Celle qui ai­mait trop les chiens

Pri­son ferme pour dé­ten­tion d’ani­maux mal­gré l’in­ter­dic­tion

La Montagne (Brive) - - Limousin Actualité - Mar­cel Ou­dot mar­cel.ou­dot@cen­tre­france.com

Son amour qua­si fu­sion­nel pour les chiens a conduit cette Pey­ra­toise d’adop­tion de­vant le tri­bu­nal cor­rec­tion­nel qui l’a condam­née à 4 mois de pri­son ferme, une peine sus­cep­tible d’être amé­na­gée grâce au bra­ce­let élec­tro­nique.

Dé­jà condam­née en 2010 par le tri­bu­nal cor­rec­tion­nel de Li­moges à une peine de cinq ans d’in­ter­dic­tion de dé­te­nir un ani­mal, Li­liane L., 62 ans, une an­cienne prof de maths à l’uni­ver­si­té de Nice (Alpes­ma­ri­times) qui a tout quit­té en 2000 pour se consa­crer à sa pas­sion de l’éle­vage de chiens, avai t vu sa peine alour­die en ap­pel, en 2013 : in­ter­dic­tion dé­fi­ni­tive de dé­te­nir un ani­mal, quel qu’il soit.

Jouer sur les mots

Pour­tant, mar­di, cette Pey­ra­toise d’adop­tion, an­cienne pro­prié­taire, à Pey­rat­le­châ­teau, d’un éle­vage de 150 chiens qu’elle a trans­mis à son com­pa­gnon en 2011, après sa pre­mière condam­na­tion, se re­trouve une nou­velle sur le banc des pré­ve­nus pour les mêmes mo­tifs. Pour­sui­vie pour avoir vio­lé l’in­ter­dic­tion qui lui était faite en s’oc­cu­pant quo­ti­dien­ne­ment, et même bé­né­vo­le­ment, des chiens de l’éle­ vage sis au lieu­dit « Les Ge­né­vriers » sur une pro­prié­té de 19 hec­tares, elle joue sub­ti­le­ment plus que naï­ve­ment sur l’am­bi­guï­té des termes “pro­prié­taire” et “dé­ten­teur”. « Vous n’avez nul­le­ment be­soin d’être pro­prié­taire pour être dé­ten­teur » lui fait re­mar­quer la pré­si­dente du tri­bu­nal.

Ap­pel ano­nyme

En dé­cembre der­nier, lors­qu’un coup de fil ano­nyme a pré­ve­nu la gen­dar­me­rie que deux vé­hi­cules dans les­quels se trou­vaient de nom­breux chiens sta­tion­naient à Ey­jeaux de­puis la veille, la ca­mion­nette de son com­pa­gnon, un in­dus­triel à la re­traite do­mi­ci­lié dans le Loi­ret et pas­sion­né d’éle­vage de chiens lui aus­si, ren­fer­mait pas moins de trente­quatre chiens, es­sen­tiel­le­ment des co­ckers, et la voi­ture de Li­liane L. en trans­por­tait dix­sept ! Les té­moins, et no­tam­ment le vé­té­ri­naire, dé­crivent « des chiens dans un état la­men­table, crain­tifs, pas agres­sifs, maigres et pe­lés ». Ils ont im­mé­dia­te­ment été conduits à la SPA avant semble­t­il, d’être re­di­ri­gés, se­lon la pré­ve­nue, vers un che­nil de la ré­gion pa­ri­sienne. La cen­taine d’autres chiens de l’éle­vage se trouve tou­jours à Pey­rat­le­châ­teau, mais la dé­ci­sion du tri­bu­nal de condam­ner JeanF­ran­çois D., le pro­prié­taire, à une in­ter­dic­tion de toute ac­ti­vi­té en rap­port avec les ani­maux du­rant trois ans, pour­rait pro­vo­quer sa fer­me­ture.

« D’im­por­tants et coû­teux tra­vaux ont été réa­li­sés »

Une bonne rai­son, en tout cas, d’in­ter­je­ter ap­pel de la dé­ci­sion du tri­bu­nal, dans le dé­lai de dix jours. L’un des sa­la­riés de l’éle­vage se pro­po­sait dès la sor­tie du tri­bu­nal pour as­su­rer la pé­ren­ni­sa­tion de l’éle­vage, d’au­tant que sa femme et son fils y sont éga­le­ment em­ployés. « De nom­breux et coû­teux tra­vaux de re­mise aux normes ont été ef­fec­tués ré­cem­ment, ex­plique­t­il, et l’ac­tuel pro­prié­taire ne vou­dra sans doute pas les avoir fait réa­li­ser pour rien ».

Quant à Li­liane L., sa re­la­tion qua­si fu­sion­nelle avec les chiens, qua­li­fiée de « pa­tho­lo­gique » par le pro­cu­reur, ces­se­ra­t­elle avec cette condam­na­tion à une peine de pri­son ferme, sans doute amé­na­gée grâce au bra­ce­let élec­tro­nique qui lui in­ter­di­ra de s’ap­pro­cher de l’éle­vage ? La seule chose qu’elle s’in­ter­di­sait à la sor­tie du tri­bu­nal, c’est d’en par­ler, et même sans doute d’y pen­ser. ■

PHO­TO LE PO­PU­LAIRE DU CENTRE

SANC­TION. Une nou­velle fois, son amour im­mo­dé­ré des chiens à conduit Li­liane L. de­vant la jus­tice.

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