Bet­te­ra­viers dra­gués

La Montagne (Brive) - - France & Monde Actualités - Do­mi­nique Dio­gon do­mi­nique.dio­gon@cen­tre­france.com

Avec l’en­vo­lée des cours mon­diaux du sucre et une offre in­fé­rieure à la de­mande, tous les voyants sont au vert à l’ap­proche de la fin des quo­tas su­criers eu­ro­péens au 1er jan­vier 2017. La su­cre­rie de Bour­don (Puy-de­dôme) en­tend aug­men­ter sa pro­duc­tion et cherche de nou­veaux plan­teurs de bet­te­raves.

Àl’en­trée de la su­cre­rie de Bour­don à Aul­nat (Puy­de­dôme), il faut mon­trer patte blanche. Se vê­tir d’un gi­let orange fluo. De chaus­sures de sé­cu­ri­té. Mar­cher dans la ligne. Et avant toute chose, se ga­rer en marche ar­rière. Ques­tion de sé­cu­ri­té, pa­raît­il. De sa tour de contrôle, Syl­viane veille scru­pu­leu­se­ment au res­pect d’un rè­gle­ment in­té­rieur épais comme le Bot­tin mon­dain.

Un fonc­tion­ne­ment très en­ca­dré à l’op­po­sé de ce­lui qui va pré­va­loir dès le 1er jan­vier dans le sec­teur su­crier. À cette date, les quo­tas eu­ro­péens se­ront abo­lis. Une pers­pec­tive qui est loin d’ef­frayer les ac­teurs de la fi­lière. Tout le contraire du sec­teur lai­tier qui n’en fi­nit pas, deux ans après la sup­pres­sion de ses propres quo­tas, de payer le prix fort de la dé­ré­gu­la­tion.

« La bet­te­rave offre une marge brute 20 % su­pé­rieure à celle d’un blé »

Dans le bâ­ti­ment de la di­rec­tion, qui date de la construc­tion de la su­cre­rie en 1836, Gilles Ber­thon­nèche, le pré­sident de la sec­tion Bour­don au sein de la co­opé­ra­tive Cris­tal Union, nu­mé­ro 2 fran­çais du sec­teur, et Stéphane Bru­nel, le di­rec­teur du site, se frottent les mains.

« Nous al­lons trou­ver en 2017 des condi­tions idéales avec l’ou­ver­ture en grand des mar­chés à l’ex­port. Les cours mon­diaux ont pro­gres­sé de 25 % les six der­niers mois, pas­sant de 350 à 420 € la tonne. Et comme la con­som­ma­tion mon­diale conti­nue d’aug­men­ter de 2 à 2,5 % par an et que l’offre est in­fé­rieure à la de­mande, no­tam­ment en rai­son des pro­blèmes po­li­tiques et fi­nan­ciers du Bré­sil, le pre­mier pro­duc­teur mon­dial, nous avons une bonne vi­si­bi­li­té sur les deux, trois ans qui viennent. »

Un op­ti­misme ré­so­lu qui s’ap­puie, se­lon eux, sur des bases so­lides. « Con­trai­re­ment au lait, le sec­teur su­crier a dé­jà vé­cu sa re­struc­tu­ra­tion. En 2006, l’eu­rope a été condam­née à ne plus pou­voir ex­por­ter nor­ma­le­ment. Les ex­por­ta­tions sont pas­sées de 6 mil­lions de tonnes à 1,3 mil­lion de tonnes. En deux ans, 80 su­cre­ries, dont 5 en France, ont fer­mé. »

Sé­vère, vio­lente, cette re­struc­tu­ra­tion a re­con­fi­gu­ré la fi­lière hexa­go­nale qui se re­trouve au­jourd’hui en po­si­tion de force dans la com­pé­ti­tion mon­diale. « Notre fi­lière est la plus per­for­mante en Eu­rope sur le plan agri­cole et in­dus­triel, pour­suit Stéphane Bru­nel. Nous pro­dui­sons 13 tonnes de sucre à l’hec­tare contre une moyenne de 11,7 au ni­veau de L’UE. Et con­trai­re­ment à d’autres cultures, les ren­de­ments conti­nuent de croître de 2 % par an et bien­tôt, à l’ho­ri­zon 2017­2018, de 4 % grâce à l’ar­ri­vée de nou­velles va­rié­tés hy­brides. »

« De plus, la culture de la bet­te­rave est ren­table, pour­suit Gilles Ber­thon­nèche. Elle offre une marge brute 20 % su­pé­rieure à celle d’un blé. »

Un ar­gu­men­taire im­pa­rable di­rec­te­ment des­ti­né à dra­guer de nou­veaux plan­teurs de bet­te­raves en Li­magne. « Pour pro­fi­ter des op­por­tu­ni­tés qui se pré­sentent, nous vou­lons pas­ser de 5.000 à 5.700 hec­tares, soit une aug­men­ta­tion de 15 % des sur­faces. Nous ne pou­vons pas al­ler au­de­là en terme de ca­pa­ci­té de pro­duc­tion de la su­cre­rie. En pros­pec­tant au­près de nos 420 plan­teurs his­to­riques, nous avons dé­jà trou­vé 200 hec­tares. Il nous en reste donc 500 à dé­ni­cher au­près de nou­veaux plan­teurs », sou­ligne le pré­sident de sec­tion, qui se veut confiant.

Dans une pé­riode où le cours des cé­réales reste déses­pé­ré­ment bas, la bet­te­rave a de quoi sé­duire, d’au­tant que la fe­nêtre de tir est res­treinte. « À 5.700 hec­tares, nous se­rons au ta­quet, conclut Gilles Ber­thon­nèche. Et les portes risquent de se re­fer­mer pour un bout de temps, comme ce­la avait été dé­jà le cas en 2006. » Avis aux pré­ten­dants. ■

PHO­TO THIER­RY LINDAUER

STRA­TÉ­GIQUE. Grâce à sa po­si­tion géo­gra­phique, la su­cre­rie de Bour­don, di­ri­gée par Stéphane Bru­nel et Gilles Ber­thon­nèche, four­nit des in­dus­triels du sud de l’hexa­gone et même d’ita­lie et d’es­pagne.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.