Mais qui est vrai­ment Cé­dric Merle ?

La Gazette de la Haute-Loire - - La Une - FABIENNE LE­LEU

Res­pon­sable de la sai­son cultu­relle et des ani­ma­tions de la com­mune de Monistrol, Cé­dric Merle est un pas­sion­né qui a des pro­jets plein la tête. Por­trait.

La dé­marche dé­ci­dée et élan­cée, le re­gard per­du loin au­des­sus de vos têtes, vous ve­nez de croi­ser Cé­dric Merle entre deux ren­dez­vous cultu­rels sur la com­mune… ou au­de­là. Pour tous ceux qui fré­quentent ré­gu­liè­re­ment l’Es­pace cultu­rel du Mon­teil, il est le Mon­sieur Loyal de chaque spectacle de la sai­son. Il vous in­vite à par­ta­ger un mo­ment de com­mu­nion avec les co­mé­diens et vous sug­gère de ral­lu­mer votre por­table au tom­ber du ri­deau. Il vous ap­pa­raît un peu dis­tant, peut­être même un brin suf­fi­sant, une fa­çade as­su­ré­ment. Mais qui se cache vrai­ment der­rière le res­pon­sable de la sai­son cultu­relle et des ani­ma­tions de la ci­té ?

Cé­dric Merle est né en février 1977 dans une fa­mille at­ta­chée à la terre et à l’agri­cul­ture. Il passe une grande par­tie de son en­fance à la ferme chez ses grands­pa­rents et dès la sor­tie des cours, il file vers une autre ferme, celle de Beau­voir où l’ac­cueil de loi­sirs lui donne très vite le goût de l’ani­ma­tion. « On mon­tait des spec­tacles et comme tous les en­fants, j’ado­rais me dé­gui­ser. En­fi­ler des cos­tumes, jouer des rôles dif­fé­rents, ap­prendre des textes. Que du bon­heur ! » Ado­les­cent sen­sible, il n’aime pas pour au­tant la so­li­tude. Il en­cadre à son tour les en­fants des ac­cueils de loi­sirs pen­dant de nom­breuses an­nées. Il se plaît dans les am­biances ami­cales, dé­con­trac­tées, fes­tives. Il aime rire et voir rire son pro­chain. Son ave­nir se des­sine dé­jà. Il s’em­ploie­ra à dis­traire ses contem­po­rains.

Dans le creu­set de la MJC

En 1988, il re­joint la MJC et le groupe de théâtre jeunes. Joël Du­puy, alors di­rec­teur de la struc­ture et son épouse Jac­que­line, res­pon­sable de la sec­tion théâtre, lui trans­mettent très tôt la pas­sion des planches et du par­tage. « Joël est mon père spi­ri­tuel, confie au­jourd’hui le qua­dra­gé­naire avec de l’émo­tion dans la voix ». Avec Jac­que­line, il ap­prend que le théâtre est l’école de la vie et que la cul­ture ras­semble les in­di­vi­dus de tous ho­ri­zons. Cé­dric aime ci­ter cette phrase de l’écri­vain Gao Xing­jian : « Il faut ar­ri­ver à convaincre les gens que la cul­ture n’est pas un luxe mais une né­ces­si­té. Je pense que chaque jour qui passe, c’est un peu plus vrai ».

Amou­reux des voyages, il a eu l’oc­ca­sion de rou­ler sa bosse aux quatre coins du monde mais le lien qui l’unit à sa ville l’a tou­jours ra­me­né à Monistrol. Au ser­vice cultu­rel, son per­fec­tion­nisme est bien connu et rien ni per­sonne ne le dé­tourne de l’ob­jec­tif qu’il s’est fixé. En pa­ral­lèle, son be­soin d’en­ga­ge­ment le conduit à re­joindre de nom­breuses as­so­cia­tions. Tou­jours vo­lon­taire, très souvent bé­né­vole, il ne compte ja­mais son temps. Au­jourd’hui en­core, il est membre des Amis du Châ­teau et de Re­zo 43, qui re­groupe les dif­fu­seurs de spec­tacles vi­vants.

Va­lo­ri­ser le spectacle vi­vant

À l’été 95, Bac en poche, après avoir en­chaî­né les pe­tits bou­lots, Cé­dric ob­tient le bre­vet d’État ani­ma­tion et mé­dia­tion so­cio­cul­tu­relle. Il ré­pond, plein d’es­poir, à une an­nonce de la mai­rie de Monistrol qui re­cherche un co­or­don­na­teur de la vie as­so­cia­tive. « C’était une créa­tion de poste, confiet­il, il y avait tout à faire. C’était à la fois exal­tant et un vrai chal­lenge à re­le­ver ». To­ta­le­ment po­ly­valent, il gère les ins­tal­la­tions spor­tives et co­or­donne les as­so­cia­tions lors d’évé­ne­ments comme la fête du sport. En 2004, l’Es­pace cultu­rel du Mon­teil sort de terre. Cé­dric se consacre au ser­vice cultu­rel et par­ti­cipe au lan­ce­ment de la toute pre­mière sai­son. Alors bien sûr, lors­qu’il en pré­pare une nou­velle, il sait que la tâche se­ra dé­li­cate, que la cul­ture est plu­rielle et qu’il est dif­fi­cile de conten­ter tous les pu­blics mais c’est tou­jours cette vo­lon­té de pro­vo­quer les ren­contres qui l’anime.

