Marc La­thuillière ex­pose au Creux de l’En­fer

La Gazette de Thiers - - LA UNE - LAURA MO­REL laura.mo­rel@cen­tre­france.com

Le pho­to­graphe Marc La­thuillière pré­sente son ex­po­si­tion Fa­brique na­tio­nale, ex­trait de la sé­rie Mu­sée na­tio­nal, au centre d’art contem­po­rain le Creux de l’En­fer à Thiers, jus­qu’au di­manche 28 janvier.

◗ Un masque. Le même au fil des 369 photos choi­sies par Marc La­thuillière pour son ex­po­si­tion Fa­brique na­tio­nale présentée au Creux de l’En­fer à Thiers. Le même masque am­bi­gu. À la fois triste et joyeux. En­fan­tin et in­quié­tant. Quelque part, hors du temps. « Ce masque évoque aus­si la mort, comme les masques mor­tuaires des Égyp­tiens, avec ces très grands yeux », sou­ligne le pho­to­graphe. Don­nant la vi­sion d’un monde fi­gé, son­nant faux.

Une France fi­gée et at­ta­chée à ses cli­chés

« J’ai pas­sé plu­sieurs an­nées en Asie, dans une so­cié­té ra­pide, en mou­ve­ment per­pé­tuel. Et lorsque je suis re­ve­nu en France, rien ne sem­blait avoir bou­gé. J’étais heu­reux de re­trou­ver cette France des ter­roirs mais très vite, ça a son­né faux. Le pays se dé­ve­loppe mais j’étais in­ quiet de voir que la France vou­lait fi­ger cer­taines choses. » Fa­rou­che­ment at­ta­chée à ses tra­di­tions, ses iden­ti­tés ré­gio­nales, ses cli­chés aus­si… « Il y a la no­tion de mu­séi­fi­ca­tion ici. On veut mettre du mu­sée par­tout. »

Et c’est cette in­quié­tude qui a conduit Marc La­thuillière à réa­li­ser la sé­rie Mu­sée na­tio­nal dont est ex­traite l’ex­po­si­tion, cen­trée sur l’in­dus­trie, du Creux de l’En­fer. « Fa­brique na­tio­nale est la plus grande syn­thèse ja­mais mon­trée de mon tra­vail entre 2004 et 2017. » Avec cer­taines pho­to­gra­phies réalisées spé­ci­fi­que­ment pour l’ex­po­si­tion thier­noise. On peut ain­si dé­cou­vrir des cli­chés pris dans plu­sieurs en­tre­prises du bas­sin, no­tam­ment les Cannes Fayet à Orléat, les cou­tel­le­ries Dé­glon et Hen­ri Vial­lon à Thiers. Mais Marc La­thuillière a éga­le­ment vou­lu mettre en avant dif­fé­rentes per­son­na­li­tés du ter­ri­toire comme le dé­pu­té An­dré Chas­saigne, l’an­cien cu­ré d’Am­bert, le bou­cher de Cunl­hat, Jean­Paul Gout­te­fan­geas, pro­prié­taire du châ­teau de la Chas­saigne et même Fré­dé­ric Bou­glé, di­rec­teur et com­mis­saire des expositions du Creux de l’En­fer.

« Il y a éga­le­ment des photos d’Agnès Var­da, de Fré­dé­ric Beig­be­der ou en­core de Mi­chel Houellebecq. Mais tous sont au même ni­veau. » Tous mas­qués mais iden­ti­fiés. « Le masque est aus­si uti­li­sé au mi­lieu de scènes cha­leu­reuses, en fa­mille, pour don­ner en­core ce cô­té in­quié­tant. »

Avec tou­jours ce même mes­sage du pho­to­graphe : « Si on est trop tour­né vers notre pas­sé, ob­sé­dé par la conser­va­tion de notre pa­tri­moine, on se fige nous­même. » Et le pas­sé fi­nit par dé­fi­nir notre propre iden­ti­té.

C’est ain­si qu’au­de­là de la ques­tion de l’im­mo­bi­lisme de la France, celle de l’iden­ti­té se pose avec Fa­brique na­tio­nale. « Quelque part, on est tous mas­qué au quo­ti­dien, avance Marc La­thuillière. Qui sommes­nous vrai­ ment ? Qu’est­ce qui nous dé­fi­nis ? Sommes­nous dé­fi­nis par notre mé­tier ? Par notre place au sein de notre fa­mille ? » Ain­si de la même ma­nière que JeanPaul Sartre par­lait, dans L’Être et le Néant, du gar­çon de ca­fé jouant au gar­çon de ca­fé, Marc La­thuillière montre des in­di­vi­dus ca­chés der­rière leur fonc­tion, leur mé­tier, leur rôle au sein de la fa­mille. Le masque, le rôle qu’ils choi­sissent d’en­dos­ser, leur en­le­vant toute in­di­vi­dua­li­té.

« Quand on re­garde un por­trait clas­sique, le re­gard s’at­tarde sur le vi­sage. Avec le masque, le re­gard glisse, va cher­cher les dé­tails au­tour. On va voir les ou­tils, la tech­nique, tout ce qui com­pose le dé­cor. » Don­nant alors à des scènes réelles des al­lures de pièces de théâtre trou­blantes et in­quié­tantes.

« On est tous mas­qué au quo­ti­dien »

Pra­tique. Fa­brique na­tio­nale jus­qu’au di­manche 28 janvier au

Creux de l’En­fer à Thiers. Ou­vert tous les jours de 13 à 18 heures sauf les mar­dis. En­trée libre. Vi­site com­men­tée les der­niers di­manches du mois :

2,50 €, gra­tuit pour les moins de 18 ans.

Le pho­to­graphe Marc La­thuillière ex­pose 369 pho­to­gra­phies pour Fa­brique na­tio­nale.

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