In­dé­lo­geable droit de pro­prié­té

L’his­to­rienne Da­nièle Vold­man a étu­dié trois siècles de rap­ports lo­ca­tifs sou­vent conflic­tuels

La Montagne (Brive) - - Logement -

En ma­tière de lo­ge­ment, le droit de pro­prié­té pré­vaut en­core et tou­jours. Ap­pa­ru à la fin du XXE siècle, le droit au lo­ge­ment n’est pas en me­sure de le congé­dier. op­po­sable, elle fixe à l’état une obli­ga­tion de ré­sul­tats et non plus seule­ment de moyens. Reste que le droit au lo­ge­ment peine à s’im­po­ser avec quelque trois mil­lions de per­sonnes qui souffrent ac­tuel­le­ment de « mal­lo­ge­ment », si ce n’est d’ab­sence de lo­ge­ment. C’est un droit en train de s’in­ven­ter, qui n’est tou­jours pas ins­crit dans la Cons­ti­tu­tion. Le droit au lo­ge­ment op­po­sable ne pèse rien ou si peu. De­vant les tri­bu­naux, in fine, c’est tou­jours le droit de pro­prié­té qui pré­vaut. Dé­jà ex­trê­me­ment ré­gle­men­tées, les ré­qui­si­tions ne passent ain­si pas l’obs­tacle de la jus­tice. Si les ex­pro­pria­tions en cas d’uti­li­té pu­blique sont une en­torse au droit de pro­prié­té, elles s’ac­com­pagnent de dé­dom­ma­ge­ments. ■ Pro­prié­taires, lo­ca­taires et État font de­puis long­temps mé­nage à trois ? À la fin du XIXE siècle, face aux condi­tions de vie dé­plo­rables des classes po­pu­laires, des voix se sont éle­vées, ve­nant de dif­fé­rents cou­rants. Les hy­gié­nistes, les ré­for­ma­teurs so­ciaux et les phi­lan­thropes ont été re­joints par des pa­trons pa­ ter­na­listes. Entre sou­ci de leurs ou­vriers et in­té­rêts bien com­pris, ces der­niers ont lié l’ob­ten­tion d’un lo­ge­ment à l’em­bauche dans leurs en­tre­prises. Ils trou­vaient là une fa­çon pré­sen­table de fixer la main­d’oeuvre. Mais, entre risques épi­dé­miques et ten­sions so­ciales, cette dé­faillance du lo­ge­ment me­na­çait, au­de­là des classes po­pu­laires, la so­cié­té tout en­tière. Les po­li­tiques et no­tam­ment les ra­di­caux ont ain­si lé­gi­fé­ré pour éra­di­quer les tau­dis. Et l’état a construit les HBM, les ha­bi­ta­tions bon mar­ché. ■ Le lo­ge­ment so­cial peine à cou­vrir les be­soins… C’est moins un pro­blème de manque que d’in­adap­ta­tion. Les an­nées 1960 et 1970 ont d’abord in­ven­té le lo­ge­ment so­cial in­ter­mé­diaire à l’adresse de la pe­tite classe moyenne. Faute de res­sources suf­fi­santes et pé­rennes, la par­tie la plus pauvre de la po­pu­la­tion n’y a pas ac­cès. En de­çà du smic, même avec l’aide per­son­na­li­sée au lo­ge­ment (APL), sur­tout dans le Grand Pa­ris, une per­sonne seule et a for­tio­ri une fa­mille ne peuvent pas se lo­ger au prix du mar­ché. Il leur reste les quar­tiers les moins chers, sy­no­nymes de bâ­ti­ments mal en­tre­te­nus, de voi­si­nage com­pli­qué et de trans­ports longs et dé­fi­cients pour se rendre au tra­vail. ■ Sur 28 mil­lions de ré­si­dences prin­ci­pales, 19 sont des mai­sons in­di­vi­duelles… En France comme dans la plu­part des pays oc­ci­den­taux, l’as­pi­ra­tion à la pro­prié­té plé­bis­cite la mai­son in­di­vi­duelle à la­quelle sont as­so­ciées les images du bon­heur et du « chez soi ». C’est le toit qui pro­tège de tout. Pour­tant, la crise des sub­primes de 2008 a mon­tré le contraire quand on n’a pas fi­ni de payer son lo­ge­ment… ■ Pro­prié­taires ou lo­ca­taires, quelles in­ci­dences élec­to­rales ? Le vote n’a rien de mé­ca­nique. Et pour cause : il y a des lo­ca­taires riches et des pro­prié­taires pauvres, des pro­prié­taires oc­cu­pants et des pro­prié­taires bailleurs. Par­mi les bailleurs, il y a ceux qui louent plu­sieurs biens et ceux dont le bien com­plète une maigre re­traite. Il y a les pro­prié­taires bailleurs abu­sés par des avan­tages fis­caux et des pro­prié­taires oc­cu­pants tra­his par l’éloi­gne­ment et les dé­pla­ce­ments coû­teux conco­mi­tants. Il y a les gen­tri­fi­ca­teurs, les bo­bos pour al­ler vite, qui, faute d’ac­cès au parc so­cial comme aux beaux quar­tiers, in­ves­tissent des quar­tiers moins chers et pas trop ex­cen­trés où, lo­ca­taires comme pro­prié­taires, ils im­portent une culture do­mi­née par des va­leurs long­temps ré­pu­tées de gauche. ■

Lire. Da­nièle Vold­man, Lo­ca­taires et pro­prié­taires. Une his­toire fran­çaise. Payot, 22 eu­ros

« Le droit au lo­ge­ment peine à s’im­po­ser »

D. VOLD­MAN

PHO­TO AFP

LA COUR­NEUVE. Em­blé­ma­tique des grands en­sembles édi­fiés en France dans les an­nées 1960, la « Ci­té des 4.000 » l’est aus­si de condi­tions de vie au­jourd’hui dif­fi­ciles.

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