Ces épaves si at­ta­chantes

Les épaves de l’an­gé­lus et de l’etacq son­telles des ob­jets du pa­tri­moine ou un dan­ger pour les pro­me­neurs ?

La Manche Libre (Coutances) - - La Une - Be­noit Mer­let

Dan­ge­reux, mais tel­le­ment beaux : à Port­bail, des ba­teaux à l’aban­don font par­tie du pa­tri­moine. Cer­tains sont même clas­sés, et les ha­bi­tants y sont at­ta­chés.

APort­bail, dif­fi­cile de man­quer la sil­houette de l’an­gé­lus. Quand on foule le sable du havre, le sque­lette de cet an­cien cha­lu­tier en bois construit aux chan­tiers Bel­lot se trouve di­rec­te­ment dans l’ali­gne­ment de l’église Notre-dame. L’an­cien bau­tier-cor­dier est un su­jet de pré­di­lec­tion pour les pho­to­graphes et il n’est pas rare de re­trou­ver l’an­gé­lus sur des cartes pos­tales. Le na­vire, clas­sé d’in­té­rêt pa­tri­mo­nial, fi­gure même sur les pan­neaux aux abords de la route an­non­çant l’ar­ri­vée à Port­bail.

“Des té­moins du pa­tri­moine”

Quelques di­zaines de mètres plus loin, une autre épave at­tire aus­si le re­gard des pro­me­neurs : celle de l’etacq. Cet an­cien ba­teau de pêche à la pein­ture rouge est échoué sur le flanc de­puis près de vingt ans. Son pro­prié­taire étant dé­cé­dé et n’ayant pas de des­cen­dance, le na­vire en bois at­tend sa der­nière heure dans le havre.

Pour les pas­sants, ces deux épaves, té­moins d’une époque ré­vo­lue, sont une at­trac­tion. Le re­gard que la ville porte sur ces deux ba­teaux est quant à lui plus nuan­cé.

“On reste pru­dent au ni­veau de la sé­cu­ri­té. Si ja­mais quel­qu’un se blesse en mon­tant sur une des épaves, ce­la pour­rait être re­pro­ché à la ville”, ex­plique Serge Lai­det, ad­joint en charge des af­faires lit­to­rales. “On a bien es­sayé de pla­cer des bar­rières au­tour de l’an­gé­lus, mais il faut être réa­liste, avec les ma­rées, ce n’est pas te­nable”.

Il y a quelques an­nées, la mu­ni­ci­pa­li­té avait même pen­sé à dé­pla­cer l’an­cien cha­lu­tier pour le po­ser sur un rond-point. “Nous vou­lions nous ins­pi­rer de ce qui avait été fait à Pi­rou. Ce­la au­rait contri­bué à le mettre en va­leur. Seule­ment, l’opé­ra­tion s’est avé­rée trop coû­teuse vu l’état de ba­teau”.

De­puis, le clas­se­ment du ba­teau a ren­du la chose im­pos­sible et les in­tem­pé­ries et les grandes ma­rées ont en­core ac­cen­tué la dé­gra­da­tion du na­vire. “Au­jourd’hui, si on vou­lait en­le­ver l’an­gé­lus, il y au­rait une le­vée de bou­cliers. Ce ba­teau fait par­tie du pa­tri­moine. Il fait par­tie des sou­ve­nirs que l’on rem­porte de Port­bail”.

La tra­di­tion veut même qu’à chaque ma­riage, les couples se fassent prendre en pho­tos de­vant l’an­gé­lus.

“Nous sommes loin du ci­me­tière à ba­teaux”

Quant à l’en­tre­tien de ces ba­teaux, la mu­ni­ci­pa­li­té dis­pose de peu de marge de ma­noeuvre. Ré­no­ver l’an­gé­lus est dé­sor­mais im­pos­sible et son pro­prié­taire a de­puis long­temps bais­sé les bras. En­le­ver le na­vire est aus­si dif­fi­cile sa­chant qu’il est clas­sé d’in­té­rêt pa­tri­mo­nial.

Pour l’etacq, le bud­get se­rait éga­le­ment consé­quent et dif­fi­cile à jus­ti­fier pour la mai­rie, d’au­tant plus que la ges­tion du havre ne dé­pend pas d’elle mais de la Di­rec­tion des Ter­ri­toires et de la Mer (DDTM). “Nous avons quelques épaves mais nous sommes loin de de­ve­nir un ci­me­tière de ba­teaux comme ce­la peut être le cas dans cer­tains ports, no­tam­ment en Bre­tagne”, ras­sure Serge Lai­det.

Voir le phé­no­mène s’am­pli­fier semble en ef­fet peu pro­bable. “Il y a de moins en moins de ba­teaux en bois et les vieux grée­ments sont gé­né­ra­le­ment bien res­tau­rés”. Pour l’élu, le pro­blème est ailleurs. “Les ver­rues que l’on trouve main­te­nant, ce sont les ba­teaux en plas­tique. C’est vrai­ment in­es­thé­tique”. Leur pré­sence pose aus­si la ques­tion du trai­te­ment de ces nou­velles épaves. “Il n’y a pas de fi­lière pour re­trai­ter ces an­ciens ba­teaux. C’est plus pro­blé­ma­tique. Alors que les ba­teaux en bois ap­portent un cer­tain ca­chet, les coques en plas­tique en­lai­dissent le pay­sage”.

Les ba­teaux en plas­tique, comme ce­lui-ci, qui sont lais­sés à l’aban­don dans le havre, sont plus pro­blé­ma­tiques pour la col­lec­ti­vi­té.

“Ce sont des sym­boles de la ville”, ex­plique Serge Lai­det, ad­joint au maire en charge des af­faires lit­to­rales.

Comme l’an­gé­lus (à droite), l’etacq gît dans le havre et at­tire les pro­me­neurs.

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