Sau­ver le clo­cher vrillé

Ecar­té par Sté­phane Bern, le clo­cher pen­ché de Vil­liers-le-Sec a vu pas­ser les siècles. Au­jourd’hui, il est en dan­ger.

La Manche Libre (Saint-Lô) - - LA UNE - Ni­co­las Théo­det

Les églises ru­rales sont par­fois en train de tom­ber en ruine. Plus d’une cen­taine du Bes­sin sont lais­sées à l’aban­don, faute de fi­dèles pour les faire vivre. Les col­lec­ti­vi­tés n’ont plus les moyens de les en­tre­te­nir. Alors des as­so­cia­tions se battent pour conser­ver leur édi­fice. Comme à Vil­liers-le-Sec, une com­mune à l’est de Bayeux où les membres de Vil­liers Mon Pa­tri­moine font tout leur pos­sible pour sau­ver le clo­cher vrillé ris­quant de s’ef­fon­drer. Au sein d’Al­liance pour Nos Églises Ru­rales, l’as­so­cia­tion cherche des fonds pour ef­fec­tuer les tra­vaux né­ces­saires.

“Si on ne fai­sait rien, les gens se­raient tout aus­si ou­trés. Nous n’avons pas le droit de lais­ser tom­ber ce mo­nu­ment”. Agnès Bau­chet est mo­bi­li­sée. Si elle dé­tient les clés de l’église de Vil­liers-le-Sec, entre Bayeux et Cour­seulles-sur-Mer, c’est qu’elle est membre de Vil­liers mon Pa­tri­moine, as­so­cia­tion vi­sant à pro­té­ger les mo­nu­ments his­to­riques de ce vil­lage d’un peu plus de 300 âmes. La pe­tite com­mune lutte de­puis des an­nées pour sau­ver le clo­cher de son église. Pour s’en rendre compte, il suf­fit de la tra­ver­ser : sur la route en contre­bas, en le­vant les yeux, on aper­çoit le mo­nu­ment et, sur­tout, une pan­carte d’ap­pel aux dons pour sau­ver ce qui est une trace d’his­toire du ter­ri­toire. “Il y avait une ri­va­li­té entre l’ab­baye de Fé­camp et celle du Mont-Saint-Mi­chel. C’est à qui ins­tal­le­rait son église. Ici, on est à la li­mite des ter­ri­toires et la bâ­tisse que vous voyez là a été construite au 13e siècle par l’ab­bé de Fé­camp pour as­seoir son em­prise sur la zone”, ex­plique Jean-Marc Le Ma­rois, membre de l’as­so­cia­tion. Une église construite pré­ci­pi­tam­ment, dans une époque mar­quée par les af­fron­te­ments re­li­gieux. L’église, té­moin de cette his­toire, de­vient une ci­ca­trice. Par suite d’un dé­faut de construc­tion, le clo­cher se re­trouve pen­ché et me­nace de s’ef­fon­drer. Un es­ca­lier a été construit à l’in­té­rieur de la tour, mais cette der­nière, ne sup­por­tant pas le poids de la ma­çon­ne­rie, a vrillé lors de la construc­tion. Une struc­ture in­stable qui tient de­puis des siècles, mais risque à tout mo­ment de cé­der.

“La nef s’est ef­fon­drée au 17e siècle pro­ba­ble­ment par manque de fon­da­tions”, ex­plique Jean-Marc Le Ma­rois. Si bien que la crainte de voir son clo­cher dis­pa­raître in­quiète les gens de la com­mune et même le maire dé­lé­gué de la ville, Yves Ju­lien, mo­bi­li­sé avec l’as­so­cia­tion pour col­lec­ter des fonds. “La pre­mière idée date du dé­but des an­nées 90”, ex­plique le maire. Une per­sonne man­da­tée avait réa­li­sé une étude et avait conclu à la né­ces­si­té de po­ser une poutre en bé­ton sous la struc­ture pour so­li­di­fier sa fon­da­tion. Mais ce­la n’a pas abou­ti. Il y a deux ans, une autre pro­po­si­tion vi­sait à res­ser­rer la struc­ture de la tour par l’ins­tal­la­tion de ti­rants en té­flon à l’in­té­rieur des murs. La tour gar­de­rait son as­pect vrillé, mais elle fe­rait corps et se sou­tien­drait avec le reste de l’édi­fice. Les élé­ments so­li­daires d’or­ne­men­ta­tion de la fa­çade pour­raient ain­si être re­cons­truits et le clo­cher re­trou­ver ses dé­cors d’an­tan.

Mais tout ce­la né­ces­site un fi­nan­ce­ment oné­reux, hors de por­tée d’une com­mune telle que Villiersle-Sec. En to­ta­li­té, il faut comp­ter près de 1,3 mil­lion d’eu­ros pour les tra­vaux, dont 30 000 à 70 000 eu­ros rien que pour les écha­fau­dages. L’étude à elle seule a coû­té 18 000 eu­ros sub­ven­tion­nés par la Di­rec­tion ré­gio­nale des Af­faires cultu­relles (DRAC).

