Le droit d’être lo­gé dif­fi­cile à ap­pli­quer

Quand on est une fa­mille sans pa­piers, trou­ver un toit n’est pas si fa­cile dans la ca­pi­tale li­mou­sine

La Montagne (Brive) - - Limousin Actualité - Pierre Vi­gnaud

Quand on ap­pelle le 115 pour trou­ver un en­droit où dor­mir, mieux vaut ne pas être trop pres­sé. L’hé­ber­ge­ment d’ur­gence à Li­moges est com­plè­te­ment sa­tu­ré.

Dans notre édi­tion du 21 mai der­nier, nous vous aler­tions sur la si­tua­tion d’une fa­mille ko­so­vare (un couple et ses trois en­fants), obli­gée de vivre à cinq dans une voi­ture. Après la pa­ru­tion de cet ar­ticle, une chaîne de so­li­da­ri­té s’était mise en place. Ac­cueillis pen­dant une se­maine chez une ha­bi­tante de Li­moges, les Be­ri­sha (*) ont dû chan­ger de lo­ge­ment. Un nou­veau lieu a été pro­po­sé par une nou­velle âme cha­ri­table pour deux se­maines. « Mais ce­la ne peut pas du­rer, il leur faut un en­droit stable », confie Smail Chel­bi, qui avait lan­cé l’alerte.

Mal­heu­reu­se­ment, si le droit au lo­ge­ment pour tous est bien ins­crit dans la loi (même pour les sans pa­piers), dans la pra­tique c’est autre chose. A Li­moges, le 115 est to­ta­le­ment sa­tu­ré. La cen­taine de places dis­po­nibles en hé­ber­ge­ment d’ur­gence, à tra­vers dif­fé­rents or­ga­nismes, est dé­jà at­tri­buée. Plus de deux cents dos­siers sont sur liste d’at­tente. « Con­trai­re­ment à d’autres vil­ les, les places sont fixes. À Pé­ri­gueux par exemple, on hé­berge les per­sonnes pen­dant quelques jours, puis ils doivent li­bé­rer la place. Ici ce n’est pas le cas », ex­plique Claire Ro­bert­hau­ry, di­rec­trice gé­ né­rale de l’as­so­cia­tion de ré­in­ser­tion so­ciale de Li­moges.

Pour des cas de femmes iso­lées avec un en­fant en bas âge, la si­tua­tion est ju­gée cri­tique. Une place peut être trou­vée. « Mais les si­tua­tions de per­sonnes dor­mant dans leur voi­ture sont nom­breuses et non prio­ri­taires », ajoute Claire Ro­bert­hau­ry. Pour ces cas, l’at­tente peut être très longue. « Mais il est im­pos­sible de don­ner un temps pré­cis », se­lon la di­rec­trice gé­né­rale.

Dans ces centres d’hé­ber­ge­ment, toutes les formes de mi­sères se cô­toient : jeunes iso­lés après une rup­ture fa­mi­liale, femmes seules, sans pa­piers, fa­mille à la rue. « Nous es­sayons de trou­ver des so­lu­tions en fonc­tion du bud­get qui nous est al­loué par l’état. Cette si­tua­tion est la même dans beau­coup de villes », ex­plique Claire Ro­bert­hau­ry.

À Li­moges, pour lo­ger des per­sonnes en si­tua­tion pré­caires, d’autres so­lu­tions existent mais sous condi­tions de res­sources. Là en­core, pour une fa­mille sans­pa­piers et sans ar­gents, dif­fi­cile d’y pos­tu­ler. Dans un ave­nir proche les Be­ri­sha pour­ront y avoir droit, si une offre d’em­ploi se concré­tise. Mais ce­la pour­rait prendre plu­sieurs se­maines, voire plu­sieurs mois.

En at­ten­dant, ils sont condam­nés à al­ler de lo­ge­ment en lo­ge­ment, tant que les per­sonnes conti­nue­ront à leur ou­vrir leur porte. ■

(*) Le nom de la fa­mille a été mo­di­fié.

PHO­TO THO­MAS JOUHANNAUD

AC­CUEIL. Pour les fa­milles et les per­sonnes sans abri, les hé­ber­ge­ments d’ur­gence sont sa­tu­rés à Li­moges.

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