Avec le fes­ti­val Via Ae­ter­na, “ren­trons en­semble dans l’éter­ni­té”

La Manche Libre (Avranches) - - Normandie -

Si vous de­viez écrire votre par­ti­tion mu­si­cale, quels en se­raient les dièses, les bé­mols, les si­lences ? “De­puis tou­jours, j’ai un grand amour de la mu­sique clas­sique bien sûr, mais aus­si de dif­fé­rents ré­per­toires. Je pense que je suis un ama­teur pas tant éclai­ré et que c’est pour ce­la que je suis très heu­reuse de par­ti­ci­per à la créa­tion d’un fes­ti­val met­tant en avant la mu­sique dite sa­crée, qui peut par­fois pa­raître aus­tère ou éloi­gnée d’un cer­tain pu­blic. Cette forme de trans­cen­dance ou d’élé­va­tion at­teint toute per­sonne qui est prête à l’écou­ter. Ici, nous met­tons les gens dans des condi­tions d’écoute qui ne sont pas tra­di­tion­nelles.”

Faire chan­ter des pierres, faire re­vivre leur his­toire, c’est la mis­sion de Via Ae­ter­na, dont cette édi­tion 2018 se porte plus sur une di­men­sion mé­dié­vale. “L’idée est de faire re­vivre le Mont dans sa tra­di­tion his­to­rique et spi­ri­tuelle. En ef­fet, les pre­miers ha­bi­tants et construc­teurs étaient les moines, nous vou­lons donc re­trou­ver ce qui a été en­ten­du et écrit. L’écri­ture de la mu­sique par les moines était une ac­ti­vi­té très im­por­tante, donc for­cé­ment nous al­lons ap­pe­ler des en­sembles mé­dié­vaux avec ins­tru­ments d’époque.”

Pour­quoi ce nom de Via Ae­ter­na ? “Nous sommes quatre par­te­naires, le Centre des Mo­nu­ments na­tio­naux, le dé­par­te­ment de la Manche, le Centre de réa­li­sa­tions et d’études ar­tis­tiques (CREA) de Re­né Martin et le groupe Bayard. L’idée était d’avoir un nom qui parle d’éter­ni­té et de che­min. L’an­née der­nière, la per­sonne qui a ou­vert le fes­ti­val était la pia­niste Anne Quef­fé­lec. Les mots qu’elle a eu étaient ‘Nous en­trons dans l’éter­ni­té’. C’est fi­na­le­ment le propre de la mu­sique, la mu­sique est in­vi­sible, comme l’éter­ni­té. Ren­trons en­semble dans l’éter­ni­té.”

“Ac­ces­sible, même à ceux qui ne sont pas mé­lo­manes”

Le cultu­rel via la mu­sique et le cultuel avec ces fra­ter­ni­tés com­posent une belle sym­pho­nie. Les moines et les mo­niales sont aus­si pré­sents en 2018 avec la Fra­ter­ni­té mo­nas­tique de Jé­ru­sa­lem. “Cette com­mu­nau­té dis­crète fait un tra­vail ma­gni­fique au sein du Mont, dont le propre de leur li­tur­gie est le chant. Pour le coup, ce sont des mu­siques plus contem­po­raines en fran­çais. C’est une com­mu­nau­té de frères et de soeurs très dis­crète. Cette an­née, ce se­ront les of­fices de la li­tur­gie de Saint Mi­chel qui se­ront chan­tés par l’en­semble Vox Cla­man­tis. Ce groupe est spé­cia­li­sé dans la mu­sique gré­go­rienne mais chante aus­si de la mu­sique sa­crée contem­po­raine.”

Dans la nuit, il y au­ra une tra­ver­sée poé­tique de la baie. “Ces tra­ver­sées en mu­sique furent en ef­fet un grand suc­cès l’an der­nier. L’idée est d’avoir une tra­ver­sée en mu­sique avec un sens qui convient au fes­ti­val. Cette an­née nous au­rons 5 tra­ver­sées et no­tam­ment une tra­ver­sée de nuit avec un guide qui les pra­tique ré­gu­liè­re­ment. L’idée est de par­tir du Bec d’An­daine de Ge­nêts jus­qu’au Mont-Saint-Mi­chel en pas­sant par Tom­be­laine.”

Le sa­cré s’écrit aus­si en mu­sique. Pré­sen­ta­tion avec Ch­ris­tine Au­ber­ger, se­cré­taire gé­né­rale de Via Ae­ter­na.

