L’etat à la ma­noeuvre

La Montagne (Brive) - - France & Monde - BER­NARD STÉ­PHAN ber­nard.ste­phan@cen­tre­france.com

A chaque se­maine sa mo­bi­li­sa­tion sec­to­rielle. Après le car­bu­rant, c’est la SNCF. Et même si la grève se dé­lite, 10 % de par­ti­ci­pants, elle a mo­bi­li­sé les per­son­nels rou­lants, ceux qui tiennent la clé des trains. On voit bien tou­te­fois que le gou­ver­ne­ment es­père jouer l’usure et celle­ci est là chez les usa­gers, là chez une grande par­tie des per­son­nels, là chez les ac­teurs po­li­tiques, là chez les ma­ni­fes­tants de moins en moins nom­breux. Le mou­ve­ment lui­même se ré­duit au­jourd’hui à quelques car­rés, contraints de me­ner des opé­ra­tions coups de poings pour faire caisse de ré­so­nance.

De­puis une bonne se­maine, le gou­ver­ne­ment a en­ga­gé la stra­té­gie du dé­mi­nage. Ré­duire les mou­ve­ments ca­té­go­riels et mul­tiples, pour ne rien cé­der sur la loi El Khom­ri. Telle est la stra­té­gie qui n’épargne pas la SNCF. Un ob­jec­tif illus­tré avec la re­prise en main des né­go­cia­tions par le mi­nistre des Trans­ports lui­même, la mise en re­trait du pré­sident de la SNCF Guillaume Pe­py, et la ten­ta­tive de bri­ser le front syn­di­cal en sor­tant de la grève la CFDT et L’UN­SA.

Une at­ti­tude de l’etat ac­tion­naire qui peut in­ter­ro­ger sur l’ave­nir im­mé­diat de la SNCF. Il est vrai que Guillaume Pe­py était en­ga­gé sur des pro­jets de ré­formes dans la pers­pec­tive de l’ou­ver­ture du mar­ché à la concur­rence pour les TGV et les TER. Le gou­ver­ne­ment a pré­fé­ré prendre la main et mettre entre pa­ren­thèses ces pro­jets de ré­formes pour se sortir du guê­pier du mou­ve­ment so­cial. Quitte à désa­vouer Guillaume Pe­py, très fra­gi­li­sé à la tête de la com­pa­gnie.

La SNCF est un en­jeu fort pour le gou­ver­ne­ment. Il n’échappe à per­sonne par ailleurs que les che­mi­nots ont sur eux la double pres­sion des consé­quences des inon­da­tions et du ca­len­drier de l’eu­ro 2016. Mais désa­mor­cer cette co­lère­là n’exemp­te­ra pas le gou­ver­ne­ment de tout ten­ter sur le front du mou­ve­ment so­cial. Ma­nuel Valls va mettre à pro­fit le week­end pour agir au­près des or­ga­ni­sa­tions syn­di­cales. Il de­vrait re­ce­voir Phi­lippe Mar­ti­nez, hors des ca­mé­ras, pour re­nouer le dia­logue et es­pé­rer trou­ver la porte de sor­tie une fois le ren­dez­vous na­tio­nal de pro­tes­ta­tion du 14 juin pas­sé.

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