Em­ma­nuel Ma­cron un an après : les Fran­çais tou­jours in­dé­cis

Entre “bi­lan po­si­tif” et “France cou­pée en deux”, les son­dés hé­sitent à jau­ger cette pre­mière an­née.

La Manche Libre (Saint-Lô) - - FRANCE-MONDE -

Le 14 mai 2017, Em­ma­nuel Ma­cron de­ve­nait le hui­tième pré­sident de la Ve Ré­pu­blique. En mai 2018, beau­coup de Fran­çais hé­sitent en­core à por­ter un ju­ge­ment sur cette pre­mière an­née d’une pré­si­dence qui de­vait être celle de l’in­no­va­tion tam­bour bat­tant.

Se­lon une en­quête Ip­sos pour Sciences-Po pu­bliée le week-end der­nier, 45 % des son­dés ont une image po­si­tive du bi­lan de cette pre­mière an­née, cri­ti­qué au contraire par 55 %. La moi­tié des son­dés pensent que Ma­cron et son gou­ver­ne­ment “veulent vrai­ment ré­for­mer la France et y par­vien­dront”, mais l’autre moi­tié n’y croient pas. De même, 51 % ap­pré­cient le rythme des ré­formes, mais 55 % trouvent la mé­thode trop “ver­ti­cale”… D’autre part, les ci­toyens semblent en par­tie dé­con­cer­tés par la po­li­tique de l’Ely­sée. En 2017, Em­ma­nuel Ma­cron ap­pa­rais­sait comme un cen­triste, et la ma­jo­ri­té de ses élec­teurs se si­tuaient au centre-gauche et à gauche. En 2018, l’image pu­blique de Ma­cron consta­tée par l’en­quête Ip­sos s’est dé­pla­cée net­te­ment vers la “droite” au sens ul­tra­li­bé­ral du terme. Un ma­laise touche par ailleurs les ques­tions so­ciales. Près de 80 % des son­dés, dont plus de 52 % des élec­teurs de Ma­cron au pre­mier tour de la pré­si­den­tielle, cri­tiquent l’ac­tion du gou­ver­ne­ment en ma­tière de san­té, de pou­voir d’achat ou de ré­duc­tion des in­éga­li­tés. L’idée d’un “pré­sident des riches”, et d’une “France à deux vi­tesses” où les pé­ri­phé­ries se­raient vouées à l’aban­don, tourne dans les es­prits. Cette en­quête met donc en re­lief une opi­nion per­plexe et contra­dic­toire, peu en phase avec la vi­sion triom­phale ex­pri­mée par le chef de l’Etat dans ses propres in­ter­views - et plus en­core dans les pro­pos de son pre­mier cercle : “Chez Em­ma­nuel Ma­cron, tout est fas­ci­nant, son par­cours, son in­tel­li­gence, sa vi­va­ci­té, sa puis­sance phy­sique même”, n’hé­site pas à dé­cla­rer Christophe Cas­ta­ner, pla­cé par l’Ely­sée à la tête de La Ré­pu­blique en marche… L’avis ce­pen­dant le plus lar­ge­ment par­ta­gé par les son­dés, c’est leur peu d’at­trait pour une op­po­si­tion in­car­née par Jean-Luc Mé­len­chon, Ma­rine Le Pen, Laurent Wau­quiez et Olivier Faure. C’est un atout par dé­faut : mais il n’est pas né­gli­geable aux yeux de l’Ely­sée.

Qua­li­tés et dé­fauts

L’atout prin­ci­pal d’Em­ma­nuel Ma­cron est l’im­pres­sion pro­duite par sa fa­çon de “faire le pré­sident”. Alors que Ni­co­las Sar­ko­zy et Fran­çois Hol­lande - deux pro­fils pour­tant op­po­sés - avaient été ca­ta­lo­gués très vite, leur suc­ces­seur conti­nue après douze mois à dé­con­cer­ter une opi­nion qui hé­site à le ju­ger. Les qua­li­tés re­con­nues à Ma­cron - cha­risme présidentiel, éner­gie, vo­lon­té de chan­ge­ment - s’ac­com­pagnent d’une image de dé­ci­deur peu por­té sur l’em­pa­thie, mais le fait est là : tan­dis que Sar­ko­zy et Hol­lande avaient dé­cro­ché mas­si­ve­ment dans l’opi­nion au

Une opi­nion pu­blique dé­con­cer­tée

bout de la pre­mière an­née de man­dat, Ma­cron a moins per­du qu’eux dans ce même laps de temps. Sa po­pu­la­ri­té re­cule quand il prend des me­sures mal vues des Fran­çais : hausse de la CSG, ISF, fin des contrats ai­dés, 80 km/h sur route… Mais sa fer­me­té fait contre­poids, et lui per­met de pro­fi­ter des vents éco­no­miques. Ceux-ci soufflent dans le sens du re­tour de la crois­sance et de la baisse - re­la­tive - du chô­mage : l’em­bel­lie vient de la si­tua­tion éco­no­mique mon­diale et des taux d’in­té­rêt faibles, dont la France ne fait que pro­fi­ter. Mais tout se passe comme si ces évé­ne­ments, tant at­ten­dus sous Hol­lande, étaient le pro­duit des chan­ge­ments en­ga­gés par l’Ely­sée et Ma­ti­gnon. Même si cer­taines ré­formes, comme la for­ma­tion et l’as­su­rance chô­mage, ne sont pas en­core vo­tées…

Que pen­ser d’Em­ma­nuel Ma­cron un an après son élec­tion à la pré­si­dence de la Ré­pu­blique ? Les Fran­çais n’ar­rivent vrai­ment pas à tran­cher, par­ta­gés entre leur ad­mi­ra­tion de voir les “choses bou­ger” et le rythme ju­gé par­fois trop sou­te­nu de ces ré­formes.

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