Au­ré­lie ra­conte l’ou­ra­gan

Ori­gi­naire de Dé­ser­tines, Au­ré­lie Cas­seau vit à Saint-Martin aux An­tilles, de­puis cinq ans. De re­tour en mé­tro­pole, « Lilly » re­vient sur « ce drame, cette mi­sère, cette vio­lence » .

La Gazette de la Manche - - La Une - Pro­pos re­cueillis par Cé­line Mon­té­cot

Au­ré­lie Cas­seau s’est ins­tal­lée il y a cinq ans dans cette île pa­ra­di­siaque des An­tilles. Elle y est ma­na­ger d’un res­tau­rant. À l’an­nonce de l’ou­ra­gan, le deuxième de sa vie d’ex­pa­triée, elle est prête. « J’ai des vivres, de l’eau, des bou­gies, une ra­dio, un sac de sur­vie » . Le mar­di ma­tin, son amie l’ap­pelle. « Lilly, il faut que tu éva­cues, ils an­noncent des vagues de sept à huit mètres » . Sa mai­son est en front de mer. Elle dé­cide de re­joindre son amie dans les terres. « L’après-mi­di passe très len­te­ment. On est huit, dont deux en­fants. On s’en­ferme dans la mai­son vers 21 h 30 quand le vent com­mence à souf­fler.

« On dis­cute, on blague pour faire éva­cuer la pres­sion. Et puis il y a ces bruits. On com­mence à avoir peur. Il n’est que 2 h et les vents les plus forts sont at­ten­dus vers 5 h 30. On se met à l’abri dans une chambre. Je vois de l’eau s’in­fil­trer, la toi­ture se le­ver… Un ami hurle : « Tout le monde dans la salle de bains ». Je crie la mort. Un ami jette un ma­te­las au-des­sus de nos têtes. On est tous les uns contre les autres, les en­fants au mi­lieu, le chien aus­si. Vers 5 h 45, un bruit hor­rible : le toit de la mai­son est ar­ra­ché. Le ma­te­las reste notre seule pro­tec­tion sous des vents à 370 km/h. Il faut te­nir deux bonnes heures en­core. Je me pré­pare à voir dis­pa­raître l’une des per­sonnes à cô­té de moi… »

Puis ar­rive l’oeil de l’ou­ra­gan, vers 8 h. « On a une ving­taine de mi­nutes avant que le vent re­prenne. On prend les en­fants, quelques vivres et on va dans la cave. »

Vers 12 h, à l’ex­té­rieur, la vi­sion est ca­ta­clys­mique. « Des arbres sont dans la mai­son, il n’y a plus d’arbres de­hors. Je me dis que je ne vais pas re­voir tout le monde… » Très vite, il faut re­trou­ver un abri pour la nuit qui

ar­rive. « Je vais voir mon lo­ge­ment. Le faux pla­fond s’est ef­fon­dré, la baie vi­trée est tom­bée. Ça risque de s’ef­fon­drer. Mais j’y passe la nuit avec une amie et sa fille. On n’a pas le choix » . Les jour­nées sont en­suite ryth­mées par des mis­sions : trou­ver de l’eau, à man­ger, de l’es­sence, du

ré­seau pour ras­su­rer les proches. « Cha­cun prend soin des autres. À cô­té de ça, on voit les pilleurs… »

« Je dors avec une ma­chette »

Avec la nuit, le stress monte. « On sait qu’il y a des bra­quages à mains ar­més. Des rondes sont or­ga­ni­sées, des bar­ri­cades construites. Je dor­mais avec une ma­chette. On sait qu’on doit par­tir. Mais j’ai mis du temps. C’est ma fa­mille de coeur là-bas. J’avais be­soin d’ai­der à dé­mé­na­ger ce qui pou­vait être sau­vé, à pro­té­ger ce qui pou­vait en­core l’être. Après, il n’y a plus rien à faire » . Le ra­pa­trie­ment est très mal or­ga­ni­sé, ra­conte-telle. « La seule chose à faire c’est d’al­ler à l’aé­ro­port. Tu te pré­sentes et tu tentes ta chance. On a tout per­du et à l’aé­ro­port on nous dit en­core : « La va­lise reste ici. Les ani­maux aus­si. » On t’en­lève tout » . Lilly tente sa chance cô­té hol­lan­dais. « Il y avait un vol pour la Mar­ti­nique le len­de­main ma­tin. L’avion n’était pas plein. J’ai di­rec­te­ment pré­ve­nu sur Fa­ce­book. De ce cô­té, on pou­vait par­tir avec au­tant de va­lises qu’on vou­lait » . Le re­tour s’ef­fec­tue dans un avion militaire fran­çais. Vers 13 h en Mar­ti­nique, ces res­ca­pés sont ac­cueillis par une cel­lule de crise. Un vol vers Pa­ris est dis­po­nible à 16 h.

« Je suis mal à l’aise »

« Je n’ai ja­mais cra­qué à Saint-Martin. Ici, oui. Je suis mal à l’aise, une sen­sa­tion d’avoir aban­don­né mes amis, mon île. Et puis il y a l’ou­ra­gan Ma­ria. Je suis prise de pa­nique pour mes amis de la Gua­de­loupe, de la Mar­ti­nique et de Saint-Martin avec qui je ne peux pas com­mu­ni­quer. Mes seules in­fos, c’est BFMTV, et il n’y a rien de ras­su­rant. Tu ne peux pas sor­tir in­demne de ça… »

« Peur de ne pas re­voir tout le monde »

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