« Dé­goû­tés » ou « en co­lère », les maires sont désa­bu­sés

La Gazette de Thiers - - LE DOSSIER - ALEXANDRE CHA­ZEAU

Face au non-re­nou­vel­le­ment des contrats ai­dés dans leur com­mune, les mu­ni­ci­pa­li­tés s’in­dignent d’une si­tua­tion qui pour­rait sup­pri­mer des postes et des ser­vices.

◗ « On a été mis au pied du mur, et la ma­nière de pro­cé­der n’a pas été des plus agréables. Ça a été au­jourd’hui pour de­main. »

Ch­ris­tian Ge­nest, maire de Cha­bre­loche, est au­jourd’hui lan­cé dans un cas­se­tête. Face à la baisse du nombre de contrats ai­dés ac­cor­dés aux col­lec­ti­vi­tés par le gou­ver­ne­ment, il va de­voir sup­pri­mer des postes au sein de ses équipes.

« Nous avons deux contrats ai­dés en voi­rie, à 30 et 35 heures. Un contrat ai­dé qui per­met de faire la gar­de­rie, l’en­tre­tien des salles com­mu­nales, et un contrat qui vient en ren­fort à l’école dans les classes des pe­tits. Mais sur ces quatre, nous ne pour­rons dé­sor­mais en fi­nan­cer qu’un seul. Et j’ai dû faire des CDD d’un mois pour que l’école puisse re­dé­mar­rer comme l’an der­nier. »

Le con­seil mu­ni­ci­pal se pen­che­ra sur cette si­tua­tion jeu­di 14 sep­tembre. « Nous gar­de­rons peu­têtre le contrat de la gar­de­rie. Mais pour la voi­rie, la ques­tion du déneigement se po­se­ra. Nous avions be­soin de tout le monde. Alors on fe­ra peut­être ap­pel à des en­tre­prises pri­vées… », sou­ligne Ch­ris­tian Ge­nest, dé­pi­té. D’au­tant que la neige peut être là dans deux mois, comme ce fut le cas ces deux der­nières an­nées en Mon­tagne thier­noise.

« Fran­che­ment, l’État fi­ nan­çait une par­tie de ces contrats, pour rendre des ser­vices à la po­pu­la­tion. Au­jourd’hui, ils se­ront in­dem­ni­sés par Pôle Em­ploi, mais pour res­ter chez eux. Illo­gique. D’au­tant plus que ces contrats per­met­taient aux gens de se re­mettre le pied à l’étrier. Cer­tains ont re­trou­vé un em­ploi à la suite de ce contrat, d’autres l’ont rom­pu car ils avaient trou­vé plus stable ailleurs. »

À deux doigts de dé­mis­sion­ner

Ber­nard Fra­siak, maire de Saint-Jean-d’Heurs, n’en dé­mord pas lui non plus : « L’ef­fec­tif crois­sant de l’école nous avait conduits à créer il y a deux ans un contrat ai­dé pour ame­ner du confort à l’école, pour la gar­de­rie, le mé­nage, la can­tine. On sor­tait 300 € par mois, pour 23 heures, ça al­lait bien à tout le monde. On se saigne pour faire 15 % d’éco­no­mies de fonc­tion­ne­ment, et eux, ils ar­rivent, et te disent « dé­gage ! ». On n’ar­rête pas de nous ta­per des­sus. »

Ber­nard Fra­siak se dit « dé­goû­té » et « en co­lère », face à cette si­tua­tion. « La dame, à 53 ans, elle va faire quoi ? On nous dit de la for­mer, mais à quoi ? Il faut un peu de bon sens. Moi je suis re­mon­té sur le su­jet, et j’étais à deux doigts de dé­mis­sion­ner. »

Pour pal­lier à ce contrat ai­dé, la mu­ni­ci­pa­li­té a donc en­vi­sa­gé un contrat jeune, 8 heures par se­maine, pour la sur­veillance des re­pas.

Même chose à Pal­la­duc, où le maire Serge Perche a fait « à l’ar­rache », un CDD de 28 heures, le mer­cre­di avant la ren­trée. « Cette dé­ci­sion brutale a sur­pris tout le monde. J’avais deux contrats ai­dés de 28 heures sub­ven­tion­nés à 80 %, un pour le mé­nage dans les bâ­ti­ments com­mu­naux, l’autre à l’école, et les deux le temps de mi­di ai­daient au ser­vice de la can­tine. J’ai dû sup­pri­mer un poste. Et trou­ver un CDD de 10 heures par se­maine pour ai­der à la can­tine en pé­riode sco­laire. Fran­che­ment, c’était in­es­pé­ré de trou­ver quel­qu’un qui le veuille. »

Au­de­là du simple constat, Serge Perche fus­tige lui aus­si les dé­ci­sions prises au plus haut som­met de l’État : « C’est se mo­quer des élus. En mars, on nous de­mande d’équi­li­brer les bud­gets, et là, re­fi­nan­cer ces contrats, c’est im­pac­ter di­rec­te­ment notre bud­get. Mais comment faire ? Il faut bien gar­der un ser­vice de gar­de­rie, de can­tine, si­non c’est la mort des écoles de vil­lage… »

Un contrat sur quatre pour­ra être conser­vé

Gar­de­rie, can­tine, mé­nage, voi­rie, nom­breux sont les sec­teurs ou les em­ployés en contrat ai­dé oeuvrent pour les com­munes.

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