Saint-Mau­rice va dou­bler sa po­pu­la­tion

Un vil­lage du Co­ten­tin s’ap­prête à ac­cueillir le ras­sem­ble­ment des Saint-Mau­rice de France et d’Eu­rope. His­to­rique.

La Manche Libre (Cherbourg) - - INSOLITE - Va­len­tin Bi­ret

Saint-Mau­rice-en-Co­ten­tin est un vil­lage comme tant d’autres en France. A che­val entre mer et ma­rais, cette pe­tite com­mune de 263 ha­bi­tants, se­lon le der­nier re­cen­se­ment, ne compte au­cun com­merce. Seul signe dis­tinc­tif : sa belle église au toit de pierre qui ren­ferme des sta­tues du XIVe et XVe siècle clas­sées à l’in­ven­taire des Mo­nu­ments his­to­riques. Si­tuée à l’écart des axes prin­ci­paux, la bour­gade pré­pare de­puis un an l’évé­ne­ment qui fe­ra date dans son his­toire, puis­qu’il fe­ra dou­bler, voire tri­pler, sa po­pu­la­tion le temps d’un week-end. Les 9 et 10 juin pro­chains, Saint-Mau­ri­ceen-Co­ten­tin ac­cueille­ra le 18e ras­sem­ble­ment des Saint-Mau­rice de France et d’Eu­rope. Au moins 16 dé­lé­ga­tions, soit en­vi­ron 400 per­sonnes, in­ves­ti­ront le vil­lage. Saint-Mau­rice n’a ac­cueilli cette grande fête qu’une seule fois de­puis sa créa­tion. C’était en 2004. Un ras­sem­ble­ment ini­tié en 2001 et que cer­tains ne man­que­raient pour rien au monde. A Saint-Mau­rice-en-Co­ten­tin, le ren­dez-vous est sa­cré : chaque an­née, la dé­lé­ga­tion man­choise se ré­par­tit en trois mi­ni­bus et pro­fite d’un grand week-end, du ven­dre­di au lun­di. On mange sur la route, on chante dans le bus : la seule règle, c’est la bonne hu­meur ! De Saint-Mau­rice d’Agaune en Suisse, à San Mau­ri­zio Ca­na­vese en Ita­lie, ils af­flue­ront de toute la France et d’Eu­rope pour se re­trou­ver dans la Manche. “Nous ve­nons de trou­ver un Saint-Mau­rice au Ca­na­da, près de Qué­bec : ils vont tout faire pour ve­nir, peut-être pas cette an­née mais dans un fu­tur proche !”, s’en­thou­siasme Pierre Lar­son­neur, pré­sident des Amis de Saint-Mau­rice de­puis cinq ans. Pour ne pas lais­ser mou­rir l’as­so­cia­tion, ce na­tif de Bric­que­bec a pris le re­lais quand l’ex pré­si­dente a dé­mis­sion­né pour rai­sons de san­té. Au­jourd’hui, le bu­reau compte seule­ment deux per­sonnes: Pierre Lar­son­neur et la tré­so­rière-se­cré­taire, Cé­line Col­las.

Comme beau­coup d’as­so­cia­tions, les Saint-Mau­rice-de-France et d’Eu­rope sont confron­tés à une “crise du bé­né­vo­lat”, avec des membres vieillis­sants et peu de can­di­dats prêts à prendre des res­pon­sa­bi­li­tés au sein d’un bu­reau. “Trois com­munes sont par­ties de­puis le pre­mier ras­sem­ble­ment en 2001, où nous étions plus de 500”, confirme Pierre Lar­son­neur. Au­jourd’hui, 300 à 400 per­sonnes y par­ti­cipent chaque an­née. Au­tant dire qu’il a fal­lu des bras pour pré­pa­rer, de­puis un an, la ve­nue des Mau­ri­ciens, Mau­ri­ciennes, Saint-Mau­ri­çois, Saint-Mau­ri­çoises et autres Mau­ri­tiens et Mau­ri­tiennes ! “Nous avons ras­sem­blé 70 bé­né­voles pour nettoyer l’église, or­ga­ni­ser le mon­tage, le ser­vice…”, confie le pré­sident, un peu stres­sé à l’ap­proche de la date. “Cette tra­di­tion me tient à coeur, et on n’a pas le droit à l’er­reur. Mais on ne peut pas se com­pa­rer à Saint-Mau­rice du Val-de-Marne ou Saint-Mau­rice d’Agaune”.

