Vaincre la ma­la­die, mettre les voiles

En 2015, on lui diag­nos­ti­quait un can­cer. Cette an­née, le skip­per gran­vil­lais Ni­co­las Jos­sier par­ti­ci­pe­ra à la Route du Rhum.

La Manche Libre (Granville) - - Actualite - Hu­go Char­pen­tier

Le 4 no­vembre 2018, il quit­te­ra Saint-ma­lo pour sa pre­mière Route du Rhum. Si le jour du dé­part peut pa­raître loin­tain, il doit sem­bler bien proche pour Ni­co­las Jos­sier. Et pour cause : at­teint d’un can­cer en pleine pré­pa­ra­tion de l’épreuve my­thique, le skip­per gran­vil­lais re­vient de loin, très loin.

Ce se­ra sa toute pre­mière tran­sat. Ni­co­las Jos­sier n’a pour­tant rien d’un dé­bu­tant dans le mi­lieu de la voile. “Je ne pars pas à l’aven­ture comme ça”, lance-t-il tout sou­rire en fai­sant vi­si­ter l’ha­bi­tacle de son Class 40, à quai dans le port de Gran­ville. A 41 ans, le Gran­vil­lais a dé­jà pas mal de milles dans le sillage. “J’ai com­men­cé à na­vi­guer avec mon oncle qui est à l’ori­gine de l’école de voile de Bré­hal”, se rap­pelle-t-il avant de ci­ter, par­mi ses pre­miers sou­ve­nirs sur l’eau, une par­ti­ci­pa­tion aux ré­gates de Chau­sey à bord du 470 fa­mi­lial. Pas­sé par tous les sup­ports (de l’op­ti­miste à la planche à voile), for­mé au mo­ni­to­rat, Ni­co­las Jos­sier a “tou­jours pra­ti­qué la voile dans un es­prit de com­pé­ti­tion”. “J’aime bien al­ler à Chau­sey, mais j’aime y al­ler vite”, plai­sante-t-il avant d’ajou­ter : “J’adore le ba­teau mais même à bord d’un croi­seur, je suis exi­geant sur les ré­glages”. Rien d’éton­nant pour ce­lui qui af­fiche dé­sor­mais un pal­ma­rès bien four­ni : sept par­ti­ci­pa­tions à la So­li­taire du Fi­ga­ro, huit Tours de France à la voile et de nom­breuses ré­gates sur les cir­cuits na­tio­nal et in­ter­na­tio­nal.

Le pro­jet Route du Rhum a mû­ri pen­dant long­temps dans l’es­prit du skip­per. “J’avais dé­jà évo­qué l’idée pour l’édi­tion 2014. En 2012, j’avais fait une pre­mière course en Class 40, la Nor­man­dy chan­nel race”, rap­porte le na­vi­ga­teur qui avait dé­cro­ché une jo­lie deuxième place. Mal­gré tout, Ni­co­las avait dû mettre en som­meil ses es­poirs de Rhum… jus­qu’à ce que le rêve soit re­lan­cé en 2015.

Au même mo­ment, le spor­tif va pour­tant faire face à un ter­rible pé­pin de par­cours. En pleine pré­pa­ra­tion, il ap­prend qu’il est at­teint d’un lym­phome, un can­cer du sys­tème im­mu­ni­taire. Mal­gré la ma­la­die et le lourd trai­te­ment, le Gran­vil­lais s’ac­croche et peau­fine son pro­jet. “C’était im­por­tant pour moi d’avoir une porte de sor­tie”, ex­pose le ma­rin. En 2016, alors que son trai­te­ment n’est pas ter­mi­né, Ni­co­las re­prend le dé­part de la Nor­man­dy chan­nel race, sa “course de conva­les­cence”, comme il le ra­conte lui-même : “Je n’étais pas prêt spor­ti­ve­ment, mais c’était im­por­tant d’y re­tour­ner”.

“A Chau­sey, j’aime y al­ler vite”

Un sui­vi mé­di­cal ter­mi­né en jan­vier

L’aven­ture sur le Rhum, c’est aus­si une his­toire de ren­contre. Celle d’un nou­veau spon­sor, Manor­ga. Une en­tre­prise dont le gé­rant, pas­sion­né par la voile, est aus­si concer­né par une ma­la­die grave : le dia­bète. “Notre ren­contre s’est faite là-des­sus : le fait d’ai­mer la voile et d’être tou­chés par ces pa­tho­lo­gies”, ra­conte le skip­per. Avec Manor­ga, France Lym­phone Es­poir et la fé­dé­ra­tion fran­çaise des dia­bé­tiques, Ni­co­las Jos­sier va fé­dé­rer une équipe pour al­ler au bout de son pro­jet.

Après avoir ter­mi­né son sui­vi mé­di­cal en jan­vier, le skip­per est en plein pré­pa­ra­tifs. A huit mois du dé­part, son em­ploi du temps s’ar­ti­cule entre les sor­ties en mer et le bri­co­lage sur son voi­lier. Le Gran­vil­lais compte bien ac­cro­cher les 15 pre­mières places de l’épreuve. Car même en par­tant d’un peu plus loin que les autres, il ne lais­se­ra pas sur le quai sa fu­reur de vaincre.

En no­vembre pro­chain, Ni­co­las Jos­sier pren­dra le dé­part de la Route du Rhum des­ti­na­tion Gua­de­loupe.

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