“Les éo­liennes : un men­songe !”

La Manche Libre (Avranches) - - La Une - Pro­pos re­cueillis par Phi­lippe Ber­tin

Elles sont aus­si “une af­faire de fric et une bar­ba­rie”. Le Nor­mand De­nis de Ker­gor­lay, pro­prié­taire du châ­teau de Ca­ni­sy et très en­ga­gé pour la dé­fense du pa­tri­moine, ac­cuse l’in­dus­trie éo­lienne.

Le Nor­mand De­nis de Ker­gor­lay sonne la charge contre les “bar­bares de l’in­dus­trie éo­lienne” et leurs men­songes.

Quelle mouche vous a pi­qué pour si­gner ce brû­lot contre les éo­liennes d o n t vous e s t i mez qu’elles dé­gradent nos pay­sages et notre pa­tri­moine ? “Vous avez rai­son, c’est un brû­lot et je le re­ven­dique comme tel. Il est le fruit d’un long che­mi­ne­ment. Je suis en­ga­gé sur les pro­blèmes de pa­tri­moine de­puis qu’à l’âge de 30 ans un châ­teau m’est tom­bé des­sus !

Avec Eu­ro­pa Nos­tra une Fon­da­tion qui mi­lite de­puis 1963 pour la sau­ve­garde et de la pro­tec­tion du pa­tri­moine et pour la­quelle le pro­blème de l’éo­lien s’est ra­pi­de­ment po­sé, j’ai consti­tué un pe­tit groupe de tra­vail sur le su­jet. Il se trouve aus­si que l’un de mes cou­sins, chef d’en­tre­prise, se bat aus­si contre l’im­plan­ta­tion d’éo­liennes qui dé­fi­gurent le Ber­ry, sa ré­gion. Du coup, en­semble, nous avons sou­hai­té ra­con­ter notre com­bat com­mun.”

Vous dé­non­cez ce que vous ap­pe­lez les bar­bares de l’in­dus­trie éo­lienne ? Qui sont-ils donc ? “Pré­ci­sé­ment les pro­mo­teurs de ces im­plan­ta­tions, des gens sans foi ni loi et sans au­cun scru­pule, sans res­pect au­cun qui avec le concours d’in­ves­tis­seurs et d’in­dus­triels étran­gers, no­tam­ment da­nois, al­le­mands et chi­nois, se sont en­gouf­frés dans un mar­ché fa­bri­qué de toutes pièces, en­tiè­re­ment ar­ti­fi­ciel, qui re­pose sur un prix de ra­chat de l’élec­tri­ci­té deux fois su­pé­rieur au prix du mar­ché. Ce dis­po­si­tif, vé­ri­table ap­pel d’air fa­vo­ri­sé à l’époque du gou­ver­ne­ment Jos­pin est en réa­li­té une af­faire de fric, un pla­ce­ment en or qui pro­fite à tous ces in­ves­tis­seurs, à ces pro­mo­teurs, à l’en­semble des clients, pro­prié­taires de ter­rains qui y voient une réelle op­por­tu­ni­té avec la bé­né­dic­tion d’élus et de res­pon­sables pu­blics, pré­fets ou sous-pré­fets, dont on a bour­ré le crâne.” Pour­tant, de nom­breux pro­jets en fa­veur de parcs éo­liens dits ci­toyens se mul­ti­plient à tra­vers la France

“Moi, j’ai­me­rais com­prendre les mo­dèles éco­no­miques de ces mi­cro-pro­jets de proxi­mi­té. Je de­mande à voir !”

Dans votre ou­vrage, vous par­lez d’uto­pie éco­lo­giste ? “Le mou­ve­ment éco­lo est né dans les an­nées 70, il cor­res­pon­dait alors à l’en­vie d’un vrai re­tour à la na­ture, conduit chez nous à l’époque par Re­né Du­mont, un tiers mon­diste. On rê­vait tous d’un monde meilleur. Les éco­lo­gistes dans leur quête de pou­voir ont alors fait peu à peu un fo­cus sur le pro­gramme nu­cléaire. Ce­la ne man­quait évi­dem­ment pas de per­ti­nence mais de là à pré­tendre qu’on peut rem­pla­cer cette in­dus­trie nu­cléaire, parce que ju­gée trop dan­ge­reuse, par l’éo­lien consti­tue un vrai men­songe. Re­gar­dez le mo­dèle al­le­mand, c’est un contre­sens épou­van­table : on a rem­pla­cé là-bas les cen­trales nu­cléaires par des fo­rêts d’éo­liennes tout en conti­nuant à pro­duire le pire char­bon qui soit ! L’Al­le­magne est avec la Po­logne le der­nier de la classe en Eu­rope en terme de pol­lu­tion at­mo­sphé­rique.”

Vous en ap­pe­lez aux grands au­teurs que sont Gio­no, Cha­teau­briand ou La Va­rende pour ma­gni­fier les pay­sages et de­man­der leur pro­tec­tion. N’est ce pas trop pas­séiste ?

“Pas du tout. Dé­fendre le pa­tri­moine, c’est dé­fendre le leg des gé­né­ra­tions an­té­rieures. ‘Du pas­sé fai­sons table rase’ est l’un des slo­gans les plus stu­pides que je connaisse. On doit sa­voir d’où l’on vient.”

Pré­ci­sé­ment, en quoi l’im­plan­ta­tion d’éo­liennes me­na­ce­rait-elle notre pa­tri­moine ?

“Je ne suis pas un op­po­sant sys­té­ma­tique aux éner­gies re­nou­ve­lables. l’hy­dro­lien ou le so­laire peuvent consti­tuer d’ex­cel­lentes al­ter­na­tives. Ce qui m’in­quiète, c’est de voir à quel point notre en­vi­ron­ne­ment peut être dé­fi­gu­ré par ces im­plan­ta­tions. Re­gar­dez ce qui s’est pas­sé à proxi­mi­té de la ca­thé­drale de Cou­tances : à quoi servent ces éo­liennes ? C’est une pure aber­ra­tion.

Quant au Mont-Saint-Mi­chel, on a évi­té le pire parce que des com­bats ont été me­nés pour em­pê­cher ces im­plan­ta­tions. Je pose la ques­tion : les im­plan­ta­tions éo­liennes sont elles utiles et né­ces­saires ? Pour moi, c’est du pi­peau, une réelle mys­ti­fi­ca­tion! C’est la rai­son pour la­quelle j’ai sou­hai­té écrire ce livre.”

Eo­liennes et pa­tri­moine ne font pas tou­jours bon mé­nage. Exemple criant à Cou­tances : en ar­rière-plan de la ca­thé­drale, l’éo­lienne de Gra­tot.

De­nis de Ker­gor­lay dé­nonce le lob­by éo­lien.

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