Pro­me­nade in­so­lite : La plus jeune bu­ra­liste !

La Manche Libre (Cherbourg) - - DECOUVERTE - Alain Fergent

Au choix à mi­di, ce jour, c’est coq au vin, rô­ti de porc, ro­gnon ou steak. “Ma­mie cas­se­roles” est au four­neaux, c’est Isa­belle. Cé­cile Le­franc, sa fille, as­sure le ser­vice dans une am­biance bon en­fant, ma­man qui lui donne le coup de main n’est pas peu fière. “Quand elle nous a an­non­cé qu’elle vou­lait s’ins­tal­ler, on s’est dit qu’elle était tom­bée sur la tête”.

Tous au comp­toir

Cé­cile la jo­lie jeune fille aux yeux verts est du genre tê­tue. “Quand j’ai su que le com­merce du bourg était à vendre, je me suis dit qu’il était pour moi”. Ce ne fut tout de même pas sans mal : pen­dant un an, la jeune fille, 22 ans au­jourd’hui, eut toutes les peines du monde à convaincre son ban­quier de lui prê­ter de l’ar­gent, il lui fal­lait au moins 20 000 eu­ros pour se lan­cer, ra­che­ter le fonds de com­merce et consti­tuer son stock. Il y avait bien sa grand-mère, ses frères et ses pa­rents à croire en elle, mais le compte n’y était pas. “Quand j’al­lais en ren­dez-vous à la Chambre de Com­merce, on me pro­po­sait des af­faires à re­prendre en ville, mais ja­mais dans un vil­lage. Et moi, ce qui me plaît, c’est la vie à la cam­pagne”. Fi­na­le­ment le Dé­par­te­ment de l’Orne lui a consen­ti un prêt. Il était moins une ! A Saint-Jean-des-Bois, pe­tit bourg per­ché sur les hau­teurs à la croi­sée des che­mins entre Manche, Cal­va­dos et Orne, pas loin de Tin- che­bray, Cé­cile est une fille du pays, on l’ap­pelle “CC” - “Ici, tout le monde s’ap­pelle par son sur­nom” – et les gens du pays sont ad­mi­ra­tifs. La com­mune compte à peine 200 ha­bi­tants, le com­merce de Cé­cile est le seul du bourg, il fait bar-ta­bac, épi­ce­rie, dé­pôt de pain, res­tau­rant et même sta­tion- ser­vice, la pompe sert du ga­soil et bien­tôt l’en­seigne ac­cueille­ra les jeux de lo­to. “Cé­cile a du cou­rage. Heu­reu­se­ment qu’elle est là pour faire vivre le bourg”, disent les ha­bi­tants.

Le ma­tin tôt, à l’heure du ra­mas­sage sco­laire, beau­coup se re­trouvent pour un pe­tit ca­fé au comp­toir ha­billé de for­mi­ca. A mi­di, la salle conti­guë à l’épi­ce­rie est pleine à cra­quer, les huit tables de bis­trot, une tren­taine de cou­verts, sont oc­cu­pées par les ha­bi­tués dont cer­tains font un grand dé­tour pour ve­nir cas­ser la croûte. Le soir, Cé­cile baisse le ri­deau peu avant 20 h, elle s’ac­corde une pause le di­manche après-mi­di et le lun­di. La jeune femme dont le ventre ar­ron­di an­nonce un heu­reux évé­ne­ment, c’est pour Noël, s’est ins­tal­lée il y a deux ans, elle avait 20 ans, à l’époque elle était “la plus jeune bu­ra­liste de France”. Elle a re­pris à son compte le bar-ta­bac qui exis­tait dé­jà et l’a re­bap­ti­sé “Au P’tit Bois”. Mar­co, un ha­bi­tué,

La plus jeune bu­ra­liste de France est à Saint-Jean-des-Bois, pe­tit vil­lage aux portes de la Manche. Chez Cé­cile, plus belle la vie.

avait 12 ans quand le com­merce a été construit dans les an­nées 60. Il re­trouve les co­pains de­vant une mousse. “Il faut faire tra­vailler des pe­tits com­merces comme ce­lui-là. Il faut ai­der Cé­cile”.

La jeune bu­ra­liste ne dé­gage pas en­core de vrai sa­laire de son ac­ti­vi­té, son com­pa­gnon Ma­nuel tra­vaille à Flers comme mé­ca­ni­cien. Le couple ha­bite sur place. Y fe­ra-telle sa vie ? “Je ne sais pas en­core si je res­te­rai là des an­nées. Mais en at­ten­dant, j’y suis bien”. Les clients du “P’tit Bois” l’adorent : “Elle nous ac­cueille tou­jours avec le sou­rire. Ici, la porte est ou­verte à tous”. Plus belle la vie chez Cé­cile.

Pra­tique. “Au P’tit Bois” à SaintJean-des-Bois - bar-ta­bac, épi­ce­rie, res­tau­rant et sta­tion ser­vice. Tél. 02 33 66 63 05.

Cé­cile Le­franc, 22 ans, est la pa­tronne d’un pe­tit com­merce de proxi­mi­té, bar-ta­bac, épi­ce­rie, res­tau­rant et sta­tion ser­vice, qu’elle a re­pris à son compte il y a deux ans, à Saint-Jean-des-Bois, un vil­lage entre Manche et Orne. Elle était alors la plus jeune bu­ra­liste de France. A mi­di, avec sa ma­man aux four­neaux, elle sert une tren­taine de cou­verts dans une am­biance bon en­fant !

Avec Isa­belle, sa ma­man, la “ma­mie cas­se­roles”.

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