Comment stop­per l’hé­mor­ra­gie ?

La désaf­fec­tion de cer­tains ter­ri­toires pose pro­blème

La Montagne (Brive) - - France & Monde Actualités -

La ques­tion de la pé­nu­rie de mé­de­cins gé­né­ra­listes n’est pas nou­velle mais se fait de plus en plus pres­sante, comme en té­moignent les der­niers chiffres pré­sen­tés, hier, par l’ordre des mé­de­cins. Il pré­dit un quart de gé­né­ra­listes en moins sur 20 ans.

Dis­cu­tée cette se­maine lors du Congrès des maires de France, la ques­tion des dé­serts mé­di­caux « pré­oc­cupe », a rap­pe­lé le doc­teur Pa­trick Ro­mes­taing, vice­président du Conseil na­tio­nal de l’ordre des mé­de­cins (Cnom), à l’oc­ca­sion de la pré­sen­ta­tion de son at­las dé­mo­gra­phique an­nuel. Les chiffres sont alar­mants.

Si le nombre de mé­de­cins, toutes spé­cia­li­tés confon­dues, stagne de­puis plu­sieurs an­nées avec plus de 215.000 pra­ti­ciens en ac­ti­vi­té en 2015, la chute « inexo­rable » de la mé­de­cine gé­né­rale s’est pour­sui­vie.

L’ordre re­cen­sait ain­si 89.000 gé­né­ra­listes en ac­ti­vi­té en jan­vier 2016, soit une baisse de 8,4 % par rap­port à 2007. À ce rythme, la France au­ra per­du un quart de ses gé­né­ra­listes entre 2007 et 2025. En cause, l’« ex­plo­sion » du nombre de mé­de­cins re­trai­tés, qui a aug­men­té de 90 % sur dix ans, et touche prin­ci­pa­le­ment les gé­né­ra­listes, selon Jean­françois Rault, président de la sec­tion san­té pu­blique et dé­mo­gra­phie mé­di­cale du Cnom. Mais aus­si le manque d’at­trac­ti­vi­té dont souffre la mé­de­cine gé­né­rale chez les étu­diants, et la désaf­fec­tion de la pro­fes­sion pour cer­tains ter­ri­toires.

« Toute la France est concer­née », in­siste le Dr Ro­mes­taing. « Y com­pris les zones pé­ri­ur­bai­ nes, les mé­tro­poles, le coeur de Pa­ris ! »

C’est, en ef­fet, dans la ca­pi­tale et dans la Nièvre que la dé­crue est la plus forte, avec un quart de gé­né­ra­listes en moins en neuf ans. À l’in­verse, les dé­par­te­ments si­tués sur la fa­çade At­lan­tique ont vu leur nombre de gé­né­ra­listes aug­men­ter.

Sans re­cou­rir à des me­sures coer­ci­tives – qui en­traî­ne­raient une le­vée de bou­cliers – le mi­nis­tère de la San­té a lancé deux plans de­puis le dé­but du quin­quen­nat pour ten­ter de contrer la pé­nu­rie de gé­né­ra­listes. Ce­la passe par une meilleure pro­tec­tion so­ciale pour les mé­de­cins s’ins­tal­lant dans des ter­ri­toires dits « fra­giles », ou par une hausse du nu­me­rus clau­sus (nombre d’étu­diants ad­mis en 2e an­née de mé­de­cine), selon les ré­gions.

Contrats d’en­ga­ge­ment de ser­vice public

C’est dans ce cadre que sont nés les contrats d’en­ga­ge­ment de ser­vice public, qui per­mettent aux étu­diants s’en­ga­geant à exer­cer dans ces zones de tou­cher une al­lo­ca­tion pen­dant leurs études.

Le mi­nis­tère de la San­té a an­non­cé, cette se­maine, avoir dé­pas­sé l’ob­jec­tif ini­tial de 1.700 contrats d’en­ga­ge­ment de ser­vice public si­gnés pour 2017, vi­sant dé­sor­mais 2.100 contrats, et 2.550 en 2018.

Mais « ce n’est pas tel­le­ment l’ar­gent qui in­té­resse les étu­diants en mé­de­cine », as­sure Maxime Ri­fad, de l’as­so­cia­tion nationale des étu­diants en mé­de­cine de France : « Ils veulent sur­tout qu’on les ai­guille pour fa­ci­li­ter leur dé­but de car­rière. » ■

AR­CHIVES AFP

STÉTHOSCOPE. Le mi­nis­tère de la San­té mise, à terme, sur les contrats d’en­ga­ge­ment de ser­vice public.

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