Ceux qui manquent à l’ap­pel…

La Gazette de la Haute-Loire - - L' Info De La Semaine - EL­SA RUS­SIER

Si la ren­trée s’est bien pas­sée, une me­sure gou­ver­ne­men­tale est ve­nue en­ta­cher le ta­bleau : la di­mi­nu­tion des contrats ai­dés.

« Moi, je suis à mi­temps, donc ce­la veut dire qu’il y au­ra des mo­ments où per­sonne ne pour­ra ou­vrir la porte ou ré­pondre au té­lé­phone. Ça ne tient pas de­bout ! ». En ce jour de ren­trée sco­laire, Re­né Meys­son­nier, di­rec­teur de l’école pu­blique mo­nis­tro­lienne Al­bert Jac­quard, a du mal à ava­ler la pi­lule. Il vient de “perdre” son as­sis­tante de di­rec­tion. Ce poste était en ef­fet as­su­ré par une per­sonne em­bau­chée en contrat ai­dé. Un de ces contrats pris pour cible par le gou­ver­ne­ment. La se­cré­taire de l’école Al­bert Jac­quard as­su­rait pour­tant une mis­sion qui, à écou­ter Re­né Meys­son­nier, pa­rais­sait plu­tôt utile (ac­cueillir les pa­rents en de­hors des heures d’ou­ver­ture des portes ou ré­pondre au té­lé­phone, par exemple). Manque de pot pour le di­rec­teur de l’école mo­nis­tro­lienne, le contrat ai­dé de son as­sis­tante ad­mi­nis­tra­tive est ar­ri­vé à son terme en juin der­nier et n’a donc pas été re­nou­ve­lé. « Le gou­ver­ne­ment a dé­ci­dé de nous le su­crer, sans même nous pré­ve­nir. Moi, je l’ai ap­pris à la ra­dio ». Et s’il a une dé­charge en fin de se­maine qui lui per­met­tra d’ac­cor­der (ou du moins de ten­ter d’ac­cor­der) son cos­tume de di­rec­teur avec une cas­quette de se­cré­taire, ce ne se­ra pas le cas en dé­but de se­maine. Dif­fi­cile, en ef­fet, de plan­ter ses élèves en plein cours pour al­ler dé­ Les contrats ai­dés « in­ef­fi­caces » ? cro­cher le té­lé­phone ou dé­ver­rouiller la porte d’en­trée…

Dif­fi­cile, mais pas in­fai­sable : en té­moigne la di­rec­trice de l’école si­go­lé­noise Ger­maine Tillion qui, pri­vée d’EVS (Em­ploi vie sco­laire) pour la deuxième an­née consé­cu­tive, a dé­cro­ché son té­lé­phone pour nous ré­pondre… alors même qu’elle fai­sait classe à ses élèves. Pas­sé outre le fait qu’il soit en­suite plus dif­fi­cile de faire com­prendre aux en­fants qu’uti­li­ser son té­lé­phone en cours n’est pas cor­rect, on peut tout de même s’in­ter­ro­ger quant aux consé­quences de telles in­ter­rup­tions.

Si, du cô­té de l’Ins­pec­tion aca­dé­mique, nous sommes pri­vés de toute ré­ac­tion (pé­riode de ré­serve élec­to­rale oblige), le mes­sage en­voyé par Mu­ riel Pé­ni­caud, mi­nistre du tra­vail, est clair : les em­plois ai­dés sont ju­gés « in­ef­fi­caces » par le gou­ver­ne­ment. Pas si in­ef­fi­cace que ça si l’on en croit Claude Vial, le maire d’Au­rec, dont les éta­blis­se­ments sco­laires s’ap­prêtent à perdre trois em­plois ai­dés “mul­ti­cas­quettes” en trois mois. « Pas les moyens » de s’adap­ter

« À un mo­ment, ce­la avait fait dé­bat avec l’op­po­si­tion et j’avais re­gar­dé que sur une qua­ran­taine d’em­ployés mu­ni­ci­paux, on en avait entre 15 et 20 qui étaient is­sus de contrats ai­dés di­vers, in­di­quet­il. Au­de­là de ça, les contrats ai­dés avaient une vraie vo­ca­tion so­ciale, ils nous ont per­mis d’ai­der tout un tas de per­sonnes et d’amé­lio­rer les mis­sions de ser­vice pu­blic ». Car si les em­plois ai­dés comme les EVS re­lèvent de l’Édu­ca­tion na­tio­nale, beau­coup d’autres sont fi­nan­cés en par­tie par les col­lec­ti­vi­tés lo­cales. Tel était le cas, par exemple, pour l’une des Atsem tra­vaillant à l’école de la Séauve­sur­Se­mène. Son contrat n’a pas été re­nou­ ve­lé par l’État. Au­tant dire que ce­la ne donne pas le sou­rire au pre­mier ma­gis­trat de la com­mune, Bru­no Mar­con. Et si le maire d’Au­rec in­dique, désa­bu­sé, « qu’à par­tir du mo­ment où l’État dé­cide, on s’adapte ; on est ca­pable de se ré­or­ga­ni­ser », ce­lui de la Séauve af­firme ne « pas avoir les moyens » de s’adap­ter. Les heures de mé­nage et le temps de pré­sence au sein de l’école en se­ront donc ré­duits.

Et si toutes les com­munes ne sont pas concer­nées*, les dis­po­si­tions prises par Bru­no Mar­con collent as­sez avec les craintes de Claude Vial, à sa­voir : « que le ser­vice (à la po­pu­la­tion et, en l’oc­cur­rence, aux en­fants, ndlr) s’al­tère et qu’il coûte plus cher »… (*) Cer­taines com­munes, comme Mo­nis­trol, ne fi­nancent par exemple pas de contrat ai­dé au sein des écoles. Pour d’autres, comme Sainte-Si­go­lène, l’im­pact se­ra moindre car « la per­sonne n’in­ter­vient à l’école que pour du mé­nage ». Ailleurs en­core, comme à Tence, les consé­quences se­ront nulles car les 2 Atsem qui ar­ri­vaient en fin de contrat ai­dé ont été ti­tu­la­ri­sées par la com­mune (comme ce­la a été fait/bud­gé­té pour toutes les autres Atsem de Tence).

Dans les écoles, les contrats ai­dés si­gnés par l’Édu­ca­tion na­tio­nale vont être ré­orien­tés vers la prise en charge des en­fants en si­tua­tion de han­di­cap.

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