La pre­mière idée fut de rem­plir un dos­sier pour par­ti­ci­per au lo­to du pa­tri­moine. L’édi­fice n’a pas été re­çu, mais son clas­se­ment en cin­quième place dé­par­te­men­tale a confor­té l’as­so­cia­tion de l’im­por­tance de son pa­tri­moine. “Ce­la a ap­por­té une vi­si­bi­li­té et une prise de conscience pour le grand pu­blic du dan­ger que re­pré­sente la mort du pa­tri­moine. D’ailleurs est-ce qu’un tel su­jet in­té­res­se­rait la presse s’il n’y avait pas eu la mo­bi­li­sa­tion au­tour de Sté­phane Bern?”, s’amuse Jean-Marc Le Ma­rois.

Il fau­drait un mi­racle

Mais cette cin­quième place ne per­met mal­heu­reu­se­ment pas de trou­ver une so­lu­tion fi­nan­cière au pro­blème. Pour le mo­ment, le dos­sier se monte au­tour des sub­ven­tions que four­nissent les dif­fé­rentes col­lec­ti­vi­tés. Le Dé­par­te­ment et la DRAC peuvent ain­si ap­por­ter une par­tie de la somme. “On est aux alen­tours de 55 % de sub­ven­tions”, ex­plique Yves Ju­lien. Il reste ce­pen­dant 450 000 € de fi­nan­ce­ment à trou­ver. Dif­fi­cile de faire ava­ler une telle somme dans un conseil mu­ni­ci­pal, ce­la re­pré­sen­te­rait plus de 2 000 € par ha­bi­tant. Si bien que les membres de l’as­so­cia­tion cherchent d’autres fi­nan­ceurs.

La pre­mière so­lu­tion évi­dente est sans au­cun doute la re­cherche de do­na­teurs pri­vés. Mais la po­li­tique gou­ver­ne­men­tale ac­tuelle n’a pas été d’une grande aide. La sup­pres­sion de l’Im­pôt sur la for­tune (ISF) au pro­fit de l’Im­pôt sur la for­tune im­mo­bi­lière (IFI) a fait res­sen­tir une perte d’au moins 50 % des dons en moyenne sur l’en­semble des as­so­cia­tions au ni­veau na­tio­nal.

Au­tant dire que la gé­né­ro­si­té des bien­fai­teurs n’a pas été une des res­sources prin­ci­pales pour faire avan­cer le pro­jet de l’église de Vil­liers-le-Sec. Mais l’es­poir per­siste. L’as­so­cia­tion Vil­liers mon Pa­tri­moine a in­té­gré l’as­so­cia­tion d’Al­liance pour Nos Eglises. Comme son nom l’in­dique, il s’agit d’un re­grou­pe­ment d’as­so­cia­tions vi­sant à mettre en com­mun le tra­vail des col­lec­ti­vi­tés pour pré­ser­ver les mo­nu­ments.

Pré­si­dée par Ber­trand Bailleul, l’as­so­cia­tion tente une va­lo­ri­sa­tion du pa­tri­moine, comme ce fut le cas pour la ma­ni­fes­ta­tion “Pierres en Lu­mières” où, à tra­vers deux cir­cuits, les vi­si­teurs ont pu dé­cou­vrir ces ves­tiges du pas­sé nor­mand par­fois ou­bliés. “Car il faut aus­si pen­ser à une deuxième vie pour ces bâ­ti­ments”, ex­plique Ber­trand Bailleul. Sau­ve­gar­der pour sau­ve­gar­der n’a au­cun in­té­rêt. Si des concerts et des évé­ne­ments sont or­ga­ni­sés dans cer­tains édi­fices, d’autres struc­tures peuvent par exemple se trans­for­mer en bi­blio­thèque. L’idée est aus­si de faire vivre le mo­nu­ment et qu’il re­de­vienne un centre de vie de la com­mune, mais en pro­po­sant un ser­vice plus adap­té à la vie d’au­jourd’hui.

Pour le mo­ment, l’ar­gent manque à l’ap­pel, mais les pro­ta­go­nistes de la vie du vil­lage ne déses­pèrent pas. Et si Jean-Marc Le Ma­rois s’amuse en dé­cla­rant “qu’il fau­drait un mi­racle”, il es­père mal­gré tout que les fonds pour­raient être réunis d’ici à 2020, “même si c’est une vi­sion à court terme et sû­re­ment uto­pique”, pré­cise-t-il.

“Grâce à la mo­bi­li­sa­tion au­tour de Sté­phane Bern”

Ber­trand Bailleul, Agnès Bau­chet, Jean-Marc Le Ma­rois et Yves Ju­lien sont mo­bi­li­sés pour sau­ver le clo­cher de Vil­liers-le-Sec.

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