Trop gour­mand en en­tre­côtes et fi­lets

La Montagne (Brive) - - Brive Vivre Sa Ville - Ch­ris­tine Moutte

Mar­di au tri­bu­nal, la ques­tion n’a pas été de sa­voir si le pré­ve­nu avait vo­lé ou pas de la viande à l’abat­toir où il tra­vaillait, mais plu­tôt quelle quan­ti­té et sur quelle pé­riode.

Des pièces nobles de viande, – fi­lets, faux­fi­lets et en­tre­côtes –, qui dis­pa­raissent toutes les se­maines ont mis la puce à l’oreille du res­pon­sable de l’abat­toir de Saint­viance sur un pro­ces­sus de vol bien ro­dé : un com­mer­cial de 39 ans émet­tait de faux bonds de com­mandes qu’il pré­sen­tait à une em­ployée ha­bi­li­tée à gé­rer les stocks, en lui di­sant que la fac­ture ar­ri­ve­rait ul­té­rieu­re­ment : cette der­nière, qui s’avère être sa com­pagne, sup­pri­mait la viande des stocks in­for­ma­tiques et il pou­vait ain­si la sor­tir.

Le stra­ta­gème dé­voi­lé, la so­cié­té a por­té plainte contre les deux per­sonnes et les a li­cen­ciées. Après en­quête, le par­quet n’a ce­pen­dant pas re­te­nu de charges contre la femme et a pour­sui­vi l’homme pour vols com­mis entre 2009 et 2012. « Ma com­pagne n’était au cou­rant de rien », a ex­pli­qué le pré­ve­nu, mar­di, à la barre du tri­bu­nal. L’homme re­con­naît avoir vo­lé de la viande pour sa consom­ma­tion per­son­nelle et « en vendre à des amis » et a es­ti­mé un bé­né­fice de 4.000 €… tan­dis que la so­cié­té a cal­cu­lé le pré­ju­dice des vols à 37.900 € pour plus de 3 tonnes de viande.

« Pra­tique cou­rante »

« Tous les em­ployés de l’abat­toir prennent de la viande en se ser­vant dans le fri­go, c’est une pra­tique cou­rante, s’est jus­ti­fié le com­mer­cial qui a re­trou­vé un tra­vail dans le même sec­teur en ré­gion pa­ri­sienne. Si j’avais vo­lé 3 tonnes, ça re­pré­sen­te­rait 60 kg par se­maine ; c’est beau­coup ! C’était plu­tôt entre 5 à 15 kg et pas toutes les se­maines », a­t­il cal­cu­lé en se ba­sant sur une an­née de vols, comme l’a pré­ci­sé son avo­cat Me Roche : « La so­cié­té compte à par­tir du mo­ment où la ges­tion des stocks a été in­for­ma­ti­sée en 2007. Mon client n’a pu pro­cé­der aux vols qu’à par­tir du mo­ment où il est pas­sé com­mer­cial en 2011 ».

Mais pour le re­pré­sen­tant de l’abat­toir, in­ter­ro­gé à l’au­dience, l’éta­blis­se­ment « n’est pas un fou­toir ! C’est très or­ga­ni­sé, on ne peut pas sor­tir de la viande comme on veut, la ges­tion in­for­ma­tique des stocks est là pour ré­gle­men­ter les en­trées et sorties (achats, des­truc­tion…) On ne s’est pas ren­du compte des vols tout de suite, car ils ne re­pré­sen­taient que 0,28 % de la pro­duc­tion men­suelle (22 à 25 tonnes) mais les vo­lumes dé­ro­bés étaient de plus en plus im­por­tants, c’est ce qui nous a aler­tés ». L’avo­cat de la par­tie ci­vile a re­gret­té que le par­quet n’ait pas in­cul­pé la com­pagne du pré­ve­nu : « L’ac­ti­vi­té liée à son in­den­ti­fiant in­for­ma­tique ex­pli­quait la sor­tie des pièces nobles ».

Pour Me Roche, « elle ef­fa­çait des lignes de stocks après chaque poin­tage heb­do­ma­daire réa­li­sé dans les fri­gos. Mon client ne doit pas être la vic­time ex­pia­toire dans ce qui est un pro­blème ré­cur­rent dans les abat­toirs, où une en­tre­côte en plus peut re­pré­sen­ter un avan­tage pour un mé­tier dif­fi­cile… Com­ment dé­mon­trer que ce qui manque dans les stocks est le seul ré­sul­tat des vols de mon client ? »

Le tri­bu­nal a condam­né le pré­ve­nu à deux mois avec sur­sis. Es­ti­mant que le pré­ju­dice de­man­dé par la so­cié­té a été cal­cu­lé par rap­port à ce que sa com­pagne avait ef­fa­cé des stocks, il lui a été de­man­dé de rem­bour­ser la so­cié­té à hau­teur de 4.000 €. ■

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