Naï­ve­tés fran­çaises

Le billet de Vi­lère

La Manche Libre (Saint-Lô) - - LA UNE -

Alors que, sous la pres­sion des Amé­ri­cains, Peu­geot a dé­ci­dé l’été der­nier de ne plus vendre de voi­tures en Iran, un de ses plus gros mar­chés à l’étran­ger, une gi­gan­tesque pu­bli­ci­té lu­mi­neuse pour le der­nier mo­dèle du construc­teur amé­ri­cain Ford, trône de part et d’autre de la Seine, à Pa­ris. Et pas n’im­porte où ! L’une re­couvre une par­tie de la fa­çade du Louvre, pro­prié­té de l’Etat, l’autre lui fait face, de l’autre cô­té de la pas­se­relle du Pont des Arts, sur celle de l’Ins­ti­tut de France qui abrite l’Aca­dé­mie fran­çaise.

Que Peu­geot, Re­nault ou tout autre com­pa­gnie fran­çaise aille ten­ter d’ac­qué­rir un es­pace pu­bli­ci­taire com­pa­rable sur le Ca­pi­tole de Wa­shing­ton ou sur un bâ­ti­ment em­blé­ma­tique de la ca­pi­tale amé­ri­caine et il y a très fort à pa­rier qu’aus­si­tôt une le­vée de bou­cliers de dif­fé­rents lob­bies l’en em­pê­che­ra, quels que soient la taille de l’af­fi­chage et le mon­tant payé par l’an­non­ceur.

Ce qui ne risque d’ailleurs pas d’ar­ri­ver puisque les construc­teurs fran­çais ne sont tout sim­ple­ment pas pré­sents aux Etats-Unis et en ont été chas­sés à chaque fois qu’ils ont ten­té d’y faire rou­ler une voi­ture. A tel point que Peu­geot, qui tente un re­tour sur le mar­ché amé­ri­cain, le fait sous un nom d’em­prunt : Opel. Ça fait moins “french” !

Des sous pour ex­cuses

Mais du cô­té de l’Etat fran­çais comme de l’Aca­dé­mie fran­çaise, pour­tant prompts à dé­non­cer les in­va­sions cultu­relles et com­mer­ciales ve­nues d’ou­treAt­lan­tique, ce­la n’a vi­si­ble­ment au­cune im­por­tance et ne mé­rite pas la moindre in­ter­ro­ga­tion ou émo­tion.

Seuls comptent les sous, comme l’in­dique en sub­stance un mes­sage aus­si si­byl­lin qu’hy­po­crite écrit en lettres ro­maines de car­na­val au pied des deux af­fiches. De quoi, à coup sûr, faire re­tour­ner dans leur tombe bon nombre d’Im­mor­tels !

Quant à ceux bien en vie et qui semblent s’être as­sou­pis sous leur cou­pole, il est de­ve­nu urgent de leur rap­pe­ler la dé­fi­ni­tion, dans le dic­tion­naire dont ils ont la charge, du mot naïf : “Qui est plein de confiance et de sim­pli­ci­té par igno­rance, par in­ex­pé­rience”.

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