Pa­tri­moine en fête

Dans le Co­ten­tin, le han­gar d’Ecaus­se­ville s’ef­frite. Grâce au lo­to du pa­tri­moine, les tra­vaux de ré­no­va­tion s’an­noncent.

La Manche Libre (Avranches) - - La Une - Ca­mille Evan­ge­lis­ta

Le châ­teau de Bal­le­roy ini­tie un re­tour dans le pas­sé à l’oc­ca­sion des Jour­nées du pa­tri­moine. Tan­dis que le han­gar d’Ecaus­se­ville re­prend vie grâce à la mis­sion Bern.

Les mor­ceaux qui tombent du pla­fond sont de plus en plus gros et des fi­lets de sé­cu­ri­té verts éten­dus sur près de 100 mètres de lon­gueur pro­tègent la tête des vi­si­teurs, 30 mètres plus bas.

L’état de dé­gra­da­tion du han­gar d’Ecaus­se­ville, mo­nu­ment unique en son genre, est de plus en plus pré­oc­cu­pant. “C’est le seul han­gar à di­ri­geables en bé­ton ar­mé de la Pre­mière Guerre mon­diale au monde”, ex­plique Pas­kal Le­cu­reuil, membre de l’as­so­cia­tion des amis du han­gar et guide sur le site.

“Le lo­to per­met­tra de lan­cer la 1re phase de tra­vaux”

De l’ex­té­rieur, l’im­po­sante struc­ture qui ac­cueillait les di­ri­geables fas­cine les vi­si­teurs. Mais sous l’im­mense cloche de cette an­cienne base de la Ma­rine na­tio­nale, l’hu­mi­di­té marque les tuiles de bé­ton qui com­posent sa struc­ture, et la fra­gi­lise. “Il faut aus­si prendre en compte les va­ria­tions de tem­pé­ra­ture. En par­ti­cu­lier cet été, nous avons su­bi une cha­leur in­tense, ce qui di­late le bé­ton. En hi­ver, à l’in­verse, avec le froid, il se ré­tracte.”

Pas éton­nant qu’en plus d’un siècle d’exis­tence, le bâ­ti­ment com­mence à mon­trer des signes de fai­blesse. “La res­tau­ra­tion des cou­ver­tures consti­tue une ur­gence iden­ti­fiée de­puis 2013,” ex­plique-t-on à la Di­rec­tion ré­gio­nale des Af­faires cultu­relles (DRAC). Seule l’os­sa­ture en mé­tal du bâ­ti­ment ré­siste au choc des an­nées. Un autre bâ­ti­ment de la base a dé­jà dis­pa­ru et du vieux han­gar en bois fai­sant face au mo­nu­ment, il ne reste que le lo­cal où a été ins­tal­lé le mu­sée. Pro­té­ger cet hé­ri­tage de­vient donc une mis­sion ur­gente, mais le coût des tra­vaux de ré­no­va­tion reste pro­blé­ma­tique avec, en prio­ri­té, le re­pla­ce­ment de “3 500 tuiles sur le bâ­ti­ment qu’il fau­drait toutes rem­pla­cer. Elles sont as­sem­blées sur la hau­teur et nous de­vons in­ter­ve­nir sur une ligne com­plète à chaque fois, ce qui oblige à faire ve­nir une grue de 40 mètres.”

3 mil­lions d’eu­ros

de tra­vaux

Ces lourds tra­vaux né­ces­sitent “en­vi­ron 3 mil­lions d’eu­ros, rien que pour les tuiles” es­time Pas­kal Le­cu­reuil. Théo­ri­que­ment, ce se­rait à la Com­mu­nau­té d’Ag­glo­mé­ra­tion du Co­ten­tin, pro­prié­taire du bâ­ti­ment, de me­ner ces tra­vaux de res­tau­ra­tion.

Mais de­vant l’am­pleur de la charge, le chan­tier n’a ja­mais été lan­cé. Un es­poir est né ce­pen­dant avec l’ins­crip­tion du mo­nu­ment au lo­to du pa­tri­moine. Une nou­velle page peut dé­sor­mais s’écrire.

