Cohn­ben­dit amou­reux foot

L’an­cien dé­pu­té eu­ro­péen va ani­mer une émis­sion consa­crée au foot­ball

La Montagne (Brive) - - La Montagne - Sa­muel Ri­bot

Da­niel Cohn-ben­dit va ani­mer une émis­sion quo­ti­dienne consa­crée au foot sur Eu­rope 1. Amou­reux du jeu, l’an­cien dé­pu­té eu­ro­péen n’en est pas moins lu­cide sur les dé­rives du sport le plus po­pu­laire de la pla­nète.

Vous avez dé­non­cé à plu­sieurs re­prises les tra­vers du foot mo­derne, comme la cor­rup­tion et l’ar­gent-roi. Qu’est-ce qui conti­nue mal­gré tout à vous pas­sion­ner dans ce sport ? Quand je suis par­ti au Bré­sil tour­ner un do­cu­men­taire au mo­ment de la Coupe du Monde 2014, le chan­teur Gil­ber­to Gil m’a très bien ex­pli­qué ça, en me di­sant : « Oui, c’est vrai, il y a des pro­blèmes avec le foot­ball, l’ar­gent, etc. mais c’est comme la trêve olym­pique dans la Grèce an­tique, quand le bal­lon roule, tout est ou­blié ». Il y a une ma­gie du foot­ball qu’il faut faire exis­ter, tout en conti­nuant à par­ler de ce foot qui est tel­le­ment lié à l’ar­gent que ça en de­vient in­sup­por­table. N’em­pêche que lorsque vous re­gar­dez la fi­nale de la Cham­pions League, vous ne vous dites pas « Oh là là, Cris­tia­no Ro­nal­do il gagne trop d’ar­gent ! » Non, on est fas­ci­né par ce qui se passe sur le ter­rain. Et après on re­prend ses es­prits et on conti­nue à avoir un sens cri­tique. C’est ça la vie !

■ Il faut donc faire une pause pen­dant cet Eu­ro et en pro­fi­ter ? Mais oui ! L’évé­ne­ment im­pose une pause, parce qu’on n’est pas des ma­chines. On a en­vie d’émo­tions et le foot­ball est l’un des sports qui peut en pro­cu­rer, no­tam­ment parce que ça n’est pas tou­jours le meilleur qui gagne. Cette di­men­sion d’in­cer­ti­tude, cette dra­ma­tique, nous per­mettent cette pas­sion. Quand on pense au France­al­le­magne de 1982, on avait tous per­du le sens des réa­li­tés. Même les joueurs ! Tout le monde était pris par ce drame. Je l’avais vu avec des co­pains al­le­mands et on était tous les­si­vés !

■ Comment comp­tez-vous par­ler de foot dans l’émis­sion que vous al­lez ani­mer sur Eu­rope 1 ? L’idée est de par­ler des pays qui par­ti­cipent à l’eu­ro en élar­gis­sant le pro­pos à ce qui se passe dans ces so­cié­tés, comme la Rou­ma­nie ou l’al­ba­nie. Je vou­drais em­me­ner les au­di­teurs dans ces autres pays, leur pro­po­ser, sans être pe­sant, une ap­proche his­to­ri­co­politique.

■ Que pen­sez-vous des ré­centes dé­cla­ra­tions de Can­to­na et de Ben­ze­ma qui dé­noncent le ra­cisme dans le foot ? Dans l’his­toire que vous évo­quez, il y a une réa­li­té qui est celle d’une France com­plè­te­ment per­tur­bée par les ar­gu­ments iden­ti­taires. Le pro­blème, c’est que ces dé­cla­ra­tions sont faites par des foot­bal­leurs qui ont des comptes à ré­gler. Can­to­na n’a ja­mais ac­cep­té de ne pas avoir été sé­lec­tion­né en 1996 et 1998. Pour Ben­ze­ma, il ne faut pas dire n’im­porte quoi : Des­champs en avait fait son avant­centre. Mais Des­champs n’a pas in­ven­té la sex­tape ! Ben­ze­ma et Can­to­na ont ins­tru­men­ta­li­sé une cri­tique né­ces­saire pour ré­gler des comptes per­son­nels. Oui, il y a un pro­blème de ra­cisme en France. Mais ça n’a rien à voir le foot et l’équipe de France.

■ Si la com­pé­ti­tion était per­tur­bée voire blo­quée par la CGT, comment ré­agi­riez-vous ? Je n’ar­rive pas à croire que la CGT veuille vrai­ment per­tur­ber l’eu­ro. Pour ma part, je suis plu­tôt CFDT dans cette his­toire, même si je com­prends les ré­ac­tions épi­der­miques pro­vo­quées par un texte aus­si mal pré­pa­ré. Mais il y a quelque chose de plus in­quié­tant dans ces mou­ve­ments. Même si je ne suis pas spé­cia­le­ment l’avo­cat de la po­lice, il faut re­con­naître que nos forces de sé­cu­ri­té n’en peuvent plus. Alors si en plus de l’eu­ro il faut gé­rer des ma­ni­fes­ta­tions, que di­ra­t­on de la CGT s’il se pro­duit quelque chose de grave…

■ On en­tend dire que Fran­çois Hol­lande compte sur un bon ré­sul­tat des Bleus pour amé­lio­rer son image. Ça vous ins­pire quoi ? Je ne peux pas croire qu’un homme intelligent ima­gine une seule se­conde qu’il va re­mon­ter la pente grâce à une vic­toire de l’équipe de France. Et je ne crois pas, non plus, que l’image du pré­sident de la Ré­pu­blique chan­ge­ra parce que Griez­mann a mar­qué trois buts en fi­nale. Il ne faut pas prendre les gens pour des dé­biles !

■ Vous avez un pro­nos­tic pour cet Eu­ro ? Une de­mi­fi­nale Fran­ceAl­le­magne, rem­por­tée par la France et une autre entre la Bel­gique et l’es­pagne, qui gagne. Donc un re­make de 1984 en fi­nale, avec France­es­pagne. ■

PHO­TO AFP

« DANY LE ROUGE ». Par­ti­san de la trève du bal­lon rond.

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