De joyeuses folles ?

Glace 5.

La Montagne (Brive) - - Cinéma - Vé­ro­nique La­coste-met­tey ve­ro­nique.met­tey@cen­tre­france.com

au 18 juin. Le réa­li­sa­teur ita­lien Pao­lo Vir­zi nous em­mène dans un monde de fo­lie, dans l’uni­vers de Béa­trice et Do­na­tel­la su­per­be­ment in­ter­pré­tées par Va­le­ria Bru­ni-te­des­chi et Mi­cae­la Ra­maz­zot­ti. Toutes deux sont « Folles de joie ». Mais pas seule­ment.

C’est un film qui rit et qui pleure et le titre, Folles de joie, ré­sume tout. Dès les pre­mières images, nous sommes plon­gés dans le monde dé­struc­tu­ré et agité de la villa Bion­di, au coeur de la Tos­cane en­so­leillée. La bâ­tisse ac­cueille des femmes souf­frant de troubles men­taux.

Béa­trice, my­tho­mane aux airs de grande bour­geoise fait son show, parle fort, ex­ces­si­ve­ment. Elle marche vite, per­chée sur des nu­pieds, dans un corps gé­né­reux qu’elle ex­hibe ou du moins qu’elle ne cache pas.

Va­le­ria Bru­ni­te­des­chi est ici dans l’un de ses rôles les plus fous et les plus sin­cères. De sa voix si par­ti­cu­lière, elle s’ex­pri­ me lo­gi­que­ment en ita­lien, ce qui ac­cen­tue en­core le dé­bit.

Quand ar­rive, dans cette struc­ture psy­chia­trique ou­verte, Do­na­tel­la, au corps dé­char­né et ta­toué de par­tout, sorte de ga­mine ca­bos­sée de la vie, Béa­trice veut la prendre sous son aile. Ce n’est pas mince af­faire face à ce pe­tit animal sau­vage et en souf­france. Do­na­tel­la est comme un oi­seau tom­bé du nid, abî­mée, bles­sée, ga­vée de psy­cho­tropes et autres mé­di­ca­ ments. L’une dans toutes ses ou­trances, l’autre dans sa fra­gi­li­té vont se re­trou­ver sur le ter­rain de la fo­lie. La fo­lie de s’en­fuir de la jo­lie villa Bion­di. Une fois de­hors, Béa­trice veut s’ache­ter de la lin­ge­rie ou en­core de l’écran to­tal… tan­dis que Do­na­tel­la n’a qu’une ob­ses­sion : voir son fils.

Elle a com­mis un crime, on l’a com­pris. Le quo­ti­dien et l’ave­nir de toutes les deux sont liés aux dé­ci­sions du juge d’ap­pli­ca­tion des peines. Pour au­tant, el­ les se sauvent. Dans leur fo­lie et leur déses­poir, telles des Thel­ma et Louise pau­mées sur la côte ita­lienne. La scène où elles s’échappent au vo­lant d’une voi­ture dé­ca­po­table consti­tue un clin d’oeil ju­bi­la­toire.

Béa­trice ment, vole, as­sume toute sa my­tho­ma­nie dans cette fuite en avant. Dans ce road mo­vie qui les mè­ne­ra jus­qu’à la mer, toutes deux dé­notent, choquent, se font re­mar­quer ; croisent toutes sortes de per­sonnes.

Si­tua­tions co­casses

Pour le rôle, Va­le­ria Bru­ni­te­des­chi s’est beau­coup ins­pi­rée du per­son­nage de Blanche Du­bois, dans Un tram­way nom­mé dé­sir, de Ten­nes­see Williams. Pao­lo Vir­zi et sa cos­cé­na­riste ont ef­fec­tué un gros tra­vail de do­cu­men­ta­tion, re­cueilli des té­moi­gnages. La fo­lie à l’écran est abor­dée avec toute sa lour­deur mais la force du film est cette lé­gè­re­té por­tée par les ac­trices dans des si­tua­tions sou­vent co­casses. Quant aux rôles se­con­daires, no­tam­ment l’en­tou­rage et sur­tout les hommes, ils ne sont pas à leur avan­tage. On en ar­rive alors à la ques­tion : où la fo­lie se si­tue­t­elle ? ■

(*) Folles de joie a été pré­sen­té à la Quin­zaine des réa­li­sa­teurs au der­nier fes­ti­val de Cannes.

Folles de joie. Co­mé­die dra­ma­tique de Pao­lo Vir­zi, avec Va­le­ria Bru­ni-te­des­chi et Mi­cae­la Ra­maz­zot­ti (1h52).

DR

PAU­MÉES. Mi­cae­la Ra­maz­zot­ti et Va­le­ria Bru­ni-te­des­chi.

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