Une ar­chéo­logue re­trouve la se­conde tour du­nié­roise

Bien connue dans l’est de la Haute-Loire, la tour de Joyeuse de Du­nières était ac­com­pa­gnée, pen­dant des siècles, d’une tour ju­melle au­jourd’hui dis­pa­rue, mais dont les traces ont été re­trou­vées.

La Gazette de la Haute-Loire - - La Une - JÉ­RÔME TRUCHON

Bien connue, la tour Joyeuse de Du­nières n’a pas tou­jours été seule. Pen­dant des siècles, se dres­sait à cô­té d’elle une se­conde tour au­jourd’hui dis­pa­rue, mais dont les traces ont été re­trou­vées. Ces deux mo­nu­ments se­raient le sym­bole d’une com­pé­ti­tion entre deux sei­gneurs…

Ah la tour Joyeuse de Du­nières ! Ju­ché sur son im­po­sant pro­mon­toire qui do­mine le centre bourg et même toute la ré­gion, ce ves­tige mé­dié­val du XIIIe siècle ins­crit aux mo­nu­ments his­to­riques est de­ve­nu, au fil du temps, le sym­bole de la ci­té du­niè­roise. À tel point que la tour (qui a un res­tau­rant à son nom) ap­pa­raît même sur un des bla­sons de la com­mune.

Et pour­tant, pen­dant des siècles sur le site, il n’y avait non pas une tour, mais bien deux. Bien que dé­truite (a prio­ri avant la Ré­vo­lu­tion fran­çaise), sa trace a été re­trou­vée par une ar­chéo­logue qui a pré­sen­té ses dé­cou­vertes sa­me­di et di­manche lors des Jour­nées du pa­tri­moine du­rant les­quelles le lieu (pri­vé, rap­pe­lons­le) était ex­cep­tion­nel­le­ment ou­vert au pu­blic.

Deux tours et sur­tout deux châ­teaux

Doc­to­rante en his­toire de l’art et en ar­chéo­lo­gie à l’uni­ver­si­té d’Auxerre, Mé­lin­da Biz­ri s’est in­té­res­sée à Du­nières parce qu’elle compte l’une des rares tours mé­dié­vales en­core de­bout dans l’est du dé­par­te­ment. Un ob­jet d’étude sur le­quel elle a fait d’im­por­tantes dé­cou­vertes de­puis la pre­mière cam­pagne de fouille du site en 2012. Des trou­vailles qui re­mettent en cause à peu près tout ce que l’on pen­sait sa­voir sur ce sym­bole du Ve­lay.

À com­men­cer donc par la pré­sence d’une se­conde tour as­sez si­mi­laire si­tuée quelques di­zaines de mètres plus haut. Ins­tal­lée sur un autre pro­mon­toire, cette tour dont il reste seule­ment les fon­da­tions pré­sente, en ef­fet, des di­men­sions lé­gè­re­ment in­fé­rieures à sa ju­melle. Tour, le mot est d’ailleurs très ré­duc­teur puisque cette construc­tion est en fait le point cen­tral d’un en­semble plus large : un cas­trum (ou châ­teau). Pen­dant des an­nées, des siècles même, il y a donc eu deux châ­teaux à Du­nières sé­pa­rés de seule­ment quelques di­zaines de mètres. Deux en­sembles qui, d’après les fouilles et les re­cherches his­to­riques, semblent avoir vu le jour du­rant la même pé­riode, au XIIIe siècle. « On trouve men­tion d’un prieu­ré à Du­nières dans un do­cu­ment du dio­cèse du Puyen­Ve­lay au XIIe siècle. Les deux cas­trum ap­pa­raissent en­suite dans un texte du XIIIe siècle où il est in­di­qué la pré­sence d’un cas­trum in­fé­rieur et d’un cas­trum su­pé­rieur », ex­plique Mé­lin­da Biz­ri qui met en avant l’uti­li­sa­tion d’une tech­no­lo­gie et sur­tout d’in­fluences ar­chi­tec­tu­rales as­sez si­mi­laires dans la construc­tion.

Une com­pé­ti­tion entre deux sei­gneurs ?

Mais pour­quoi ces deux châ­teaux et deux tours qua­si­ment côte à côte tout en étant net­te­ment sé­pa­rés par un fos­sé qui a été iden­ti­fié par les ar­chéo­logues ? En l’ab­sence de traces écrites, dif­fi­cile d’avoir des cer­ti­tudes, mais Mé­lin­da Biz­ri a sa pe­tite idée. Elle met en avant le do­cu­ment du XIIIe siècle men­tion­nant les deux châ­teaux. « Pen­dant de nom­breuses an­nées, le châ­teau su­pé­rieur a été iden­ti­fié comme ce­lui de la tour Joyeuse ap­par­te­nant à la fa­mille Saint­Di­dier, re­nom­mée plus tard Joyeuse. Le châ­teau in­fé­rieur était, se­lon cer­tains, une mai­son forte du centre bourg ap­par­te­nant à la fa­mille De­tour­tour de­ve­nue en­suite la fa­mille La­roux. Avec la dé­cou­verte de la deuxième tour, on peut pen­ser que la tour Joyeuse était en fait le châ­teau in­fé­rieur. Du coup, le châ­teau su­pé­rieur pour­rait être ce­lui de la fa­mille De­tour­tour », ex­plique l’ar­chéo­logue qui penche pour une vo­lon­té de deux fa­milles de se dé­mar­quer en construi­sant cha­cune leur châ­teau avec sa tour, quitte à le faire sur le même site. Une com­pé­ti­tion de pres­tige en quelque sorte. « Ce­la existe ailleurs, mais ce type de chose est plu­tôt rare », sou­ligne­t­elle.

Une hy­po­thèse étayée par l’une des dé­cou­vertes ef­fec­tuées lors des dif­fé­rents tra­vaux ar­chéo­lo­giques me­nés au cours de ses der­nières an­nées. Se­lon Mé­lin­da Biz­ri, la fonc­tion mi­li­taire des tours est, en ef­fet, loin d’être ac­quise. D’après les études faites sur la tour Joyeuse, haute de 26 mètres, la fonc­tion ré­si­den­tielle était clai­re­ment pri­vi­lé­giée avec deux étages bien amé­na­gés puis­qu’équi­pés de la­trines et d’une che­mi­née. Ceux­ci étaient si­tués au­des­sus d’un es­pace aveugle qui de­vait ser­vir de gre­nier. Ces dif­fé­rents étages étaient des­ser­vis par un es­ca­lier à vis de belle fac­ture in­té­gré au mur de la tour. Un raf­fi­ne­ment qui ne colle pas vrai­ment avec un équi­pe­ment mi­li­taire. On de­vrait en sa­voir plus dans les mois et les an­nées à ve­nir, Mé­lin­da Biz­ri sou­hai­tant faire de nou­velles in­ves­ti­ga­tions en 2018.

La fonc­tion mi­li­taire des tours est loin d’être ac­quise

(PHO­TO : JÉ­RÔME TRUCHON)

Lieu sym­bo­lique, la tour Joyeuse de Du­nières pos­sé­dait une ju­melle construite quelques mètres plus haut et dont les traces (pro­té­gées par une bâche) ont été re­trou­vées.

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