France, Al­le­magne, Suède : gauches et droites dans l’em­bar­ras

La crainte de l’im­mi­gra­tion fait mon­ter les “po­pu­lismes” en Eu­rope, et gêne les par­tis de gauche et de droite.

La Manche Libre (Avranches) - - France - Monde -

En Suède, le 9 sep­tembre, l’ex­trême droite des Dé­mo­crates de Suède – loin d’at­teindre les “20 à 30 %” que pro­met­tait son lea­der Jim­mie Akes­son – n’a ob­te­nu que 17,6 % des voix.

Mais elle a fait de nou­veaux gains et bloque le jeu po­li­tique. Au­cun groupe n’a la ma­jo­ri­té : ni le bloc so­ciaux-dé­mo­crates-Verts-Par­ti de gauche, en re­cul avec 144 dé­pu­tés ; ni l’al­liance conser­va­teurs­cen­tristes-li­bé­raux-chré­tiens-dé­mo­crates, en re­cul aus­si avec 143 dé­pu­tés. Moyen­nant quoi Akes­son pou­vait se po­ser le 10 sep­tembre en fai­seur de rois : “Je suis prêt à par­ler avec tous les par­tis”, an­non­çait-il, avec une prio­ri­té en fa­veur des conser­va­teurs d’Ulf Kris­ters­son, tom­bés à 19,8 %.

Kris­ters­son est ain­si face à un choix pé­nible : ou bien lais­ser le bloc “rouges-verts” gar­der le pou­voir, ou bien s’al­lier à l’ex­trême droite. Ce se­rait le moyen de re­ve­nir au pou­voir, mais Akes­son po­se­rait ses condi­tions qui se­raient dures…

Dé­to­na­teur : l’im­mi­gra­tion

Cette pers­pec­tive d’un “pacte avec le diable” est re­je­tée vi­gou­reu­se­ment par les cen­tristes, par les li­bé­raux, et même – à en croire les son­dages – par sept sym­pa­thi­sants conser­va­teurs sur dix.

La mon­tée de l’ex­trême droite sué­doise s’ex­plique par un seul fac- teur : en 2015, l’ar­ri­vée de 160 000 de­man­deurs d’asile, chiffre-re­cord en Eu­rope pour un pays de 10 mil­lions d’ha­bi­tants. D’où le brusque chan­ge­ment d’hu­meur d’une par­tie de la po­pu­la­tion sué­doise, pas­sant de l’op­ti­misme à la ner­vo­si­té. Sur­fant sur ce cli­mat nou­veau et do­tée d’un par­ti à la fa­çade ras­su­rante, l’ex­trême droite pro­clame “la culture sué­doise en dan­ger” et exige le ren­voi de cen­taines de mil­liers d’im­mi­grés. Une frac­tion des élec­teurs de gauche eux-mêmes se ral­lie à ce point de vue.

Même cause, et en par­tie même ré­sul­tat, en Al­le­magne où le stress de “l’im­mi­gra­tion de masse” de­puis 2015 pro­voque la mon­tée d’une ex­trême droite ré­cente, l’AfD, qui met en crise le bloc conser­va­teur CDUCSU : le mi­nistre de l’In­té­rieur Horst See­ho­fer qua­li­fie l’im­mi­gra­tion de “mère de tous les pro­blèmes” et veut for­cer An­ge­la Mer­kel à fer­mer les fron­tières.

En France aus­si

Le dé­bat en Al­le­magne sème le désar­roi jus­qu’à la gauche de la gauche. En ef­fet, à la stu­peur de la classe po­li­tique et des jour­naux eu­ro­péens, Sa­rah Wa­genk­necht, chef mar­xiste du groupe par­le­men­taire ‘Die Linke’ – par­ti le plus à gauche –, vient de lan­cer un mou­ve­ment so­cial in­ti­tu­lé “De­bout” et dé­clare : “En­core plus de mi­grants éco­no­miques veut dire en­core plus de concur­rence pour les jobs à bas sa­laires… Une fron­tière ou­verte à tous, c’est naïf.” En France, la ques­tion po­li­tique de l’im­mi­gra­tion est pré­sente de plus longue date, du fait de l’exF­ront na­tio­nal dont c’est le che­val de ba­taille de­puis les an­nées 1980.

Mais le par­ti de Ma­rine Le Pen, em­pê­tré dans ses sanc­tions fi­nan- cières et sa panne de lea­der­ship, se fait dis­cret en cette ren­trée. La ques­tion des “mi­grants” se ma­ni­feste ailleurs.

Comme en Al­le­magne, elle di­vise le par­ti de Jean-Luc Mé­len­chon ti­raillé entre par­ti­sans des “di­ver­si­tés” et fi­dèles tri­co­lores de la “Ré­pu­blique in­té­gra­trice”. Entre les deux, zig­zague Mé­len­chon lui-même… A Mar­seille, le 25 août, il tem­pê­tait comme sa ca­ma­rade al­le­mande Wa­genk­necht : “Honte à ceux qui or­ga­nisent l’im­mi­gra­tion par les trai­tés de libre-échange, et qui l’uti­lisent en­suite pour faire pres­sion sur les sa­la­riés !” A droite, pen­dant ce temps, le pro­blème pour Laurent Wau­quiez en­vers les mi­grants est de ren­ché­rir sur la po­li­tique de fer­me­té de Gé­rard Col­lomb sans tom­ber dans la “rhé­to­rique sim­pliste” de Ma­rine Le Pen…

Les né­go­cia­tions s’an­noncent dif­fi­ciles, en Suède, pour le conser­va­teur Ulf Kris­ters­son, 54 ans, qui se re­trouve face à un choix pé­nible.

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