LIBRES PRO­POS

La Montagne (Brive) - - Jeux -

Heu­reux comme un pois­son dans l’eau ! Mais qui peut sé­rieu­se­ment par­ler au nom des pois­sons ?

Qui a le droit de re­ven­di­quer ce bon­heur au nom de la truite qui cherche la mouche en se fai­sant cho­per par un leurre hu­main, au nom de ces sau­mons em­por­tés par les crues, tra­ver­sant une route dé­par­te­men­tale comme de vul­gaires es­car­gots ?

L’élé­ment na­tu­rel dans le­quel se meuvent les pois­sons de­vient une ca­tas­trophe pour les ha­bi­tants ri­ve­rains obli­gés de se ré­fu­gier soit aux étages su­pé­rieurs soit dans des em­bar­ca­tions de sa­peurs pom­piers pour gar­der les pieds au sec et re­joindre des gym­nases trans­for­més en hô­tels pour par­ti­ cu­liers nau­fra­gés. Le bon­heur de­vient alors un mal­heur ou­vrant droit à des in­dem­ni­sa­tions, mal­heur certes re­la­tif mais spec­ta­cu­laire au point de sup­plan­ter dans la hié­rar­chie des com­pas­sions les sou­cis des voya­geurs pié­gés par les grèves.

Cha­cun voit donc à sa porte les consé­quences ma­té­rielles nées par la vo­lon­té de ses sem­blables lors­qu’il s’agit d’ar­rêt de tra­vail à ré­pé­ti­tion et sans du­rée li­mi­tée afin de for­ti­fier une stra­té­gie com­plexe de rap­port de force na­tio­nal ou bien, et c’est in­fi­ni­ment plus grave, par l’aveu­gle­ment de tous de­vant les dé­rè­gle­ments cli­ma­tiques dus aux pro­duc­tions in­dus­trielles pol­luantes.

Mé­fiez­vous de l’eau qui dort ! Men­songe ! Men­songe ! L’eau ne dort pas, elle est en mode veille, elle trompe son monde, elle at­tend son heure, elle se nour­rit du ciel et de la terre, elle gonfle, elle enfle, elle im­pose sa masse ir­ré­sis­tible.

Et c’est va­lable pour les peuples as­ser­vis dont les ré­veils se nomment prin­temps ou in­ti­fa­da, in­di­gna­tions ou votes de la peur, co­lères mi­no­ri­taires ou in­sur­rec­tions po­pu­laires. Le ni­veau d’alerte est ain­si maxi­mum en Pa­les­tine, dans les camps de ré­fu­giés, mi­grants de la guerre et de la mi­sère. L’eau ne dort pas, elle en­glou­tit des fa­milles dans des nau­frages si­len­cieux chaque jour.

Ame­ner de l’eau au mou­lin… de l’ad­ver­saire ? Ja­mais à ce­lui de ses amis ? Pos­sible, en ef­fet que les conflits ac­tuels creusent des lits pro­pices à des cou­rants contraires, des af­fluents sec­taires, des vagues ré­ac­tion­naires.

Mettre de l’eau dans son vin ? Bah ! ce n’est ja­mais bon signe qu’un bu­veur d’eau se mêle d’ar­ran­ger le pro­duit de la vigne et même les gla­çons dans du ro­sé sont sus­pects. Mais au moins pour que l’on puisse vivre avec nos dif­fé­rences est­ce de bonne in­tel­li­gence que de ne pas res­ter droit dans ses bottes.

En at­ten­dant le so­leil il n’est pas in­ter­dit de rap­pe­ler quelques pro­verbes, dic­tons ou sen­tences… ■

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