Entre crime et ré­demp­tion

La Montagne (Brive) - - Magazine Actualité - Dra­gan Pé­ro­vic dra­gan.per­ovic@cen­tre­france.com

Le ro­man de Luc de Gous­tine « Du Loup et de la Biche » est un ré­cit té­né­breux né d’un cou­teau trou­vé dans une an­cienne forge qu’il a ache­tée.

Entre le bien et le mal, l’homme est un champ de ba­taille mo­ral. Dans son ro­man « Du Loup et de la Biche », (en édi­tion bi­lingue fran­çais­oc­ci­tan), Luc de Gous­tine ra­conte l’his­toire d’un crime et d’une ré­demp­tion, sur fond des sym­boles, des lé­gendes et des ri­tuels li­mou­sins. Il tisse un ré­cit té­né­breux né d’un cou­teau trou­vé dans une an­cienne forge, qu’il a ac­quise. « Un jour, tu cherches une mai­son quelque part à la cam­pagne. Tu la trouves, tu t’y ins­talles, et tu crois qu’il n’y a rien que ce bout de ter­rain, cet en­clos, ces vieux murs, et tu ne sais pas que des voix y de­meurent et qu’elles te par­le­ront ».

Les mythes éter­nels

« L’homme est un loup pour l’homme ». Chez Luc de Gous­tine, la bête prend la forme d’un far­gal­hon, for­ge­ron de cam­pagne. Un homme bru­tal et père de­puis peu, qui, un soir de beu­ve­rie, de re­tour de foire, tue à coups de cou­teau le fils de son voi­sin.

Ce soir­là, sa femme en­ tend l’âne et le char­re­ton ren­trer seuls à la mai­son. Elle dé­couvre leur bête bat­tue jus­qu’au sang. En sor­tant de la grange, elle sent une pré­sence. « À trois pas de mon seuil, pré­sen­tant son vi­sage aux yeux grands, une biche plan­tée sur ses pattes frêles me re­garde […] Tout nous met face à face, son re­gard dans le mien, et cette pal­pi­ta­tion entre nous d’an­goisse et de ten­dresse. Une femme, une femme d’au­de­là me rend vi­site, une mère. »

L’épouse de for­ge­ron n’ira pas cher­cher son homme et le re­gret­te­ra le reste de sa vie. « Ah, si je n’avais, par ma peur, aban­don­né en lui la place aux loups ! »

De re­tour de pri­son, le far­gal­hon ne se­ra plus ja­mais le même. Un soir d’hi­ver, sa femme le re­trou­ve­ra dans l’étable, le même cou­teau en­foui dans son ventre. Tom­bé sans rien dire.

C’est leur fils qui des an­nées après va rou­vrir la porte de l’étable, clouée de­puis la mort du père.

Dans « Du loup et de la biche », Luc de Gous­tine fait ré­son­ner une valse in­ces­sante, entre le pas­sé et le pré­sent, dans un tour­billon d’image et d’odeurs.

Li­mou­sin d’adop­tion, il est un guide amou­reux de son pays, dont il fait des des­crip­tions poé­tiques et fi­ne­ment ci­se­lée. Son ma­riage avec cette terre est avant tout un sa­cre­ment : « Je suis ve­nu, re­ve­nu. J’ai ren­dez­vous. »

Avant de com­men­cer son ré­cit, l’au­teur le ré­sume d’avance, avec beau­coup d’élé­gance : « A qui re­con­naî­trait du sien dans ces aven­tures, l’écri­vain ne peut ré­pondre qu’une chose : les mythes sont éter­nels et ap­par­tiennent à tous, à moins que ce soit nous qui leur ap­par­te­nions ». ■

Pra­tique. « Du Loup et de la Biche » (tra­duc­tion en oc­ci­tan de Jean-pierre La­combe), Lo cha­min de sent jaume. 16 €

PHOTO D’AR­CHIVES : AGNÈS GAU­DIN

CHEZ LUI. Luc de Gous­tine est un guide amou­reux du Li­mou­sin.

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