Dé­fi­lé dans la rue pour sou­te­nir le Rex

■ BRIVE. Près de 400 per­sonnes ont dé­fi­lé dans le centre ville de Brive, hier, pour sou­te­nir le cinéma Rex, clas­sé Art et Es­sai, dont la mai­rie en­vi­sage de chan­ger le sta­tut. ■ AVE­NIR. Le maire de Brive a re­çu une dé­lé­ga­tion in­quiète pour l’ave­nir du Rex,

La Montagne (Brive) - - La Une - Emi­lie Auf­fret

«Je vous l’avoue, c’est la pre­mière fois que je ma­ni­feste de­puis 1968 ». Jean­louis, 76 ans, n’a pour­tant pas l’air d’un ma­ni­fes­tant du di­manche, ar­bo­rant une pan­carte où l’on peut lire : « Le cinéma est par­lant mais le maire au­rait ai­mé que le Rex soit muet ». Au­tour de lui, ils étaient près de 400, hier après­mi­di, à ar­pen­ter les rues du coeur de ville pour pro­tes­ter contre la mu­ni­ci­pa­li­sa­tion du cinéma Art et Es­sai du bou­le­vard Koe­nig. « Une ré­gie ne pour­ra pas sou­te­nir un pro­jet de cette en­ver­gure : sans un jour de fer­me­ture, avec une telle pro­gram­ma­tion… Et je suis scan­da­li­sé par la ma­nière dont ça s’est pas­sé », pour­suit­il.

« Ne pre­nez pas les Amis du Rex pour des ca­nards sau­vages »

De­puis le cinéma et jus­qu’à la mai­rie, le cor­tège s’est hé­ris­sé de pan­cartes por­tant des slo­gans ci­né­ma­to­gra­phiques com­ me ce­lui de Ma­rie­jo­sette : « Ne pre­nez pas les Amis du Rex (NDLR : as­so­cia­tion qui ap­pe­lait à ma­ni­fes­ter) pour des ca­nards sau­vages ». À 75 ans, c’est la pre­mière fois qu’elle bat le pa­vé. « Au Rex, on voit des films qu’on ne voit pas ailleurs. La ré­gie va faire tom­ber ce cinéma dans le sys­tème. Il n’y a pas de place pour deux cinémas concur­rents à Brive. Et il fer­me­ra. C’est pour ça que je suis là ». Elle se laisse por­ter par une foule calme mais dé­ter­mi­née.

Diane Ba­ra­tier, pré­si­dente des Amis du Rex, souffle les slo­gans : « Le Rex ci­toyen, la culture entre nos mains ». Jeanne re­prend alors la de­vise qui se ré­pand au­tour d’elle. Cette ma­ni­fes­tante est ve­nue de Tulle pour prê­ter main­forte aux ci­né­philes bri­vistes. « C’est le seul cinéma in­dé­pen­dant de la ré­gion. J’y viens parce qu’il y a beau­coup de séances et avec mes pe­tits en­fants pour les ci­né­goû­ters ». Cette sexa­gé­naire est in­quiète. Et pas seule­ment pour le Rex. « Beau­coup d’as­so­cia­tions vont souf­frir. Les sub­ven­tions se ré­duisent et vont tou­jours aux mêmes ».

Der­rière elle, Jean­paul porte l’af­fiche du film de Quen­tin Ta­ren­ti­no, Les 8 Sa­lo­pards, comme un éten­dard. « On fait comme si la culture était in­dé­pen­dante de la vie, de la so­cié­té… Mais la seule ma­nière d’épon­ger la vio­lence so­ciale, c’est la pen­sée, la culture… Le Rex est un lieu de li­ber­té et s’il est mis sous le contrôle des po­li­tiques, toutes

les dé­rives sont pos­sibles ».

Ar­ri­vée de­vant la mai­rie, l’af­fiche du film As­sas­sin est ac­cro­chée aux pal­miers qui en­cadrent la porte de l’édi­fice. Une dé­lé­ga­tion est re­çue par le maire de la Ville, Fré­dé­ric Sou­lier. Les ma­ni­fes­tants, eux, ont pa­tien­té jus­qu’à ce qu’ils sortent vers 20 heures.

Ber­nard Du­roux, di­rec­teur du cinéma, a pris le mé­ga­phone un ins­tant : « Ex­cu­sez­nous de nous ex­pri­mer… », a­t­il lan­cé. ■

PHO­TO PAS­CAL PEROUIN

PHO­TO PAS­CAL PERROUIN

RAS­SEM­BLE­MENT. De­vant la mai­rie, près de 400 ma­ni­fes­tants ont pro­tes­té contre la mise en ré­gie du cinéma Rex, la dé­lé­ga­tion de ser­vice pu­blic pre­nant fin au 30 juin.

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