Stups et vio­lences : de trois ans ferme à huit mois avec sur­sis

Ils com­pa­rais­saient, hier, dans le cadre d’une af­faire de re­vente de stups et de vio­lence ag­gra­vée

La Montagne (Brive) - - La Une - Fré­dé­ric Ra­biller

Rixe sur fond de guerre de ter­ri­toire entre tra­fi­quants de drogue pour le pro­cu­reur de la Ré­pu­blique, simple ven­geance our­die par des Pieds ni­cke­lés du quar­tier des Cha­pé­lies après l’agres­sion d’un jeune gar­çon pour la dé­fense.

Le tribunal cor­rec­tion­nel de Brive a fi­na­le­ment tran­ché, hier, du cô­té du mi­nis­tère pu­blic en condam­nant à des peines al­lant de 3 ans de pri­son ferme à 8 mois avec sur­sis, les huit pré­ve­nus qui com­pa­rais­saient de­vant sa ju­ri­dic­tion dans le cadre d’une af­faire de vio­lence ag­gra­vée et de re­vente de pro­duits stu­pé­fiants.

A la barre, quatre pré­ve­nus, amis d’en­fance, ac­cu­sés d’avoir or­ga­ni­sé et par­ti­ci­pé à la rixe et d’être des re­ven­deurs de can­na­bis, trois autres pré­sen­tés comme les nour­rices du tra­fic, char­gés « d’hé­ber­ger » chez eux les stocks d’herbes et de ré­sine de can­na­bis, un couple d’une ving­taine d’an­nées et un homme de 35 ans.

Chez ce der­nier, les po­li­ciers ont re­trou­vé 1,9 kg de ré­sine de can­na­bis, du ma­té­riel ser­vant à la coupe et à la re­vente, ain­si qu’un fu­sil de guerre.

Le der­nier pré­ve­nu, Yous­sef (*), se pré­sente comme une vic­time des quatre amis d’en­fance, Is­maël Ra­hioui (**), Da­vid Tsik­lau­ri, Ali (*) et Adil (*), qui lui ont ten­du un gue­ta­pens dans la nuit du 2 au 3 juillet, point de dé­part de l’af­faire.

« Je suis un gros consom­ma­teur de can­na­bis. Je me four­nis­sais au­près d’eux. Je leur de­vais 20 €. Is­maël Ra­hioui m’a bra­qué avec un fu­sil de chasse. Il a ti­ré un coup. Je suis par­ti en cou­rant et j’ai en­ten­du une deuxième dé­to­na­tion », ex­plique­t­il à la barre.

Une per­son­na­li­té com­plexe

Un cos­tume de simple vic­time qui semble un peu étri­qué au vu des dé­cla­ra­tions de té­moins et des autres pré­ve­nus. Il semble que Yous­sef ven­dait lui aus­si du can­na­bis, un consom­ma­teur af­fir­mant lors de l’en­quête s’être ap­pro­vi­sion­né plus d’une tren­taine de fois au­près de lui. « C’était pour dé­pan­ ner », se jus­ti­fie­t­il. La pré­si­dente in­siste : « Comment vous fi­nan­ciez votre im­por­tante consom­ma­tion alors que vous tou­chez une pe­tite pen­sion de tra­vailleur han­di­ca­pé et que semble­t­il vous faisiez beau­coup de ca­deaux à vos en­fants ? ». « J’em­prun­tais de l’ar­gent à ma fa­mille », as­sure Yous­sef. Avec 25 condam­na­tions à son ca­sier ju­di­ciaire pour vio­lences et usage de stu­pé­fiants, le doute plane alors sur sa vé­ri­table per­son­na­li­té. Il est ain­si dé­crit dans le quar­tier comme une grande gueule, qui se pro­mène sou­vent avec un cou­teau et qui agresse des ga­mins. « C’est une ca­bale pour le faire tom­ber. On le fait pas­ser pour un fou qui se pro­mène tous les jours dans le quar­tier avec un cou­teau », peste son avo­cate.

Is­maël Ra­hioui re­con­naît avoir mon­té le guet­apens jus­te­ment parce que Yous­sef avait agres­sé à coup de casque un jeune gar­çon du quar­tier et « pour évi­ter des choses plus graves. Je sa­vais que le ga­min vou­lait se ven­ger. Je suis al­lé avec lui. Le ga­min avait un fu­sil de chasse. Je pen­sais que Yous­sef au­rait peur de moi et du fu­sil. Mais ça ne l’a pas ar­rê­té. Il nous a me­na­cés avec un cou­teau. Un coup est par­ti. J’ai pris le fu­sil des mains du ga­min, puis en­suite je l’ai bra­qué sur les jambes de Yous­sef. Da­vid est ar­ri­vé et me l’a ar­ra­ché et a été le ca­cher dans un buis­son ».

Pe­tit bé­né­fice ?

S’il avoue avoir vou­lu faire jus­tice lui­même, il nie ca­té­go­ri­que­ment toute im­pli­ca­tion dans un tra­fic de can­na­bis. A ses cô­tés, Da­vid Tsik­lau­ri, sur­nom­mé le Géor­gien, af­firme être le seul de la bande à tra­fi­quer : « J’en­tre­po­sais entre 500 grammes et un ki­lo par mois chez les nour­rices » et avoue « un bé­né­fice de 1.500 € par mois ».

Le pro­cu­reur s’étonne qu’il puisse gé­rer tout seul un tel tra­fic. « Des jour­nées de 24 heures n’y au­raient pas suf­fi », iro­nise­t­il ajou­tant que « vous vous étiez van­té au­près de votre fa­mille de ga­gner 5.000 € par mois ».

Ali et Adil nient, eux, toute par­ti­ci­pa­tion au guet­apens. Ils re­con­nais­ sent pour l’un consom­mer du can­na­bis et avoir ac­cep­té une fois d’al­ler en cher­cher chez les nour­rices pour le Géor­gien avec une bar­rette à la clé comme ré­com­pense et pour l’autre d’avoir as­sis­té une fois à une tran­sac­tion.

Leurs avo­cats in­vo­quant à l’ap­pui de leurs dé­cla­ra­tions l’ab­sence de toute preuve concrète de la par­ti­ci­pa­tion de leurs clients au guet­apens, tout comme ce­lui d’is­maël Ra­hioui pour son im­pli­ca­tion dans le tra­fic de can­na­bis : « Mon client a un tra­vail, ne consomme pas de drogue et les en­quê­teurs n’ont pas trou­vé un train de vie en rap­port avec quel­qu’un qui est pré­sen­té comme le cer­veau du tra­fic ».

Le ju­ge­ment. Is­maël Ra­hioui a été condam­né à 3 ans de pri­son ferme, Da­vid Tsik­lau­ri à 30 mois dont 6 avec sur­sis, Ali a 10 mois et Adil a 3 mois, Yous­sef à 9 mois, 12 et 8 mois avec sur­sis pour les nour­rices. ■

(*) Les pré­noms ont été chan­gés.

(**) Les iden­ti­tés sont don­nées à par­tir d’une condam­na­tion à un an de pri­son ferme.

PHO­TO D’ILLUSTRATION : FLORIAN SA­LESSE

DROGUE. Un tra­fic de can­na­bis au coeur de l’af­faire.

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