Ces deux villes qui ont dé­jà ac­cueilli le ras­sem­ble­ment ont eu l’hon­neur d’ac­cueillir la Garde ré­pu­bli­caine et celle du Va­ti­can dans leurs églises. “Cha­cun fait en fonc­tion de ses moyens”, ré­sume-t-il. Mar­ché du ter­roir, vi­site en train tou­ris­tique, apé­ri­tif ba­la­deur : à Saint-Mau­rice-en-Co­ten­tin, on mi­se­ra sur la convi­via­li­té et la bonne hu­meur pour faire dé­cou­vrir le ter­ri­toire et sa gas­tro­no­mie. La Confré­rie des tripes de Mon­te­bourg se­ra de la par­tie pour veiller au res­pect des tra­di­tions cu­li­naires !

Un évé­ne­ment his­to­rique pour la com­mune

De belles his­toires

Bud­get de l’évé­ne­ment: 45000 €, soit en­vi­ron la moi­tié de ce­lui de la com­mune ! Les Amis de SaintMau­rice ont donc dû mettre les bou­chées doubles afin que l’as­so­cia­tion ne fasse pas ban­que­route. “Pour bou­cler notre bud­get, nous or­ga­ni­sons trois à quatre re­pas par an, et des sor­ties ran­don­née. Nous fai­sons tout nous-mêmes, ce qui nous per­met de ré­col­ter 1 000 à 1 200 € lors de chaque ma­ni­fes­ta­tion”, dé­taille Pierre Lar­son­neur. Le ta­rif de­man­dé pour par­ti­ci­per à ce ras­sem­ble­ment - 110 € par per­sonne - per­met de re­tom­ber sur ses pieds.

“On fait en sorte que le trai­teur ne nous coûte pas plus de 50 € par per­sonne et au to­tal, ce­la nous rap­porte en­vi­ron 20 000 €”, ex­plique le Man­chois, qui a de­man­dé un coup de pouce au dé­pu­té mais aus­si au mi­nistre de l’Agri­cul­ture Sté­phane Tra­vert, es­pé­rant qu’il se rap­pelle à ses ra­cines man­choises. Les re­tom­bées éco­no­miques de cet évé­ne­ment ne pro­fi­te­ront pas qu’à Saint-Mau­rice. Res­tau­ra­teurs, chambres d’hôtes, hô­tels, mu­sées : c’est tout un éco­sys­tème qui pro­fi­te­ra de l’au­baine, d’au­tant que cer­tains ont pré­vu de res­ter avant et après la fête. D’autres viennent d’Al­sace pour ai­der à pré­pa­rer huit jours avant. Une solidarité qui se tisse à me­sure que les liens se créent entre les par­ti­ci­pants. “Quand il y a eu l’épi­sode de sé­che­resse dans le Sud-Est, nous avions fait par­tir des ca­mions de paille à nos amis de Saint-Mau­rice”, se sou­vient le pré­sident man­chois. De belles his­toires ont dé­jà émaillé l’his­toire des Saint-Mau­rice, comme celle de Mar­tine Fri­mour, au­jourd’hui gra­ve­ment ma­lade, qui a par­cou­ru tous les Saint-Mau­rice de France et d’Eu­rope à vé­lo. “On se trouve des liens. Nous nous sommes fait des amis de Saint-Mau­rice-sur-Loire avec qui l’on se voit chaque été : ils font presque par­tie de la fa­mille”. De­puis 18 ans, la tra­di­tion a la vie dure. Avant la messe du di­manche ma­tin, où cer­taines dé­lé­ga­tions viennent en cos­tume, les maires des dif­fé­rents Saint-Mau­rice se réunissent pour dé­ci­der où se­ra or­ga­ni­sé le pro­chain ras­sem­ble­ment. “Il y a eu des fuites, nous sa­vons dé­jà qu’en 2019, ce se­ra une pe­tite com­mune de 150 ha­bi­tants, mais ce n’est pas en­core officiel”, su­surre Pierre Lar­son­neur. Le di­manche après-mi­di, quand les jeux sont faits, le bâ­ton de ber­ger por­tant tous les noms des Saint-Mau­rice gra­vés est re­mis à la com­mune or­ga­ni­sa­trice de l’édi­tion sui­vante. Les bé­né­voles du Co­ten­tin pour­ront alors souf­fler, et prendre des va­cances. Pour Pierre Lar­son­neur, elles pas­se­ront, comme chaque an­née, par SaintMau­rice-sur-Loire.

Pierre Lar­son­neur, pré­sident des Amis de Saint-Mau­rice, s’ap­prête à re­ce­voir 16 dé­lé­ga­tions des Saint-Mau­rice de France et d’Eu­rope.

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