Un exer­cice géant pour for­mer nos pom­piers

La Gazette de la Haute-Loire - - La Une - JÉ­RÔME TRUCHON

Ven­dre­di, 19 h 30. Un violent carambolage s’est pro­duit et les sa­peurs­pom­piers de Mo­nis­trol, Au­rec et Fir­mi­ny sont ap­pe­lés en ur­gence. Cette si­tua­tion est fic­tive, mais les équipes se dé­mènent pour un exer­cice plus vrai que na­ture. Une fa­çon d’être prêts lorsque le pire se pro­duit.

Ven­dre­di soir, les sa­peurs­pom­piers d’Au­rec et Mo­nis­trol ont réa­li­sé une ma­noeuvre au­tour d’un im­por­tant ac­ci­dent de voi­ture avec leurs ho­mo­logues li­gé­riens de Fir­mi­ny. Ils ont ac­cep­té qu’on les suive pen­dant leur in­ter­ven­tion.

Un ac­ci­dent sur une pe­tite route de cam­pagne im­pli­quant quatre voi­tures et neuf per­sonnes. C’est le scé­na­rio de la ma­noeuvre à la­quelle une tren­taine de sa­peurs­pom­piers d’Au­rec, Mo­nis­trol mais aus­si de Fir­mi­ny ont par­ti­ci­pé, ven­dre­di soir à proxi­mi­té du ha­meau au­ré­cois d’Ouillas. Un exer­cice in­ter­dé­par­te­men­tal plu­tôt rare (voir en­ca­dré) que nous avons sui­vi au plus près grâce à l’ac­cord des par­ti­ci­pants.

Plus vrai que na­ture

Loin des dé­mons­tra­tions que l’on peut voir lors des jour­nées portes ou­vertes et autres opé­ra­tions de com­mu­ni­ca­tion or­ga­ni­sées dans les centres de se­cours, c’est dans des condi­tions criantes de vé­ri­té que s’est dé­rou­lée cette ma­noeuvre. C’est en tout cas l’im­pres­sion que nous avons eue lors de notre ar­ri­vée à 20 h 05 sur le site de l’ac­ci­dent qui avait « eu lieu » une de­mi­heure plus tôt. « C’est avec ces sti­mu­li que l’on voit mieux l’adap­ta­tion des hommes », sou­ligne le ca­pi­taine Pons, chef du centre de Mo­nis­trol.

Dans une pre­mière voi­ture ren­ver­sée, trois hommes tentent de dés­in­car­cé­rer une jeune fille après avoir sta­bi­li­sé le vé­hi­cule. Concen­trés, ils pré­parent d’im­pres­sion­nantes pinces pneu­ma­tiques pour s’at­ta­quer à la car­ros­se­rie dans un bruit de tor­sion et des cla­que­ments qui font froid dans le dos. Mais c’est un peu plus haut que l’ac­ci­dent si­mu­lé prend toute sa di­men­sion. Au­tour de deux vé­hi­cules, en­cas­trés l’un dans l’autre, une mul­ti­tude de sol­dats du feu s’agitent sous le re­gard des ob­ser­va­teurs de la ma­noeuvre dans un si­lence que seuls les ordres et les cré­pi­te­ments de la ra­dio in­ter­rompent. Deux d’entre eux, fran­che­ment jeunes, pra­tiquent un mas­sage car­diaque sur un man­ne­quin, une vic­time en ar­rêt car­dio­res­pi­ra­toire.

Concen­tra­tion maxi­male

« Ce­la fait 30 mi­nutes », s’ex­clame le com­man­dant des opé­ra­tions de se­cours (ou COS, le pa­tron de l’opé­ra­tion en quelque sorte), le lieu­te­nant Oli­vier Dal­mas­so de la ca­serne d’Au­rec, qui est en dis­cus­sion (vir­tuelle) avec le Co­dis et le Sa­mu (en fait deux of­fi­ciers ins­tal­lés à l’ar­rière d’une ca­mion­nette). Les deux pom­piers sont ex­té­nués car les mas­sages car­diaques né­ces­sitent une sacrée en­du­rance phy­sique, mais ils conti­nuent. À proxi­mi­té, deux bles­sés cou­chés à l’ex­té­rieur des vé­hi­cules sont pris en charge avec un calme im­pres­sion­nant tan­dis que plu­sieurs autres pom­piers s’oc­cupent de deux hommes coin­cés dans l’une des deux voi­tures. Dans cette scène, qui n’est pas sans faire pen­ser à celle d’une ex­plo­sion, un pom­pier se… pro­mène dans les champs. C’est du moins que l’on pense avant qu’il n’in­ter­pelle ses col­lègues. Il a trou­vé deux vic­times tom­bées au sol après avoir quit­té le lieu de l’ac­ci­dent et er­ré quelques mi­nutes. « Un cas de fi­gure qui n’est pas rare », nous confie un pom­pier.

Tra­vailler en­semble

Alors que l’on se di­rige vers la qua­trième voi­ture ren­ver­sée, les pom­piers de Fir­mi­ny ar­rivent. Sol­li­ci­tés face à l’am­pleur de l’ac­ci­dent, ils se dé­ploient très vite et se lancent dans la dés­in­car­cé­ra­tion de la neu­vième vic­time. Après avoir dis­cu­té avec le COS, ils viennent don­ner un coup de main un peu par­tout. C’est là que se joue une par­tie de la ma­noeuvre. Com­ment va se faire la col­la­bo­ra­tion ? Après quelques mi­nutes, la ré­ponse est là. Les équipes des deux dé­par­te­ments tra­vaillent de con­cert. « Ce n’est pas éton­nant. Les pom­piers ont l’habitude de tra­vailler en­semble comme sur les feux de fo­rêt », glisse le lieu­te­nant mo­nis­tro­lien Sté­phane Colomb qui est ob­ser­va­teur.

Après trente mi­nutes d’ef­forts qui ont lais­sé des traces chez cer­tains, les bles­sés lé­gers sont conduits vers les am­bu­lances. Les plus tou­chés suivent en bé­né­fi­ciant d’une mul­ti­tude de pré­cau­tions. Il y a « un mort », le man­ne­quin qui n’a pas sur­vé­cu après 40 mi­nutes de mas­sage. Il est 21 h 30, les am­bu­lances partent avant de re­ve­nir. La ma­noeuvre est ter­mi­née et les pom­piers soufflent. « Elle au­ra été très ins­truc­tive », ex­plique le com­man­dant Cha­pe­lan chef du centre de Fir­mi­ny.

(PHO­TO : JÉ­RÔME TRUCHON)

L’ac­ci­dent si­mu­lé sur une route si­tuée à proxi­mi­té du ha­meau de Ouillas concer­nait quatre voi­tures et neuf per­sonnes, dont cer­taines gra­ve­ment at­teintes.

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