Ces souf­frances ca­chées sous le bu­reau

Un col­loque sur le thème des « vio­lences sexuelles et sexistes au tra­vail » au­ra lieu mar­di à Gué­ret

La Montagne (Brive) - - Le Fait Du Jour Limousin - Ju­lie.ho­hoa@cen­tre­france.com

Dans le monde du tra­vail, il reste un ta­bou te­nace : les vio­lences sexuelles et sexistes. L‘acist23 et L’AMCO-BTP or­ga­nise un col­loque sur ce thème mar­di 7 juin à Gué­ret, à des­ti­na­tion des en­tre­prises et des as­so­cia­tions.

«LJu­lie Ho Hoa a question des vio­lences sexistes au tra­vail, ce n’est pas un dé­bat nou­veau. Le Dr Ma­rie­france Hi­ri­goyen a com­men­cé à mettre ce su­jet en dé­bat pu­blic en 1985 », pré­cise So­phie Raix, dé­lé­guée dé­par­te­men­tale aux droits des femmes et à l’éga­li­té. Trente ans plus tard, la créa­tion d’un mi­nis­tère des Droits des femmes, une loi qui renforce la pro­tec­tion des vic­times de har­cè­le­ment sexuel et un 4e plan in­ter­mi­nis­té­riel de pré­ven­tion et de lutte contre les vio­lences faites aux femmes, et l’« on com­mence juste à dire les choses ». D’au­tant qu’« on a ten­dance à mettre ça dans les risques psy­cho­so­ciaux, c’est mieux per­çu dans les en­tre­prises ! », sou­rit So­phie Raix.

« Un vé­ri­table pro­blème de san­té pu­blique »

« Le dé­fi à re­le­ver est sem­blable à ce­lui des vio­lences conju­gales à l’époque. On a des connais­sances à ap­pro­fon­dir parce que c’est une pro­blé­ma­tique qui reste in­con­nue, mal iden­ti­fiée et en­core ta­boue. Ce que l’on sait, c’est qu’elle existe et qu’elle ne re­lève pas du do­maine pri­vé, c’est un vé­ri­table pro­blème de san­té pu­blique ».

Au­jourd’hui, la loi pro­tège da­van­tage les vic­times de ces vio­lences, pour­tant, elles de­meurent étran­ge­ment in­vi­sibles. Mais elles existent : au Centre dé­par­te­men­tal d’in­for­ma­tion du droit des femmes et des fa­milles (CIDFF), on re­cueille leur pa­role, « moi­même j’en ren­contre de plus en plus, ex­plique So­phie Raix. Mais ça en reste là. » Le su­jet est trop dif­fi­cile, la si­tua­tion trop com­ plexe, les vic­times trop dé­cou­ra­gées. « Il faut des té­moins, des preuves, ce genre d’af­faire est dur à prou­ver et plus le temps passe, plus la per­sonne se dit qu’elle n’est pas crue ».

La peur de perdre son tra­vail, l’em­prise exer­cée sur elles, la ten­ta­tion aus­si de nor­ma­li­ser ces si­tua­tions les mu­sellent avec, tou­jours, d’im­por­tantes consé­quences sur leur san­té phy­sique et psy­cho­lo­gique. La grille pa­tho­lo­gique qu’ob­servent les mé­de­cins du tra­vail ou les psy­cho­logues est longue. « Un jour c’est l’épui­se­ment, un jour elles sont prises de vo­mis­se­ments, de mi­graines, elles sombrent dans la dé­pres­sion, un jour elles s’ar­rêtent de plus en plus sou­vent ou dé­mis­sionnent ou pire… »

En Creuse, So­phie Raix par­ti­cipe à un co­mi­té de sui­vi des vio­lences faites aux femmes et des chiffres concer­nant la vio­lence au tra­vail, elle n’en a pas et s’en étonne. « On a des si­gna­le­ments, mais on n’a pas de plainte à pro­pre­ment par­lé, dé­po­sée au com­mis­sa­riat ou à la gen­dar­me­rie. Le ser­vice de san­té au tra­vail (Acist 23) a des ren­dez­vous mais n’a pas de sta­tis­tique… La dé­marche est tel­le­ment com­pli­quée que les vic­times ne vont ja­mais jus­que­là ou se ré­tractent. »

Les vic­times ont peur de par­ler

Peu d’af­faires ont été por­tées de­vant la jus­tice, pour­tant le pa­nel des lois est là. « Ça peut du­rer trois, quatre ans, et en dé­dom­ma­ge­ment, elles vont avoir tout per­du, leur poste, leur san­té, pour une in­dem­ni­té de 1.000 €… Mais ce qui est im­por­tant, c’est qu’elles aient été en­ten­dues et re­con­nues. » Au­jourd’hui, pour que le pro­blème de­vienne réel par ses chiffres, il fau­drait en pas­ser, comme pour les vio­lences conju­gales, par une in­ci­ta­tion au si­gna­le­ment et un co­mi­té de sui­vi qui les consigne, « en at­ten­dant, peut­être un jour, de pas­ser aux plaintes ». Le dan­ger, in­siste So­phie Raix, c’est de ba­na­li­ser ces si­tua­tions. « Comment vou­lez­vous qu’une vic­time ose faire la dé­marche d’al­ler en par­ler à un su­pé­rieur ou à un dé­lé­gué du per­son­nel si elle voit que les autres rient de la si­tua­tion ? ». ■

M. SA­VOY

INSIDIEUX. Sou­vent, les vic­times de vio­lences sexuelles ou sexistes au tra­vail se taisent faute d’in­ter­lo­cu­teur.

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