Avec la cons­truc­tion du ci­né­ma et de la salle po­ly­va­lente, c’est tout un ar­se­nal de pro­mo­tion de la cul­ture qui voit le jour et avec l’ex­pan­sion dé­mo­gra­phique de la com­mune, l’offre s’étoffe, se di­ver­si­fie. S’il n’a plus que ra­re­ment l’oc­ca­sion de mon­ter sur scène avec sa troupe, Cé­dric s’ap­plique à y faire mon­ter les autres. Ceux dont la pas­sion n’est tou­jours pas consi­dé­rée comme un mé­tier mais comme un di­ver­tis­se­ment et qui tentent pour­tant d’en vivre. Lors d’une par­ti­ci­pa­tion au fes­ti­val d’Avi­gnon en 2009, il prend conscience de la pré­ca­ri­té du mé­tier de co­mé­dien et pré­fère re­non­cer à l’in­cer­ ti­tude de la scène pour se consa­crer, à son humble ni­veau, à la pro­mo­tion du spectacle vi­vant.

Des pro­jets plein la tête…

Au­jourd’hui, Cé­dric tra­vaille avec ses amis de la troupe Saint­Crocs à un pro­chain re­tour sur les planches, pour le plai­sir. Cô­té pro­fes­sion­nel, il fonde de grands es­poirs vers la créa­tion d’un pôle cul­ture au sein de l’intercommunalité. Il sait que le ter­ri­toire est va­rié et riche d’iden­ti­tés. « J’ai­me­rais qu’il ren­voie une image au­de­là de ses fron­tières et je me sens prêt à m’in­ves­tir da­van­tage, faire plus en­core pour ma ville et ma ré­gion au sein de la fu­ture en­ti­té cultu­relle ». Lors­qu’on lui de­mande s’il a des pro­jets per­son­nels qui ne soient pas liés à son job, il es­quisse un mou­ve­ment de re­cul et s’ex­clame, « plus tard peut­être, lorsque je se­rai vieux ». Mais dans l’im­mé­ diat, si on lui prê­tait les clefs de la ville, il vous concoc­te­rait un pro­gramme immobilier et cultu­rel aux pe­tits oi­gnons.

Pre­nez des notes mes­sieurs les ar­chi­tectes, le Monistrol nou­veau est en ma­tu­ra­tion. Ré­amé­na­ge­ment de la place Né­ron et ou­ver­ture d’une salle de spectacle en bas des al­lées du Châ­teau. On y or­ga­ni­se­rait des ca­fés­concerts. Ne vous creu­sez pas les mé­ninges in­uti­le­ment, elle s’ap­pel­le­ra salle Mi­chelSer­rault, « parce que c’est mon idole », confie Cé­dric. Les ter­rasses fleu­ri­raient au­tour de la place, parce qu’elle le vaut bien, et le par­king se­rait dé­pla­cé aux abords du LEP. Un peu plus haut, le vé­né­rable Châ­teau des Évêques de­vien­drait le re­fuge des ar­tistes d’ici et d’ailleurs. Ils vien­draient y créer et tra­vailler à la mise en lu­mière de toutes les formes d’art. Les ronds­points se pa­re­raient d’oeuvres in­édites réalisées en ré­si­dence.

« La cul­ture n’est pas un luxe mais une né­ces­si­té… »

L’idée vous plaît ? À nous oui et on a le droit de rê­ver après tout. Alors la pro­chaine fois que vous le croi­se­rez, si vous croyez dé­ce­ler une pointe d’im­pa­tience dans le bon­jour qu’il vous ren­voie, n’en pre­nez pas om­brage, ce n’est pas du mé­pris, c’est de l’an­ti­ci­pa­tion. En fait, au mo­ment où il vous ré­pond, il est dé­jà trois ki­lo­mètres plus loin, en plein bou­clage du pro­chain spectacle, sur le point de fixer ren­dez­vous à une troupe de co­mé­diens, parti dis­tri­buer ses pro­grammes, ou­vrir les portes de l’ECM, té­lé­pho­ner au ré­gis­seur, ré­ser­ver la mai­son des ar­tistes et pas­ser par le jour­nal lo­cal an­non­cer les pro­chains ren­dez­vous cultu­rels. Il n’a que dix mi­nutes, et vous ve­nez de lui en griller deux. Alors pa­tience. At­ten­dez qu’il se pose à la ter­rasse d’un ca­fé du centre et évo­quez vos pro­jets ar­tis­tiques. Ça y est, vous avez cap­té son at­ten­tion.

Âgé de 40 ans, Cé­dric Merle est en ar­dant dé­fen­seur du spectacle vi­vant sous toutes ses formes.

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