L’an pas­sé le choeur d’Ox­ford est ve­nu, cette an­née vous ac­cueilliez un autre choeur ve­nu d’An­gle­terre.

“Oui, c’est le choeur Apol­lo 5. Il tra­vaille beau­coup avec les jeunes et il y au­ra d’ailleurs, en plus des concerts, des in­ter­ven­tions en lien avec les écoles. Des concerts col­lec­tifs et in­ter­ac­tifs vont faire chan­ter les en­fants. On en est très fiers. Pour nous, c’est très im­por­tant qu’on ait toutes les gé­né­ra­tions. Le cô­té in­ter­ac­tif avec tous les ac­teurs cultu­rels de la ré­gion est es­sen­tiel, c’est la ma­nière dont Re­né Martin tra­vaille. Dès la pre­mière an­née, nous avions des en­sembles mu­si­caux ama­teurs et pro­fes­sion­nels de la ré­gion, ce se­ra en­core le cas cette an­née.”

Si je com­prends bien, dif­fé­rentes cho­rales et ma­né­can­te­ries vont pou­voir être as­so­ciées au fes­ti­val.

“L’Ave Ma­rie Stel­la est là. Un drame li­tur­gique, Le Jeu de Da­niel, se­ra joué par le Scho­lar Col­le­gium Nor­ma­no­rum et l’en­semble vo­cal Ave Ma­rie Stel­la, les pe­tits chan­teurs de l’Ins­ti­tut Saint-Lô, di­ri­gé par Guillaume An­toine qui fait un gros tra­vail dans la ré­gion pour la voix en gé­né­ral et le gré­go­rien en par­ti­cu­lier. Dès l’an der­nier on a réus­si à avoir des ma­ni­fes­ta­tions d’en­fants. Je suis très heu­reuse de cette im­pul­sion. Nous au­rons une tra­ver­sée en mu­sique avec un en­semble de cuivres, une classe or­chestre du col­lège d’Avranches. C’est leur 3e an­née de mu­sique à la ren­trée et ils vont ac­com­pa­gner la tra­ver­sée de la baie en mu­sique le di­manche.”

Il y a éga­le­ment une ani­ma­tion mu­si­cale qui va se dé­rou­ler à Ville­dieu-les-Poêles in­ti­tu­lée De Cloches en croches.

“Oui, à la fon­de­rie Cor­nille Ha­vard, l’en­semble Mi­cro­kos­mos chan­te­ra une créa­tion in­ti­tu­lée Feu de joie. Je ne vous en dis pas plus si ce n’est que c’est lié à l’Hymne à la Joie.” Marc Le­fèvre, pré­sident du Con­seil dé­par­te­men­tal de la Manche, a écrit à ce su­jet : “le fes­ti­val a su don­ner à la baie un écho clas­sique ma­gis­tral avec des to­na­li­tés sa­crées, d’un pa­tri­moine mul­ti­sé­cu­laire pour rendre cet art ac­ces­sible à tout pu­blic.” Le but est vrai­ment de dé­mo­cra­ti­ser ces mu­siques sa­crées ? “En ef­fet Marc Le­fèvre a très bien re­la­té ce que nous avons vé­cu l’an der­nier qui a sur­pris tout le monde. Un fes­ti­val de mu­sique clas­sique c’est très en­thou­sias­mant, mais quand on met les mu­siques en lien avec les lieux, que les per­sonnes qui jouent cette mu­sique lui donnent un sens aus­si... Quand on dit Via Ae­ter­na, c’est une mu­sique qui a tra­ver­sé les siècles. Elle est ac­ces­sible à tous, y com­pris des gens qui ne sont pas des mé­lo­manes aver­tis.”

Le beau­té re­joint toute per­sonne qui y est sen­sible.

“C’est très bien dit. La beau­té de la mu­sique et celle du lieu convergent vers une sorte de trans­cen­dance qui touche tout pu­blic.”

Re­trou­vez l’in­té­gra­li­té de cet en­tre­tien dans Ten­dance Con­fi­dences, di­manche 16 sep­tembre de 8 h 30 à 9 h sur Ten­dance Ouest, au mi­cro de Jean-Luc Le­fran­çois.

Le Mont-Saint-Mi­chel se­ra le théâtre fi­nal de ces quatre jours de fes­ti­val Via Ae­ter­na, le di­manche 23 sep­tembre pro­chain.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.