Le rôle ré­gu­la­teur des grands bar­rages

Mal­gré des pré­ci­pi­ta­tions au double de la moyenne, la ri­vière reste dans son lit

La Montagne (Brive) - - Le Fait Du Jour Limousin - Alain Al­bi­net alain.al­bi­net@cen­tre­france.com

Après les coups d’eau de jan­vier-fé­vrier, la val­lée de la Dor­dogne a en­re­gis­tré des pré­ci­pi­ta­tions re­cords en mai. Les grands bar­rages y jouent un rôle tam­pon per­met­tant de lis­ser les dé­bits im­por­tants.

«En deux ans on fait les ex­trêmes. Le grand écart. C’est bon pour la for­ma­tion de nos gars. » Mal­gré une vi­gi­lance ren­for­cée, on af­fi­chait, hier après­mi­di, une belle sé­ré­ni­té au Grou­pe­ment d’ex­ploi­ta­tion hy­drau­lique (GEH) de la val­lée de la Dor­dogne, à Tulle, qui pi­lote les grands bar­rages. « Si nous ren­con­trons une si­tua­tion mé­téo ex­cep­tion­nelle, elle ne l’est pas en ex­ploi­ta­tion », a tem­pé­ré Re­naud Cras­sous, le di­rec­teur du GEH, « après les coups d’eau de jan­vier­fé­vrier, les bar­rages conti­nuent à jouer leur rôle de ré­gu­la­teur, mal­gré le dé­bit na­tu­rel le plus im­por­tant de­puis 1964, la pre­mière an­née de nos his­to­riques, pour la pé­riode mai­juin. »

« Sans les bar­rages, les quais d’ar­gen­tat se­raient sub­mer­gés »

Par exemple, il est tom­bé, de­puis le dé­but jan­vier, sur le sec­teur de Bort­les­orgues, quelque 1.200 mm de pré­ci­pi­ta­tions, alors que ce ni­veau s’éta­blit à 650 mm en moyenne, pour cette pé­riode et qu’il n’était que de 400 mm en juin. Les pro­por­tions sont iden­tiques sur le bas­ sin de la Ma­ronne. « Les en­trants sur le bar­rage d’en­cha­net (15) étaient de 230 m³/s, mar­di », a pré­ci­sé Da­vid Gou­dard, in­gé­nieur per­for­mance char­gé de co­or­don­ner la ges­tion des ou­vrages, « alors qu’ils n’étaient que de 3 à 4 m³/s l’an­née der­nière. »

Le spé­cia­liste a aus­si re­cons­ti­tué les dé­bits de la Dor­dogne et de ses af­fluents s’il n’y avait pas les bar­rages. « On au­rait frô­lé les 800 m³/s à Ar­gen­tat, à 23 heures, dans la nuit de mar­di à mer­cre­di », a­t­il cal­cu­lé. « C’est­à­dire que les quais au­raient été sub­mer­gés. Alors que nous sta­bi­li­sons ac­tuel­le­ment ce dé­bit au­tour de 220 m³/s. » Les coups d’eau ne se trans­forment pas en crues ra­va­geuses grâce à la ca­pa­ci­té de sto­ckage des grandes re­te­nues.

La sû­re­té d’abord

« Nous gé­rons plu­sieurs en­jeux en même temps », a sou­li­gné Re­naud Cras­sous : « L’en­jeu de la sû­re­té qui est per­ma­nent pour nous. Ce­lui de l’en­vi­ron­ne­ment avec des conven­tions éclu­sées et une évo­lu­tion lente des dé­bits. Et en­fin la côte tou­ris­tique qu’il fau­dra as­su­rer en juillet­août. »

Et le di­rec­teur du GEH de pour­suivre : « Vu l’état de rem­plis­sage des re­te­nues et les dé­bits en­trants qui ne vont pas bais­ser im­mé­dia­te­ment, même si le beau temps re­vient, il fau­dra at­tendre plu­sieurs jours pour re­ve­nir à un dé­bit nor­mal de 60 à 80 m³/s à Ar­gen­tat ».

Si tous les mètres cubes lâ­chés sont tur­bi­nés, sans uti­li­sa­tion des dé­ver­soirs de crues, il ne faut pas croire pour au­tant QU’EDF fe­ra de gros bé­né­fices sur cette pé­riode. « L’en­jeu per­for­mance passe après ce­lui de la sé­cu­ri­té », a in­sis­té Re­naud Cras­sous. « Ce n’est pas la poule aux oeufs d’or, car la de­mande d’élec­tri­ci­té est moins forte qu’en hi­ver. Le po­si­tif, c’est qu’on au­ra un gros stock pour la pé­riode es­ti­vale et on le re­trou­ve­ra à l’au­tomne, si l’eté n’est pas trop sec. Ce­la nous rap­pelle aus­si à une grande hu­mi­li­té de­vant Dame na­ture ». ■

PHO­TO : AGNÈS GAU­DIN

SUR LA MA­RONNE. Un lâ­chage d’eau par crête dé­ver­sante de­vait avoir lieu, hier au soir, comme en fé­vrier, au bar­rage de Hau­te­fage.

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