Le PCF et l’al­ter­na­tive à gauche

Plus ques­tion d’une pri­maire, mais de re­cher­cher un « socle com­mun » avec d’autres forces

La Montagne (Brive) - - France & Monde Actualités -

Entre mo­bi­li­sa­tion so­ciale por­teuse et dé­chi­re­ment du Front de gauche, le Par­ti com­mu­niste ouvre au­jourd’hui à Au­ber­vil­liers son 37e congrès, sans perdre l’es­poir de construire une can­di­da­ture com­mune al­ter­na­tive à gauche pour la pré­si­den­tielle.

Dans un PCF di­vi­sé par le choix de son se­cré­taire na­tio­nal, Pierre Laurent, au dé­but de l’an­née, de par­ti­ci­per avec la di­rec­tion du PS au co­mi­té d’or­ga­ni­sa­tion d’une pri­maire à gauche, le congrès qui dé­bute au­jourd’hui doit être l’oc­ca­sion d’adop­ter un « ap­pel » pour la pour­suite d’un pro­ces­sus de dé­si­gna­tion com­mun à gauche pour la pré­si­den­tielle.

Mais de pri­maire, il n’est plus ques­tion, Pierre Laurent pré­fé­rant an­non­cer la consti­tu­tion d’ici dé­but no­vembre d’un « socle po­li­tique com­mun avec les forces de gauche qui veulent une rup­ture avec la po­li­tique gou­ver­ne­men­tale ac­tuelle ». Une fois ce « socle com­mun » éla­bo­ré, à par­tir du pro­gramme « L’hu­main d’abord » de 2012 – dont s’ins­pire éga­le­ment Jean­luc Mé­len­chon –, il se­ra pro­po­sé aux éco­lo­gistes, aux com­po­santes du Front de gauche, aux dé­çus du PS et… à Jean­luc Mé­len­chon. Ce

der­nier a lan­cé sa cam­pagne il y a plus de trois mois en re­fu­sant toute pri­maire et en rom­pant avec les com­mu­nistes.

« Une dé­marche com­mune, jus­qu’ici Jean­luc Mé­len­chon a dit “non”. Je ne pense pas qu’il chan­ge­ra d’avis en 24 heures », a concé­dé Pierre Laurent.

Quid du Front de gauche ?

Une af­fir­ma­tion nuan­cée par un des si­gna­taires d’une des quatre mo­tions al­ter­na­tives à celle de l’ac­tuelle di­rec­tion et qui a rem­por­té près d’un quart des suf­frages (23,68 %) des quelque 30.000 vo­tants (sur 51.000 ins­crits). « Je suis pour consi­dé­rer que la can­di­da­ture de Jean­luc Mé­len­chon n’est pas né­gli­geable », ex­plique Pa­trice Co­hen­seat, membre du Conseil na­tio­nal (CN) du PCF. Comme l’an­cienne pa­tronne du par­ti, Ma­rie­george Buf­fet, dont il est proche, il par­ti­ci­pe­ra di­manche au ras­sem­ble­ment de la « France in­ sou­mise » or­ga­ni­sé à Pa­ris par Mé­len­chon…

Pour un très bon connais­seur du par­ti, la di­vi­sion est ve­nue de la dé­ci­sion de Pierre Laurent de s’en­ga­ger dans un pro­ces­sus de dé­si­gna­tion col­lec­tive. « L’idée même d’une pri­maire n’est pas sui­vie dans le par­ti », parce qu’elle in­duit l’éven­tua­li­té de se re­trou­ver contraint de sou­te­nir Fran­çois Hol­lande si ce­lui­ci la rem­por­tait, ex­plique ce membre du Conseil na­tio­nal.

Le texte pré­sen­té par l’ac­tuelle di­rec­tion n’a de fait été re­te­nu que par 51,2 % des vo­tants, obli­geant cette der­nière à « cla­ri­fier » ses po­si­tions et à écrire noir sur blanc qu’en au­cun cas le PCF ne se met­tra dans la si­tua­tion de de­voir sou­te­nir un can­di­dat dans la ligne gou­ver­ne­men­tale.

Mais ce n’est pas le seul point de fric­tion. La ques­tion du sort ré­ser­vé au Front de gauche, aban­don­né de fait par le Par­ti de gauche de Jean­luc Mé­len­chon, s’est éga­le­ment po­sée et le nou­veau texte pré­cise que ce pro­ces­sus se­ra pour­sui­vi.

« On n’a pas été par­faits mais le bou­lot de Mé­len­ chon après 2012, c’était de ras­sem­bler et de per­mettre qu’un élec­to­rat so­cia­liste dé­çu puisse se fé­dé­rer. Or il n’a pas du tout eu cette at­ti­tude, il a vou­lu cli­ver, y com­pris l’élec­to­rat so­cia­liste », dé­crypte un membre du CN.

Un can­di­dat PCF ?

La re­la­tion avec le PS « dont les po­si­tions en tant que telles sont as­su­mées par sa ma­jo­ri­té », se­lon Pa­trice Co­hen­seat, est elle aus­si mise en dé­bat, Pierre Laurent sou­hai­tant res­ter ou­vert à la dis­cus­sion avec son aile gauche.

Mo­di­fié et amen­dé jus­qu’au der­nier mo­ment, le texte fi­nal de­vrait être très lar­ge­ment adop­té au congrès et le man­dat de Pierre Laurent à la tête du par­ti re­nou­ve­lé sans dif­fi­cul­té.

Mais pour 2017, rien n’est aus­si sûr. Et le PCF pré­voit qu’en cas d’échec sur un ac­cord à gauche de la gauche, la can­di­da­ture d’un com­mu­niste à la pré­si­den­tielle soit pos­sible. Ceci alors que cer­tains com­mu­nistes, em­me­nés par Fran­cis Par­ny qui a dé­mis­sion­né en jan­vier du conseil exé­cu­tif du par­ti, ap­pellent dé­jà à vo­ter pour Mé­len­chon… ■

PHO­TO D’AR­CHIVES LA MON­TAGNE

PIERRE LAURENT. Sans le dire, le n° 1 du PCF se voit-il dé­jà en can­di­dat à l’ély­sée ?

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