La Tur­quie, rem­part de l’Oc­ci­dent

La Manche Libre (Avranches) - - La Une - Le billet de Vi­lère

“Nous ne com­pre­nons pas pour­quoi l’Oc­ci­dent traite avec tant d’égards ceux qui n’étaient au­tre­fois que les va­lets de nos sul­tans”. Cette phrase fut pro­non­cée en 1957 par un di­gni­taire turc au su­jet des jeunes royaumes arabes tels que l’Ara­bie Saou­dite. Elle est hau­taine et mé­pri­sante mais elle tra­duit bien le fos­sé qui sé­pare un pays laïc, mul­ti­cul­tu­rel et millé­naire d’un dé­sert su­bi­te­ment éri­gé en royaume do­ré grâce aux pé­tro­dol­lars.

L’ac­tua­li­té ré­cente, qu’on le veuille ou non, lui donne une ré­so­nance par­ti­cu­lière. Elle re­met en pers­pec­tive cer­taines vé­ri­tés car ça n’est pas dans un consu­lat turc qu’a été mas­sa­cré un jour­na­liste saou­dien. Je rentre d’Is­tan­bul où toutes les femmes qui le sou­haitent peuvent conduire, tra­vail- ler et ne pas por­ter le voile, et où j’ai croi­sé des di­zaines d’églises ro­maines, ar­mé­niennes, or­tho­doxes, pro­tes­tantes mais aus­si des sy­na­gogues.

Les églises de­bout

Toutes en­tre­te­nues, pro­té­gées, fré­quen­tées et ce de­puis 2000 ans ! Mais que veut-on en Oc­ci­dent ? Qu’elles dis­pa­raissent comme c’est le cas ailleurs au Moyen-Orient ? L’exemple li­byen et sy­rien ne nous a pas suf­fi ? A force de dé­ni­grer les Turcs et leur chef, c’est pour­tant bien ce qui risque d’ar­ri­ver.

En Tur­quie, pays à la croi­sée des che­mins qui a ser­vi de rem­part aux in­fluences de toutes parts, l’équi­libre entre Moyen-Orient et Oc­ci­dent, chré­tien­té et is­lam, est an­cien mais fra­gile. Les Turcs sont fiers et ont des rai­sons de l’être. Ils pour­raient nous rap­pe­ler qu’ils furent par­mi les pre­miers avec les­quels nous en­tre­tîn­ment des re­la­tions di­plo­ma­tiques dès le XVe siècle. Ce­la n’était pas sans rai­son à une époque où les trou­peaux de chèvres étaient l’une des rares ri­chesses de l’aride pé­nin­sule Ara­bique vi­dée de ses tri­bus chré­tiennes et juives.

Alors ces­sons de char­ger la barque turque de tous nos fan­tasmes, nos pré­ten­tions pé­remp­toires, nos peurs mal fon­dées et notre dé­so­lante et fa­cile in­cul­ture. Nos tra­hi­sons et notre soif d’ar­gent aus­si, sans quoi il ne fau­dra pas s’éton­ner que les églises chré­tiennes d’Is­tan­bul fi­nissent un jour en ruines ou en fu­mée.

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