Un ap­pren­ti re­ca­lé pour un coup de tam­pon

La Gazette de la Haute-Loire - - La Une - EL­SA RUSSIER

Gré­goire Fabre, un Mo­nis­tro­lien de 17 ans s’est vu re­fu­ser le droit de pas­ser une épreuve de son CAP parce qu’il lui man­quait la si­gna­ture et le tam­pon de son en­tre­prise. Ils sont 6 dans le même cas et tous as­surent que l’éta­blis­se­ment dans le­quel ils sont sco­la­ri­sés, le CFPPA de Mon­tra­vel, ne leur a ja­mais fait pas­ser l’in­for­ma­tion… Ils risquent, en tout cas, de ne pas ob­te­nir leur di­plôme…

■ C’était il y a deux se­maines, ven­dre­di 9 juin très exac­te­ment. Ce ma­tin­là, le jeune Mo­nis­tro­lien Gré­goire Fabre se rend à Roanne, au ly­cée agri­cole Cher­vé, pour pas­ser son CAP jar­di­nier­pay­sa­giste. Il est plu­tôt confiant et a, en plus, dé­jà trou­vé un em­ployeur pour l’an pro­chain. Lorsque, se pré­sen­tant à la pre­mière épreuve, il se fait “re­to­quer” par le ju­ry parce qu’il manque, au bas des fiches tech­niques qu’il pré­sente, la si­gna­ture de son maître de stage et le tam­pon de l’en­tre­prise dans la­quelle il ef­fec­tue son al­ter­nance, il ne réa­lise pas tout de suite. Ne sa­chant que faire, il ap­pelle tout de même son père. « Il m’a dit de pas­ser mes autres épreuves et que l’on par­le­rait de ça plus tard ». Lui non plus n’avait, cer­tai­ne­ment, pas réa­li­sé. Seule­ment voi­là, ne pas pas­ser une épreuve est éli­mi­na­toire, et ce qui vient de se pas­ser se­ra donc pro­ba­ble­ment lourd Gré­goire Fabre s’est vu re­fu­ser le droit de pas­ser une épreuve de son CAP parce qu’il lui man­quait le tam­pon de son en­tre­prise. Sa mère, Agnès, ne compte pas en res­ter là… de consé­quence. Agnès Fabre, la mère de Gré­goire, l’a bien com­pris. Et elle ne compte pas en res­ter là car pour elle, son fils « n’y est pour rien ». Ni les autres d’ailleurs. Car Gré­goire n’est pas le seul dans cette si­tua­tion : ils sont six*, tous sco­la­ri­sés au CFPPA de Mon­tra­vel, à Villars (Loire), en 2e an­née de CAP op­tion jar­di­ne­rie­pay­sa­giste. Et tous se sont vus re­fu­ser le droit de pas­ser leur épreuve orale parce qu’il man­quait si­gna­ture et coup de tam­pon sur leurs fiches de stage. Beau­coup de points com­muns pour les pa­rents des élèves concer­nés. Trop. Ou du moins as­sez pour vou­loir re­muer ciel et terre et ten­ter de faire chan­ger les choses. Et s’ils consi­dèrent que leurs en­fants n’ont com­mis au­cune faute, les­dits pa­rents (qui ont créé un col­lec­tif ) pensent avoir trou­vé le cou­pable.

Pa­role contre pa­role

Il y a, bien sûr, le ju­ry, contre qui Agnès Fabre et le col­lec­tif sont « en co­lère parce que la pré­si­dente n’a pas cher­ché à com­ prendre ». Mais, dans le fond, elle en­tend « tout à fait que le ju­ry ait dû res­pec­ter le rè­gle­ment à la lettre** ». Non. Le vé­ri­table cou­pable, pour la mère de Gré­goire, se trouve ailleurs : au CFPPA de Mon­tra­vel. Elle en est convain­cue : « l’éta­blis­se­ment ne leur a pas dit qu’il fal­lait la si­gna­ture et le tam­pon de l’en­tre­prise ». La preuve ? « Lorsque l’on a pas­sé notre CAP blanc, en avril, les profs ont va­li­dé nos fiches, in­dique Gré­goire. Ils nous ont dit qu’on pou­vait se pré­sen­ter à l’exa­men comme ça ». Un dis­cours que ré­fute to­ta­le­ment le di­rec­teur du CFPPA, Éric Mar­tin, qui as­sure avoir « com­mu­ni­qué cet élé­ment aux élèves », no­tam­ment par le biais d’« un dia­po­ra­ma pré­sen­té en cours par un for­ma­teur ». Ce qui, évi­dem­ment, ne convainc pas Agnès Fabre. D’une part parce qu’elle fait confiance à son fils et à ses amis et, d’autre part, parce qu’elle ne « voit vrai­ment pas pour­quoi tous les en­fants se se­raient li­gués contre l’éta­blis­se­ment et fait ex­près de ne pas faire si­gner leurs fiches pour lou­per leur CAP ». Pa­role contre pa­role donc.

« Ça n’a pas de sens ! », as­sène­t­elle. Pas suf­fi­sant, en tout cas, pour la faire re­cu­ler. Au contraire même. Plus son dé­sir d’ob­te­nir jus­tice gran­dit et plus la liste « des graves man­que­ments de l’éta­blis­se­ment » poin­tés par le col­lec­tif de pa­rents s’al­longe. Fiches non conformes au pro­gramme, nombre de fiches de­vant être pré­sen­tées le jour de l’exa­men in­exact (4 au lieu de 6) etc. Au­tant de points abor­dés dans les lettres re­com­man­dées en­voyées au CFPPA et au mi­nis­tère de l’agri­cul­ture. « Moi, ce que je veux, in­dique la mère de Gré­goire, c’est que les en­fants soient trai­tés sur un pied d’éga­li­té. Je ne veux pas qu’on leur donne leur CAP : je veux qu’ils puissent le pas­ser ».

Mais à l’heure ac­tuelle, bien qu’Agnès Fabre mise beau­coup sur la com­mis­sion d’at­tri­bu­tion du CAP (qui au­ra lieu le 28 juin), le re­cours (gra­cieux ou conten­tieux) semble être la seule piste qui s’offre aux pa­rents dans leur quête de « jus­tice ». C’est en tout cas ce que leur “pro­pose” le mi­nis­tère de l’agri­cul­ture, qui dit ne pou­voir « re­ve­nir sur la dé­ci­sion du ju­ry, sou­ve­raine et sans ap­pel ». « Per­sonne ne veut prendre ses res­pon­sa­bi­li­tés alors qu’il y a ma­ni­fes­te­ment des man­que­ments énormes », in­dique Agnès Fabre, dé­pi­tée. Elle as­sure, au­jourd’hui, n’avoir qu’un re­gret : ce­lui « ne pas avoir pu po­ser un jour de congé pour l’ac­com­pa­gner à l’exa­men » et ain­si pou­voir, comme cer­tains en ont eu la chance, faire l’al­ler­re­tour chez le pa­tron afin d’ob­te­nir la griffe man­quante…

« Il y a de graves man­que­ments de la part de l’éta­blis­se­ment »

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