L’uni­té de soins pal­lia­tifs reste en at­tente

L’hô­pi­tal tou­jours dans l’ex­pec­ta­tive pour dis­po­ser en­fin de lits dé­diés aux ma­lades en soins ul­times

La Montagne (Brive) - - Tulle Vivre Sa Ville - Ju­lien Ba­chel­le­rie

Mé­de­cins et per­son­nels at­tendent tou­jours la créa­tion d’une uni­té dé­par­te­men­tale de soins pal­lia­tifs à l’hô­pi­tal de Tulle, avec 10 lits ré­ser­vés aux pa­tients at­teints de pa­tho­lo­gies graves.

Pour le doc­teur Phi­lippe Mad­da­le­no, c’est mal­heu­reu­se­ment l’ar­lé­sienne. « Ça fait au moins 10 ans qu’on es­saie de mettre sur pied ce pro­jet d’uni­té dé­par­te­men­tale de soins pal­lia­tifs à Tulle. Et au­jourd’hui, c’est en­core l’in­con­nu. » À la mai­son des syn­di­cats, au cô­té de Lae­ti­tia Bour­det, se­cré­taire de la CGT pour l’hô­pi­tal de Tulle, le mé­de­cin dé­plore un ser­vice non seule­ment at­ten­du de longue date, qui n’ar­rive tou­jours pas, mais sur­tout un ser­vice né­ces­saire. « On est tou­jours à flux ten­du, on ne peux pas prendre en charge cor­rec­te­ment les pa­tients. Il y a une réelle at­teinte à la di­gni­té des per­sonnes ».

Des lits « iden­ti­fiés » mais pas de lits « dé­diés »

En cause, les 10 lits « épar­pillés entre plu­sieurs ser­vices au lieu d’être réunis en un seul pour plus d’ef­fi­ca­ci­té », re­grette Phi­lippe Mad­da­le­no. L’autre mo­tif ma­jeur d’in­sa­tis­fac­tion étant que « ces lits dis­per­sés sont des lits iden­ti­fiés “soins pal­lia­tifs” et non dé­diés aux soins pal­lia­tifs ». Une dif­fé­rence es­sen­tielle, in­siste le spé­cia­liste, puisque les lits iden­ti­fiés ne sont pas ré­ser­vés aux pa­tients qui re­lèvent d’une prise en charge en soins pal­lia­tifs. « Con­crè­te­ment, ça veut dire que par­fois, je n’ai au­cun lit pour mes pa­tients. Faute de lits dé­diés, ces lits iden­ti­fiés sont uti­li­sés pour les per­sonnes hos­pi­ta­li­sées dans quatre ser­vices dif­fé­rents. Si on avait en­fin l’uni­té dé­par­te­men­tale de soins pal­lia­tifs, ça vou­drait dire 10 lits ré­ser­vés dans un ser­vice fait pour. En somme, un plus in­dé­niable pour les pa­tients et les fa­milles, mais aus­si une vraie com­plé­men­ta­ri­té avec l’équipe mo­bile et le ser­vice d’hos­pi­ta­li­sa­tion à do­mi­cile ». Pour­tant, re­lève Lae­ti­tia Bour­det au nom de la CGT, « ce n’est pas faute d’avoir aler­té, de­puis plu­sieurs an­nées, sur la né­ces­si­té de mettre en place une uni­té comme celle­ci dans le dé­par­te­ment. Mais au­jourd’hui, on a l’im­pres­sion que seuls comptent les dis­cours d’in­ten­tion. Nous, on veut voir des réa­li­sa­tions concrètes ».

Ar­gu­ments fi­nan­ciers

Un cour­rier a no­tam­ment été en­voyé pour in­ter­pel­ler le chef de l’état sur cette ques­tion, pour­suit­elle : « En fé­vrier 2015, nous avons re­çu une ré­ponse de Fran­çois Hol­lande qui nous in­di­quait que, pour lui, les soins pal­lia­tifs étaient un su­jet ex­trê­me­ment im­por­tant et que le di­rec­teur de L’ARS [Agence ré­gio­nale de san­té, ndlr] de­vait se sai­sir du pro­jet », re­trace la se­cré­taire du syn­di­cat. Un an plus tard, après avoir, à l’oc­ca­sion des voeux, ren­con­tré un conseiller tech­nique « qui nous a dit qu’on au­rait ra­pi­de­ment une ré­ponse », le pré­sident du con­seil de sur­veillance de l’hô­pi­tal, Ber­nard Combes, et le di­rec­teur de l’éta­blis­se­ment, Pascal Mok­zan, ont ren­con­tré le di­rec­teur de L’ARS. « Le re­tour qu’on a eu, c’est que ce der­nier avait don­né son ac­cord oral pour la créa­tion d’un ser­vice départemental. Mais, il y a 15 jours, un mé­de­cin spé­cia­liste des soins pal­lia­tifs à L’ARS de Bor­deaux a été man­da­té pour ve­nir et, avec dif­fé­rents ar­gu­ments fi­nan­ciers, il res­sort qu’il n’y a pas de rai­son de créer cette uni­té en Corrèze », dé­nonce le doc­teur Phi­lippe Mad­da­le­no.

Me­sures tran­si­toires

De son cô­té, Ber­nard Combes tem­père : « L’ARS étu­die les be­soins et les ana­lyse, ce qui est la pro­cé­dure nor­male. Il faut res­ter confiant, ce que je fais, et être pa­tient. » Pour l’heure, et en at­ten­dant les conclu­sions du diag­nos­tic de l’ex­pert, « il a été pro­po­sé de re­grou­per, à l’hô­pi­tal de Tulle, les 10 lits iden­ti­fiés pour faire soit une seule uni­té, soit deux de 5 lits », pour­suit le pré­sident du con­seil de sur­veillance.

Pour le di­rec­teur de l’hô­pi­tal Pascal Moc­zan, une ré­ponse dé­fi­ni­tive pour­rait in­ter­ve­nir « au plus tôt sous trois mois », mais né­ces­si­te­ra, au préa­lable, la mo­di­fi­ca­tion du sché­ma ré­gio­nal d’or­ga­ni­sa­tion des soins (SROS). Par ailleurs, d’autres éta­blis­se­ments ont éga­le­ment émis des de­mandes pour étof­fer l’exis­tant en ma­tière de soins pal­lia­tifs. Ain­si l’hô­pi­tal d’us­sel es­père ob­te­nir deux lits sup­plé­men­taires, en plus des quatre lits iden­ti­fiés dont il dis­pose, et le centre hos­pi­ta­lier de Brive, qui comp­tee 10 lits iden­ti­fiés, de­mande la créa­tion d’une équipe mo­bile ter­ri­to­riale. ■

PHOTO FLORIAN SALESSE

LITS. L’hô­pi­tal de Tulle es­père la créa­tion d’une uni­té dé­par­te­men­tale dé­diée aux soins pal­lia­tifs avec 10 lits non plus dis­sé­mi­nés dans plu­sieurs ser­vices mais spé­ci­fi­que­ment ré­ser­vés à l’ac­cueil de pa­tients.

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