Men­songes de la guerre et de l’amour

Elle est al­le­mande, il est amé­ri­cain. Dans quelques se­maines, la guerre se­ra fi­nie. Qu’en se­ra-t-il de leur amour ? Le 17e ro­man de Jean-guy Sou­my joue du thème de l’illu­sion.

La Montagne (Brive) - - Magazine - Jean-marc Laurent jean-marc.laurent@cen­tre­france.com

Avec Le sol­dat fan­tôme, son 17e ro­man, JeanGuy Sou­my se livre à l’un de ses exer­cices de pré­di­lec­tion. Il plonge ses per­son­nages dans un bain his­to­rique mar­qué, mais en s’aven­tu­rant cette fois­ci bien au­de­là des ter­ri­toires qu’il ar­pente ha­bi­tuel­le­ment.

Nombre d’his­toires d’amour ir­riguent les ré­cits de l’au­teur li­mou­sin qui a im­plan­té celle­ci entre les prin­temps 1944 et 1945, en condui­sant l’in­trigue pa­ral­lè­le­ment des deux cô­tés du Rhin.

Jean­guy Sou­my joue de prin­cipes ci­né­ma­to­gra­phiques pour ra­con­ter l’avan­cée des deux pro­ta­go­nistes l’un vers l’autre en s’ap­puyant sur un cha­pitre mé­con­nu de la Deuxième Guerre mon­diale.

Pour étayer son ar­riè­re­plan sur les men­songes, faux­sem­blants et im­pos­tures, il fait du sol­dat amé­ri­cain Ste­ven (Cla­rence de son nom d’ar­ti­fice) l’un des hommes du 23e Ré­gi­ment des troupes spé­ciales US. Une uni­té com­po­sée d’ac­teurs, scé­na­ristes, réa­li­sa­ teurs, tech­ni­ciens des pla­teaux d’hol­ly­wood dont la mis­sion était de « leur­rer les Boches ». Les prin­ci­pales armes de cette troupe d’il­ lu­sion­nistes étaient une pa­no­plie de leurres en ca­ou­tchouc, chars, ca­nons, mi­trailleuses, avions, jeeps gon­flables des­ti­nées à im­ pres­sion­ner l’en­ne­mi avec le sou­tien d’une so­no et d’une bande­son réa­liste com­po­sée d’une sym­pho­nie de bruits de mo­teurs.

Au fil des mises en scène de ses opé­ra­tions de dés­in­for­ma­tion, cette ar­mée de bau­druche pro­gresse du front de Nor­man­die jus­qu’au Rhin, tan­dis qu’en con­tre­champ, l’autre moi­tié de cette his­toire de coeur, la Ber­li­noise fran­co­phile Han­na, che­mine au rythme de la dé­route al­le­mande à contre­cou­rant du re­flux du na­zisme. Lui du cô­té des vain­queurs, elle de ce­lui des hu­mi­liés.

Sur des dé­combres

Conduite sous le sceau du men­songe, l’his­toire d’amour sur des dé­combres de Ste­ven et Han­na ne du­re­ra que le temps d’un bon­heur de cinq nuits lu­mi­neuses dans une clai­rière, alors que la guerre s’achève, que l’ar­mée amé­ri­caine fran­chit le Rhin et que le Reich vide ses camps à l’ap­proche des vain­queurs.

Cô­té amé­ri­cain, Jean­guy Sou­my se trouve un peu écra­sé par le poids d’une vé­ri­té his­to­rique qui en­trave sa pro­gres­sion romanesque. Cô­té al­le­mand, il épouse avec sen­si­bi­li­té le re­gard de l’hé­roïne sur la fo­lie des siens et du monde qui l’en­toure.

Une fic­tion peut in­fluer sur le réel nous dit le 23e Ré­gi­ment. N’est­ce pas là le rêve de tout ro­man­cier ? ■

JEAN-GUY SOU­MY. « L’hé­roïsme, l’in­ven­ti­vi­té et la dis­cré­tion des hommes du 23e Head­qua­ters Special Troops a été au coeur de mon dé­sir de ra­con­ter cette his­toire ». © STE­PHANE LE­FEVRE

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