La tra­di­tion du fau­chage ma­nuel se per­pé­tue grâce aux bé­né­voles qui ini­tient les en­fants

La Gazette de la Haute-Loire - - La Une - EL­SA RUSSIER

A Pont-Sa­lo­mon, pays des fau­cheurs à la faulx, les éco­liers s’ini­tient à pro­té­ger et faire re­vivre ce sa­voir­faire...

■ « Ah ça c’est sûr, c’est plus pra­tique que la ton­deuse ! Et puis y’a que des avan­tages : ça ne pol­lue pas, ça ne fait pas de bruit, ça fait faire du sport, ça coupe mieux et on peut ré­cu­pé­rer l’herbe ». On le sait bien : la vé­ri­té sort tou­jours de la bouche des en­fants. D’ailleurs cer­tains d’entre eux, n’ar­ri­vant dé­fi­ni­ti­ve­ment pas à s’ex­pli­quer la pré­fé­rence de leurs pa­rents pour la ton­deuse ou la dé­brous­sailleuse, ont même trou­vé qu’une faulx se­rait une « su­per idée de ca­deau de Noël ». Les membres de l’as­so­cia­tion des Fau­cheurs à la faulx n’en de­man­daient pas tant (les pa­rents de ces éco­liers non plus, sans doute !). Mais lorsque l’on mi­lite pour la sau­ve­garde d’un sa­voir­faire an­cien tel que le fau­chage à la faulx, on ne peut que se ré­jouir de voir la jeu­nesse s’y in­té­res­ser. Nous sommes, vous l’au­rez com­pris, à PontSa­lo­mon, ber­ceau de la faulx. Et pour la pre­mière fois, l’as­so­cia­tion des Fau­cheurs a dé­ci­dé d’ini­tier les plus jeunes à cette pra­tique qu’ils af­fec­tionnent tant. La cible ? Les élèves de l’école pu­blique de la com­mune. Et ce ven­dre­di­là, ce sont les CM2 qui s’y collent. Tan­dis que cer­tains écoutent at­ten­ti­ve­ment des bé­né­voles leur conter l’his­toire et les usages de la faulx (et les ras­su­rer, au pas­sage, sur la pro­ba­bi­li­té as­sez faible de « se cou­per les pieds » en fau­chant), d’autres sont dé­jà en train de la ma­nier. Avec joie et en­thou­siasme ! Et gare à ce­lui qui ose leur de­man­der s’ils ne sont pas trop fa­ti­gués… « Non, je suis jeune moi (oui, c’est un “moi” qui peut faire mal) », in­dique Louanne, concen­trée sur son tra­vail et vi­si­ble­ment peu pres­sée de lais­ser la faulx à sa co­pine. Un peu plus loin, tan­dis qu’Elie trouve ça « aus­si dif­fi­cile qu’ap­prendre à faire du vé­lo », un de ses ca­ma­ra­ des ra­tisse éner­gi­que­ment le sol pour re­tour­ner l’herbe fau­chée. In­col­lable sur le fau­chage et le fa­nage, il exulte : « moi, j’adore ! Mon grand­père, il m’a ap­pris. Il a au moins dix faulx dans son ga­rage ! ». Bref, Thi­bault Cha­pe­land peut­être ras­su­ré : « la re­lève est as­su­rée ! ». Et il sait de quoi il parle. Car il n’y a pas si long­temps que ça, lui aus­si l’a prise, la re­lève. Son père, An­dré, lui a en ef­fet cé­dé la place à la tête des Fau­cheurs à la faulx.

Pour « ne pas ou­blier cet ou­til-là »

Pour lui, l’es­sen­tiel était « de ne pas ou­blier cet ou­til­là. Parce qu’il s’est fa­bri­qué pen­dant plus de 200 ans à Pont­Sa­lo­mon. La faulx fait par­tie de notre pa­tri­moine, cultu­rel et agri­cole ». Avant, ajoute­til, « tout le monde fau­chait à la faulx, mais avec le temps, les an­ciens dis­pa­raissent… ». Hors de ques­tion, pour lui, que ce pa­tri­moine se perde avec eux. D’où la vo­lon­té de créer une école de fau­chage via l’or­ga­ni­sa­tion de séances d’ini­tia­tion. De nom­breuses per­sonnes y par­ti­cipent chaque an­née, no­tam­ment des gens de pas­sage sur la com­mune. Par­fait pour ex­por­ter ce sa­voir­faire donc, mais la prio­ri­té pour Thi­bault Cha­pe­land est bien de le main­te­nir et de le faire re­vivre ici, à Pont­Sa­lo­mon. Quoi de mieux, alors, qu’im­pli­quer les en­fants du pays. Ceux qui, de­main, s’ins­tal­le­ront peu­têtre sur la com­mune et qui, en at­ten­dant, sont les mieux pla­cés pour sen­si­bi­li­ser leurs pa­rents…

Ces pre­mières séances d’ini­tia­tion au fau­chage à des­ti­na­tion des éco­liers pon­tois (qui ont été pré­cé­dées par la dif­fu­sion d’un pe­tit film, en classe, sur le su­jet), sont en tout cas, un « franc suc­cès ». Et un pa­ri réus­si puisque nombre d’en­fants pré­sents comptent bien convaincre leurs pa­rents de les em­me­ner faire un tour à la tra­di­tion­nelle fête de la faulx, qui au­ra lieu les 24 et 25 juin sur la com­mune…

« La faulx, c’est bien plus pra­tique que la ton­deuse ! »

Les en­fants de l’école pon­toise Saint-Exu­pé­ry ont dé­cou­vert avec joie l’his­toire de leur com­mune.

Une ac­ti­vi­té « spor­tive » et ap­pré­ciée par les jeunes !

Le pré­sident Thi­bault Cha­pe­land pro­digue de pré­cieux conseils.

Les éco­liers se sont mu­nis de râ­teaux pour fa­ner l’herbe.

Guillaume est l’un des der­niers ar­ri­vants de l’as­so­cia­tion.

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