MON­SIEUR JAMÉCONTENT

La Gazette de la Haute-Loire - - Avant Toute Chose -

L’ÉLÉGANCE

Lun­di, Jean Ro­che­fort s’est éteint, en toute dis­cré­tion, loin de l’agi­ta­tion mé­dia­tique. Une dis­pa­ri­tion qui marque d’une cer­taine fa­çon la fin d’une époque : celle du dan­dy à la fran­çaise. Car avant d’être un for­mi­dable ac­teur ca­pable d’évo­luer avec brio dans tous les re­gistres du ci­né­ma, il in­car­nait une sorte d’élégance dé­li­cieu­se­ment désuète. Une per­son­na­li­té qui fei­gnait adroi­te­ment la mal­adresse et qui au­rait pu rendre pas­sion­nante la lec­ture de l’an­nuaire té­lé­pho­nique. S’il fal­lait que je garde un sou­ve­nir de Jean Ro­che­fort, ce se­rait sa pres­ta­tion in­croyable lors des Jeux olympiques 2008 à Pékin. Af­fa­lé de­vant ma té­lé, je m’étais re­trou­vé pris au piège par les épreuves équestres. Et si je res­pecte tous ceux qui se pas­sionnent pour les che­vaux, re­gar­der un concours de dres­sage à la té­lé est, pour moi, une tor­ture si­mi­laire au fait de s’at­ta­quer à un épi­sode de l’ins­pec­teur Der­rick en ver­sion al­le­mande. Alors que je m’en­fon­çais dans une douce tor­peur, la voix en­ve­lop­pante de Jean Ro­che­fort m’avait cueilli à froid. Son en­thou­siasme ému pour un “pas es­pa­gnol” par­fai­te­ment exé­cu­té et ses en­vo­lées ly­riques à chaque “le­vade” avaient pro­vo­qué chez moi une pas­sion aus­si sou­daine qu’éphé­mère pour l’équi­ta­tion. Comme si Jean Ro­che­fort pou­vait rendre l’en­nui amu­sant.

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