Un grand voi­lier du XVIIIe bien­tôt dans les gorges ?

La Gazette de la Haute-Loire - - La Une - LAE­TI­TIA COEHNDET

L’as­so­cia­tion Tri­corne et to­rons planche, de­puis deux ans, sur la re­cons­truc­tion d’un grand voi­lier tra­di­tion­nel. Les amarres pour­raient être lar­guées à l’été 2018 dans les gorges de la Loire.

Ils rêvent d’un vieux grée­ment. D’une grande voile blanche gon­flée par les ali­zés, dou­blant la pointe du Châ­te­let, nar­guant l’agi­ta­tion ter­restre de­puis les eaux calmes du fleuve Loire. Et leur pro­jet est en passe d’abou­tir. Les 108 adhé­rents de l’as­so­cia­tion Tri­corne et to­rons, fon­dée à l’été 2015 à Saint­Étienne, n’at­tendent plus que trois sub­ven­tions pour dé­mar­rer la construc­tion. Une idée un peu folle dé­fen­due par Em­ma­nuel Chailleux, for­mé à la ba­tel­le­rie tra­di­tion­nelle à Tours.

Sen­si­bi­li­sé à la ma­rine par son père, grand na­vi­ga­teur, le jeune Li­gé­rien a pé­né­tré le sé­rail à 17 ans, les vieux loups de mer tou­ran­geaux (de fleuve, fau­drait­il dire) ayant be­soin de bras pour re­cons­ti­tuer les ma­noeuvres d’au­tre­fois. Dix an­nées de for­ma­tion à leur contact lui ont as­su­ré une par­faite maî­trise tech­nique et une conscience ai­gui­sée des risques (les ré­cifs sont mul­tiples sur un fleuve). Les vents qui, ini­tia­le­ment, l’avaient por­té vers l’Ama­zo­nie après quelques an­nées dans le social et la pro­tec­tion ju­di­ciaire pour la jeu­nesse, l’ont fi­na­le­ment pous­sé vers le dé­par­te­ment li­gé­rien où il s’est ins­tal­lé avec sa com­pagne. C’est là qu’Em­ma­nuel Chailleux s’est en­tou­ré de pro­fes­sion­nels, fé­dé­rant sur sa per­sonne et son pro­jet 12 corps de mé­tier et 22 ar­ti­sans qui don­ne­ront gra­tui­te­ment de leur temps pour la re­cons­truc­tion. Un en­thou­siasme qui n’est pas sans rap­pe­ler ce­lui sus­ci­té par le chan­tier de L’Her­mione (na­vire de guerre de La Fayette) en Cha­rente­Ma­ri­time ou du Re­nard (cotre de Ro­bert Sur­couf ) en Il­leet­Vi­laine. Tant de pro­jets nés des suites du ras­sem­ble­ment de Douar­ne­nez dans les an­nées 1980 et dont se re­ven­dique, aus­si, l’as­so­cia­tion Tri­corne et to­rons.

Certes il ne se­ra pas ques­tion, dans les gorges, d’un trois mâts pou­vant em­bar­quer cent hommes mais d’un grand cha­land ca­pable d’ac­cueillir 12 pas­sa­gers.

15 mètres de long et 90 m² de toile

Im­po­sant na­vire tout de même puisque long de 15 mètres, haut de 12 et dont la voi­lure de­vrait ap­pro­cher les 90 m². Do­té d’un mât es­ca­mo­table (pour pas­ser sous le pont du Per­tui­set) et d’un fond plat, à la ma­nière des Ram­bertes (les deux na­vires ap­par­te­naient à la fa­mille des Ga­barres), le ba­teau de Tri­corne et to­rons se­ra conçu en chêne pour s’ins­crire dans la du­rée. Il in­té­gre­ra plu­sieurs amé­na­ge­ments scé­niques de ma­nière à pou­voir ac­cueillir des spec­tacles vi­vants. Car le pro­jet de l’as­so­cia­tion est mul­tiple : his­to­rique mais aus­si cultu­rel et éco­no­mique. « Nous es­pé­rons na­vi­guer 144 jours par an, confie Em­ma­nuel Chailleux. L’idée, c’est d’être créa­teur d’em­plois. Nous ne vou­lons pas d’une coque vide aban­don­née sur la berge. » Un ob­jec­tif qui ré­cla­me­ra la créa­tion d’un na­vire école (le ba­te­lier trans­met­tra son ex­pé­rience à quelques vo­lon­taires). Reste à bou­cler le bud­get de 88.000 € (les ar­ti­sans se­ront ré­mu­né­rés pour les pièces réa­li­sées). De nom­breux mé­cènes sup­portent l’as­so­cia­tion qui a sol­li­ci­té les prin­ci­pales col­lec­ti­vi­tés du ter­ri­toire. Le bu­reau es­père dé­mar­rer le chan­tier en décembre. Il ne fau­dra que six mois, en­suite, pour ve­nir à bout des tra­vaux. « Six ate­liers tra­vaille­ront en pa­ral­lèle et nous as­sem­ble­rons la to­ta­li­té des pièces avec l’aide de notre maître d’oeuvre, Fran­çois Ble­ton, ébé­niste et scé­no­graphe. » De quoi en­vi­sa­ger une mise à l’eau à l’été 2018. Quant à trou­ver un port d’at­tache, l’équipe d’Em­ma­nuel Chailleux ne manque pas de pro­po­si­tions. Rien de sur­pre­nant à ce­la tant les re­tom­bées tou­ris­tiques pour­raient être consé­quentes. Les vents sont fa­vo­rables et l’ho­ri­zon presque dé­ga­gé. Tout le monde est sur le pont.

Dans la mou­vance de L’Her­mione et du Re­nard

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