Deux grands té­moins Hol­lande et l’his­toire

L’un a vé­cu les pen­dai­sons de Tulle et les camps, l’autre a sur­vé­cu au mas­sacre d’ora­dour

La Montagne (Brive) - - La Une - Syl­vain Com­père syl­vain.com­pere@cen­tre­france.com

■ HIS­TOIRE. Fran­çois Hol­lande a pré­si­dé, hier, les cé­ré­mo­nies com­mé­mo­ra­tives du mar­tyre de Tulle, 72 ans après les pen­dai­sons du 9 juin 1944. ■ TULLE. Le Pré­sident a ren­con­tré Ro­bert Hé­bras et Jean Via­croze, té­moins des drames d’ora­dour et de Tulle. Il a aus­si évo­qué l’ac­tua­li­té so­ciale.

Les 9 et 10 juin, les des­tins de Jean Via­croze et Ro­bert Hé­bras bas­culent à Tulle et Ora­dour. 72 ans après, les deux té­moins li­mou­sins se ren­contrent en­fin…

Deux grands té­moins de notre his­toire ré­gio­nale ont éclai­ré la jeu­nesse de leurs au­ras réunies, mer­cre­di soir au Phare. L’es­pace d’ex­po­si­tion et de co­wor­king de Limoges était le théâtre de cette pre­mière ren­contre entre Jean Via­croze et Ro­bert Hé­bras, à l’ini­tia­tive de la Fon­da­tion du pa­tri­moine.

Mis­sion. L’in­oxy­dable cen­te­naire tul­liste et l’alerte no­na­gé­naire ra­dou­naud sem­blaient se connaître de­puis long­temps. Ils sa­vaient dé­jà tout l’un de l’autre : ar­ticles, livres, su­jets té­lé­vi­sés, films his­to­riques, etc. Sans ou­blier les in­nom­brables ren­contres avec les jeunes, de l’en­fant à l’étu­diant. Car de­puis plus de 70 ans, ils par­tagent une mis­sion sa­crée : ils té­moignent. Tous deux ont croi­sé la si­nistre troupe SS de la di­vi­sion “Das Reich” en juin 1944.

C’était il y a exac­te­ment 72 ans, mais leurs mé­moires sont in­tactes et les deux hommes ont tou­jours vou­lu par­ta­ger la vé­ri­té de leurs drames : « je vois au­jourd’hui des jeunes qui ne croient pas ce qu’ils en­tendent sur les na­zis, dé­plore Jean Via­croze. Je dois leur par­ler, leur ra­con­ter. Il faut qu’ils sachent ce qui s’est pas­sé et qu’ils fassent tout pour ne pas que ça re­com­mence ! » Ro­bert Hé­bras est confiant : « je vois des jeunes très at­ten­tifs lors de mes in­ter­ven­tions. Quand on voit leurs re­gards, on ne se de­mande plus à quoi ça sert de té­moi­gner… » Ils ont ré­pon­du aux ques­tions po­sées par des élèves du ly­cée.

Triés et pen­dus. Il faut dire que ce à quoi ils ont as­sis­té est à peine croyable… Le 9 juin 1944, Jean Via­croze est ar­rê­té à Tulle. « La ville avait été li­bé­rée par les ma­quis, puis re­prise par les SS, rap­pelle le cen­te­naire. Ra­pi­de­ment il y a eu des re­pré­sailles avec les otages ­ par­mi les­quels Jean Via­croze, NDLR ­. Puis le tri entre ceux qui se­ront dé­por­tés et ceux qui se­ront pen­dus. 99 ont été ac­cro­chés aux lam­pa­daires et aux bal­cons… Je n’ai pas été pen­du, mais j’ai connu les camps. Une autre his­toire… »

« Nous avons vu des choses ter­ribles, très dif­fé­rentes, mais ter­ribles »

Meilleur co­pain. Le 10 juin 1944, Ro­bert Hé­bras est lui mi­traillé dans une grange d’ora­dour­sur­glane, dont il par­vient à s’ex­traire alors qu’elle brûle. Il est cri­blé de balles et ne sait pas en­core que sa mère, ses deux soeurs et la qua­si­to­ta­li­té des ha­bi­ tants de son vil­lage viennent de pé­rir. « Je ne peux pas m’em­pê­cher de pen­ser à mon meilleur co­pain qui est mort cou­ché sur moi dans la grange. Je suis sûr qu’il m’a sau­vé, lâ­chet­il dans un san­glot étouf­fé. Et pour­quoi c’est moi qui suis là et pas lui ? »

Un sen­ti­ment de culpa­bi­li­té par­ta­gé par les deux hommes, mais tem­pé­ré par de forts ins­tincts de sur­vie. « Vous êtes l’exemple même de la ré­si­lience, se­lon Émile­ro­ger Lom­ber­tie, psy­chiatre et maire de Limoges. J’admire votre ca­pa­ci­té à vous re­cons­truire sur la dé­so­la­tion… »

« Il était temps ». « Nous avons vu des choses ter­ribles, re­con­naît Jean Via­croze, en po­sant sa main sur l’épaule de Ro­bert Hé­bras. Des choses très dif­fé­rentes, mais ter­ribles. Nous n’étions pas très loin, c’était les mêmes cri­mi­nels, et nous ne nous étions tou­jours pas ren­con­trés, s’étonne en­core le cen­te­naire. Il était temps que ça ar­rive ! »

Paix. Wil­fried Krug, consul gé­né­ral d’al­le­magne, as­sis­tait à la ren­contre. « Pour moi, Al­le­mand, ve­nir aux com­mé­mo­ra­tions de ces évé­ne­ments tra­giques est un voyage dif­fi­cile. Je m’in­cline au nom de mon peuple de­vant la dou­leur des fa­milles et je lance un mes­sage de ré­con­ci­lia­tion et de paix. » Un mes­sage re­pris par le pré­fet de la Haute­vienne, Ra­phaël Le Mé­hau­té, pour qui « la force de l’ami­tié entre la France et l’al­le­magne, c’est la force de l’eu­rope ». ■

‘Je fais en sorte d’être pré­sent à Tulle, le 9 juin quelles que soient les conjonc­tures ». Fran­çois Hol­lande

PHO­TO AGNÈS GAU­DIN

PHO­TO S. LE­FÈVRE

JEAN VIA­CROZE ET RO­BERT HÉ­BRAS. Ils ont at­ten­du 72 ans pour se ren­con­trer.

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