“La bière, c’est de l’al­chi­mie”

La Manche Libre (Avranches) - - Consommation - Va­len­tin Bi­ret

A Caen, trois pas­sion­nés se sont as­so­ciés pour créer une bras­se­rie ar­ti­sa­nale, pri­mée au France Bière Chal­lenge.

La Bie­re­ge­rie, c’est d’abord une his­toire de pas­sion­nés. Elle com­mence avec Gil­dard Lau­nay, un des tout pre­miers bras­seurs en Nor­man­die. De­puis plus de quinze ans, le Man­chois de Bé­ri­gny brasse de la bière, d’abord en ama­teur puis de fa­çon se­mi­pro­fes­sion­nelle. Ses bois­sons ori­gi­nales sont ré­pu­tées et ob­tiennent plu­sieurs dis­tinc­tions.

S’as­so­cier pour conti­nuer à bras­ser

En 2015, son ou­til de pro­duc­tion ar­rive à ses li­mites et il s’ap­prête à ac­cep­ter l’offre d’em­ploi d’une grande bras­se­rie bre­tonne. Re­naud Ti­gnon et Mi­kaël Dias­corn, qui tiennent une cave au Havre et ap­pré­cient la bière du Man­chois, lui pro­posent alors de s’as­so­cier. “On trou­vait dom­mage que Gil­dard ne puisse pas ex­pri­mer son ta­lent, sim­ple­ment pour des ques­tions ma­té­rielles”, se re­mé­more Re­naud Ti­gnon. Gil­dard de­vient alors le seul sa­la­rié de la bras­se­rie, et peut conti­nuer à pro­duire sa pé­pite, la “Cam­brousse”.

Après une an­née sans lo­caux fixes, la Bie­re­ge­rie s’ins­talle à Caen, où elle est la pre­mière bras­se­rie à s’im­plan­ter. Le nom de l’en­tre­prise est trou­vé au ha­sard d’une ba­lade en fa­mille. “Ma fille a écor­ché le mot ‘ber­ge­rie’ et avec ma femme, on s’est dit que Bie­re­ge­rie fe­rait un nom très sym­pa !”, pour­suit le Nor­mand d’adop­tion. Tout l’uni­vers de la bras­se­rie ar­ti­sa­nale se­ra ba­sé sur cette co­quille, à l’image d’une marque qui ne se prend pas au sé­rieux. Son sym­bole : un mou­ton amu­sant et dé­ca­lé, créé par un gra­phiste ren­nais. Son truc en plus: des jeux de mots à l’ac­cent lo­cal, comme “Mou­ton caen­nais” ou le “Sei­gneur des Agneaux”. Un mar­ke­ting qui fait dé­col­ler les ventes. “Te­nir une bras­se­rie ar­ti­sa­nale, ce n’est pas juste avoir un bon pro­duit. C’est aus­si du mar­ke­ting, de la com­mu­ni­ca­tion”, re­lève Re­naud Ti­gnon, qui s’oc­cupe de ces deux do­maines. “Le pre­mier rap­port que le consom­ma­teur va avoir avec la bière, c’est l’éti­quette. Il faut qu’elle soit réus­sie pour sor­tir du lot”. Avec Mi­kaël Dias­corn, qui s’oc­cupe de la par­tie ad­mi­nis­tra­tive et fi­nan­cière et Gil­dard Lau­nay en maître bras­seur, l’équipe de la Bie­re­ge­rie trouve son équi­libre.

Des pro­duits créa­tifs

La pre­mière an­née, 17 000 litres de bière sont bras­sés en huit mois et cette an­née, plus de 30 000 litres doivent sor­tir des cuves du 33, route de Trou­ville à Caen. Mi­ckaël Dias­corn et Re­naud Ti­gnon, qui ont conser­vé leur ac­ti­vi­té de cavistes, ne se versent pas de sa­laire, mais ils ont créé un em­ploi et sau­vé un sa­voir-faire. “Seule la qua­li­té du pro­duit nous in­té­resse. Notre ac­ti­vi­té prin­ci­pale est de com­mer­cia­li­ser des bières mais ce qui me rend fier, c’est de me dire que les bières que l’on fa­brique

sont par­mi les meilleures”, confie Re­naud Ti­gnon. Une re­con­nais­sance qui ne tarde pas à ar­ri­ver puisque la Di­pa’Ca­ba­na a ob­te­nu la mé­daille d’ar­gent par­mi 420 pro­duits en com­pé­ti­tion, au France bière chal­lenge. Une ma­nière de

se jau­ger pour la jeune équipe qui ne s’at­ten­dait pas à un tel suc­cès. “On pen­sait que ce se­rait plus long

à ve­nir”, re­con­naît Re­naud Ti­gnon. La Bier­ge­rie am­bi­tionne de créer une gamme de re­cettes éphé­mères, comme la bière à la mûre de Lo­gan, sor­tie ré­cem­ment, ou l’édi­tion li­mi­tée de type Im­pe­rial stout, vieillie dans des fûts de Cal­va­dos de la Mai­son Drouin. Des pro­duits créa­tifs et in­édits. “On fait tout à

la main”, pré­cise Re­naud Ti­gnon, al­chi­miste per­fec­tion­niste. “Nous sommes tou­jours en train de peau­fi­ner, une re­cette peut prendre des mois”. Pour le bras­seur, la bière,

“c’est la confron­ta­tion de la théo­rie et de la tech­nique avec le goût. Il y a un cô­té ma­gi­cien”.

Mise en bou­teille, éti­que­tage : ici, on fait tout à la main ! Plus de 30 000 litres de bière de­vraient sor­tir des cuves de la Bie­re­ge­rie en 2018.

Pour Re­naud Ti­gnon, “La bière, c’est de l’al­chi­mie”, avec une part de ma­gie…

A Caen, la bras­se­rie ar­ti­sa­nale la Bie­re­ge­rie a dé­jà dé­ve­lop­pé une bellegamme de pro­duits, tous très créa­tifs.

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