“Il est pré­vu, en ac­cord avec la com­mu­nau­té ur­baine concer­née, d’en­ga­ger dès 2018 une étude de diag­nos­tic sur ces cou­ver­tures et d’étu­dier en dé­tail les as­pects tech­niques au­tour de sa sta­bi­li­té, afin de pour­suivre en 2019 sur le pro­jet de res­tau­ra­tion pré­dé­fi­ni,” se­lon les Af­faires cultu­relles. “Le lo­to du pa­tri­moine, ce se­rait une belle pre­mière étape”, se ré­jouit Pas­kal Le­cu­reuil qui voit plus loin. “L’ar­gent per­met­tra de lan­cer les tra­vaux. Nous au­rons aus­si la pos­si­bi­li­té de sous­crire à la Fon­da­tion du Pa­tri­moine et de bé­né­fi­cier des abat­te­ments fis­caux pour les dons de par­ti­cu­liers. L’ob­jec­tif pre­mier de cette par­ti­ci­pa­tion, c’est sur­tout de faire connaître le han­gar”. At­ti­rer le pu­blic, c’est la mis­sion de l’as­so­cia­tion des amis du han­gar. “Elle a été créée en 2003, au mo­ment du clas­se­ment aux Mo­nu­ments his­to­riques, mais ce n’est que de­puis 2012 que nous nous in­ves­tis­sons pour or­ga­ni­ser des évé­ne­ments et faire vivre le mu­sée.” A force de mee­tings d’aé­ro­mo­dé­lisme his­to­rique et autres bourses mi­li­taires, le han­gar d’Ecaus­se­ville jouit d’une re­nom­mée ré­gio­nale et dé­sor­mais na­tio­nale. “En 2017, nous avons re­çu 8 000 vi­si­teurs. Le double de 2016,” se ré­jouit le guide du site qui en­chaîne les ex­pli­ca­tions dans le mu­sée si­tué en face du bâ­ti­ment.

Le han­gar est éga­le­ment de­ve­nu un lieu cultu­rel. “Un ar­tiste pa­ri­sien est ve­nu tour­né un clip ici, et un ci­néaste éga­le­ment. C’est la preuve que nous at­ti­rons du monde.”

Un té­moin de l’his­toire de l’ar­mée

Bâ­ti en 1916 par l’ar­mée fran­çaise pour pal­lier le manque de base aé­rienne entre Le Havre et Brest, le han­gar d’Ecaus­se­ville tombe en désué­tude dès la fin de la guerre, lorsque les di­ri­geables de­viennent eux-mêmes ob­so­lètes. Lors de la Se­conde Guerre mon­diale, il de- vient une base ar­rière de l’ar­mée al­le­mande. Il est même le point né­vral­gique de la construc­tion du mur de l’At­lan­tique, d’où le ma­té­riel et le bé­ton des­ti­nés à construire les nom­breux block­haus et bat­te­ries mi­li­taires sont en­voyés.

Li­bé­ré par les pa­ra­chu­tistes amé­ri­cains, le han­gar se trans­forme alors en base lo­gis­tique pour la Ba­taille de Nor­man­die. “Pour tra­ver­ser la Manche et en­cer­cler les Al­le­mands dans la pointe du Co­ten­tin, il fal­lait cou­per à tra­vers le bo­cage nor­mand aux ac­cès dif­fi­ciles. Les vé­hi­cules s’abî­maient très ra­pi­de­ment et c’est ici que les ré­pa­ra­tions étaient faites,” ra­conte Pas­kal Le- cu­reuil. Une par­tie des mé­ca­ni­ciens char­gés des ré­pa­ra­tions était des pri­son­niers al­le­mands, re­cru­tés pour leurs com­pé­tences.

“En 2007, un an­cien sol­dat al­le­mand est ve­nu ici et a po­sé à cô­té d’un vieux graf­fi­ti qu’il avait écrit pen­dant la guerre. Nous n’étions pas au cou­rant, jus­qu’à ce que son fils, après sa mort, en 2012, nous montre des photos,” ra­conte Pas­kal Le­cu­reuil de­vant la photo de ce vieux mon­sieur ex­po­sée dans le mu­sée.

“La ma­rine, quant à elle, n’est re­ve­nue qu’après ce que nous avons ap­pe­lé la Re­cons­truc­tion, dans les an­nées 1950 donc. Ils ont eu pas mal de tra­vaux à faire puisque les Al­le­mands avaient per­cé un trou dans le mur du fond, pro­ba­ble­ment pour créer un pas­sage pour leurs vé­hi­cules. Et la grande porte de de­vant était tom­bée. La ma­rine a tout mu­ré afin d’ins­tal­ler un Com­mis­sa­riat à l’Ener­gie Ato­mique des­ti­né à étu­dier la bombe nu­cléaire”, ex­plique le guide.

Fi­na­le­ment, la com­mu­nau­té d’ag­glo­mé­ra­tion n’a hé­ri­té du bâ­ti­ment qu’à la fin des an­nées 1990, avant d’en dé­lé­guer l’en­tre­tien à l’as­so­cia­tion. “Nous es­pé­rons vrai­ment que le lo­to du pa­tri­moine nous ai­de­ra à faire par­ler de cet en­droit.”

Le lo­to du pa­tri­moine per­met­trait de re­tar­der l’ef­fon­dre­ment du bâ­ti­ment. En at­ten­dant, il se­ra ou­vert pour les Jour­nées du pa­tri­moine. Le­pro­gramme com­plet sur www.la­man­che­libre.fr.

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