Quand les joueurs montent au front

Di­dier Des­champs évite le dé­bat au­tour de la polémique créée par Ka­rim Ben­ze­ma

La Montagne (Brive) - - Sports L'actu Nationale -

Di­dier Des­champs ne sou­haite pas « ren­trer dans le dé­bat » mais les joueurs de l’équipe de France in­ter­ro­gés ce jeu­di n’ont pas hé­si­té à mon­ter au front pour le dé­fendre après les dé­cla­ra­tions fra­cas­santes de Ka­rim Ben­ze­ma.

Le tech­ni­cien fran­çais a pris le par­ti d’igno­rer pu­bli­que­ment l’énorme polémique créée par l’at­ta­quant du Real Ma­drid. Dans un en­tre­tien ac­cor­dé dans la ma­ti­née, il a vou­lu ren­voyer l’image d’un pa­tron se­rein, concen­tré sur sa tâche et im­per­méable à l’im­mense ta­page cau­sé par Ben­ze­ma.

« Je n’ai pas de ré­ac­tion. Je ne veux pas ren­trer dans ce dé­bat, je ne suis pas là pour ça. Je n’ai rien à dire là­des­sus. Je suis concen­tré sur la com­pé­ti­tion et ce qui nous at­tend », a­t­il in­di­qué.

« Je prends vrai­ment beau­coup de re­cul, je sais pour­quoi je suis là, avec mon staff et pour les joueurs, a éga­le­ment in­sis­té le sé­lec­tion­neur. Au­jourd’hui, il y a des gens qui n’aiment pas l’équipe de France et ils ne l’ai­me­ront pas. On n’est pas là pour faire l’una­ni­mi­té, mais ceux qui sont là l’aiment et ont en­vie de vi­brer et de la voir la plus per­for­mante pos­sible. » On ne connaî­tra donc pas le fond de la pen­sée de Des­champs à pro­pos d’un joueur qu’il a long­temps dé­fen­du, même au plus fort de la crise cau­sée par sa mise en exa­men dans l’af­faire de la sex­tape, et qui l’as­so­cie dé­sor­mais au ra­cisme.

Les joueurs pré­sents dans l’après­mi­di en confé­rence de presse ont eux don­né plus d’in­di­ca­tions sur le sen­ti­ment qui tra­verse le ves­tiaire bleu de­puis le dé­clen­che­ment de cette tem­pête. Et, comme par ha­sard, ce dis­cours de vé­ri­té est sor­ti de la bouche de deux rem­pla­çants, Mor­gan Sch­nei­der­lin et Ch­ris­tophe Jal­let.

Mer­cre­di, les deux cadres Blaise Ma­tui­di et An­toine Griez­mann avaient élu­dé les ques­tions sur le cas Ben­ze­ma, lais­sant le jeune King­sley Co­man (19 ans) se fendre d’un re­ten­tis­sant « c’est du n’im­porte quoi ». Cette fois, la même loi hié­rar­chique a pré­va­lu.

« À des an­nées­lu­mière d’être ra­ciste »

« Quand cer­tains ac­cusent le coach de ra­cisme, c’est vrai­ment dé­so­lant, a es­ti­mé Sch­nei­der­lin, ini­tia­le­ment par­mi les ré­ser­vistes mais re­pê­ché in ex­tre­mis dans les 23 après le for­fait de Las­sa­na Diar­ra mar­di. Il suf­fit de le connaître, de voir ses sé­lec­tions, comment il nous parle, pour se rendre compte qu’il est à des an­nées­lu­mière d’être ra­ciste. Dans le groupe, il y a dif­fé­rentes religions, dif­fé­rentes cou­leurs de peau. C’est triste de par­ler de ça. Les po­lé­miques, on s’en se­rait tous bien pas­sé. Si on pou­vait les ar­rê­ter le plus vite pos­sible, ce se­rait gen­til. » Le dé­fen­seur Ch­ris­tophe Jal­let a re­pris qua­si­ment les mêmes ar­gu­ments, af­fir­mant qu’« il y a beau­coup de com­mu­nau­tés dif­fé­rentes re­pré­sen­tées en équipe de France et ça ne nous em­pêche pas de bien vivre en­semble. »

« Je n’ose ima­gi­ner une se­conde qu’il y ait une once de ra­cisme dans les choix du sé­lec­tion­neur, a­t­il pour­sui­vi. On peut voir ses sé­lec­tions pré­cé­dentes, il prend les joueurs les plus à même d’être com­pé­ti­tifs sur l’eu­ro. »

Avec l’ar­ri­vée d’an­tho­ny Mar­tial de­vant les jour­na­listes, la langue de bois foot­bal­lis­tique a tou­te­fois vite re­pris le des­sus.

L’at­ta­quant de Ma­nu, âgé de 20 ans, n’est vi­si­ble­ment pas aus­si à l’aise que ses deux co­équi­piers dans l’exer­cice mé­dia­tique. A moins que ce ne soit une vo­lon­té de ne prendre au­cun risque sur un su­jet brû­lant.

Il a en tout cas lâ­ché un très ba­nal « je n’ai pas lu les jour­naux, je ne peux rien vous dire, tout sim­ple­ment. »

Per­sonne n’est obli­gé de le croire mais il au­ra été en ce­la fi­dèle à la stra­té­gie de com­mu­ni­ca­tion de Des­champs : en dire le moins pos­sible sur une af­faire qui em­poi­sonne la pré­pa­ra­tion des Bleus à une se­maine du dé­but de l’aven­ture, le 10 juin contre la Rou­ma­nie au Stade de France. ■

AM­BIANCE. Des­champs garde le sou­rire mal­gré la polémique, mais il sait qu’il peut comp­ter sur le sou­tien de ses joueurs.

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