La stra­té­gie des cas­seurs

Par Fran­çois Ké­ro­nic

La Manche Libre (Saint-Lô) - - LA UNE -

Ce mois de mai pro­met-il d’être po­li­ti­que­ment chaud ? Tout au­tant que ce que nous pré­voit la mé­téo : par épi­sodes. Les­quels vont conti­nuer de se jouer dans la rue. Des dates sont dé­jà ar­rê­tées tan­tôt par les syn­di­cats, tan­tôt par l’ex­trême gauche qui es­père en pro­fi­ter pour conti­nuer de “faire la fête à Ma­cron” : le 22 mai pour les syn­di­cats, le 26 pour les In­sou­mis de Mé­len­chon ; peut-être le 14 pour les che­mi­nots tout seuls...

On vient de voir com­bien tout pou­vait chan­ger d’un ras­sem­ble­ment à l’autre. Le 1er mai, le dé­fi­lé syn­di­cal, dés­uni, est sac­ca­gé par les dé­bor­de­ments de vio­lence bru­tale des Black Blocs ; le 5 mai, en re­vanche, pas de cas­seurs d’ul­tra­gauche, et le dé­fi­lé “Pot au feu” de la France in­sou­mise se dé­roule pai­si­ble­ment à Pa­ris, aux seuls ap­pels à la “ré­vo­lu­tion ci­toyenne”.

Quel est donc le ca­len­drier des cas­seurs ? Pour­quoi ont-ils dé­mo­li le dé­fi­lé syn­di­cal et pas ce­lui des In­sou­mis ? A cause du dé­ploie­ment po­li­cier, de l’en­ca­dre­ment mi­li­tant ? Ou bien des in­ter­pel­la­tions sur­ve­nues le 1er mai qui au­raient pu désor­ga­ni­ser leur dis­po­si­tif et les em­pê­cher de se ras­sem­bler à nou­veau ?

La lo­gique du chaos

Sur leur par­cours du 1er mai, entre deux assauts in­cen­diaires, cer­tains de ces ca­gou­lés de noir col­laient des af­fi­chettes sur les­quelles on pou­vait lire : “Agir en pri­mi­tif, pen­ser en stra­tège”. Agir en sau­vage, ils en fai­saient sur place la dé­mons­tra­tion : des­truc­tions, in­cen­dies, pillages. Mais la deuxième par­tie de la for­mule, que vou­lait-elle dire ? Quelle stra­té­gie les cas­seurs pour­suivent-ils ? Celle de la casse à tout prix - pour abou­tir à quoi ? Il n’y a qu’une ré­ponse dans leur lo­gique du chaos et c’est celle-ci : il s’agit de trans­for­mer en émeute une ma­ni­fes­ta­tion, de pro­lon­ger tout af­fron­te­ment en ba­taille de rue. Et de cher­cher à at­teindre l’ir­ré­ver­sible avec les forces de l’ordre. En face, quelle peut être la stra­té­gie du gou­ver­ne­ment ?

Sou­tien de l’opi­nion

En pre­mière ap­proche, les “dé­bor­de­ments” du 1er mai ont eu pour ef­fet de faire dis­pa­raître des écrans la “mo­bi­li­sa­tion so­ciale”. Mais, en lais­sant faire, le gou­ver­ne­ment y ga­gnait-il en dé­mons­tra­tion d’au­to­ri­té, de pro­tec­tion du ci­toyen, de bonne ges­tion de l’ordre pu­blic ? Pas sûr. Or tous, pré­fet de po­lice, mi­nistre de l’In­té­rieur, Pre­mier mi­nistre – et le pré­sident de la Ré­pu­blique de­puis les an­ti­podes, se ré­jouis­saient d’une même voix de n’avoir pas comp­té de vic­times le 1er mai. C’était donc l’ob­jec­tif re­cher­ché : plu­tôt des in­cen­dies que des bles­sés, ou pire, afin d’en­rayer le cycle de la vio­lence. Tant qu’il n’y avait pas de vic­times, les Black Blocs n’avaient été que des “abru­tis” (comme les ont ap­pe­lés les porte-pa­role cé­gé­tistes) utiles au gou­ver­ne­ment. Le pou­voir avait-il vrai­ment be­soin de ce­la pour dis­cré­di­ter la grève à ré­pé­ti­tion des che­mi­nots, celle des pi­lotes d’Air France, ou les oc­cu­pa­tions de facs et les cor­tèges à ve­nir ? Le pou­voir sa­vait que dans cette af­faire, il avait le sou­tien de l’opi­nion. Lui en fal­lait-il plus ? Il a su mon­trer qu’il pou­vait aus­si par­fai­te­ment main­te­nir l’ordre et la sé­cu­ri­té, le 5 mai, ce qui si­gni­fie qu’il peut donc, au gré des cir­cons­tances, an­nu­ler les ef­fets d’une ma­ni­fes­ta­tion ou la lais­ser pros­pé­rer… Souf­fler tan­tôt le chaud, tan­tôt le froid.

Em­ma­nuel Ma­cron, Chef de l’Etat

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