La voie étroite de la sor­tie de crise

Une ren­contre entre le lea­der de la CGT et la mi­nistre du Tra­vail pour­rait avoir lieu ce week­end

La Montagne (Brive) - - France & Monde -

Le gou­ver­ne­ment se montre in­flexible sur la loi Tra­vail tout en cher­chant le dia­logue avec la CGT. Une stra­té­gie sur le fil du ra­soir pour ten­ter de sor­tir de la crise. De son cô­té, Phi­lippe Mar­ti­nez semble faire de ti­mides ou­ver­tures, no­tam­ment sur le bon dé­rou­le­ment de l’eu­ro de foot­ball.

Entre me­nace de ré­qui­si­tion et ré­ou­ver­ture du dia­logue, l’exé­cu­tif a ten­té, hier, de convaincre les op­po­sants à la loi Tra­vail de rendre les armes, à quelques heures de l’ou­ver­ture de l’eu­ro. Alors que tous les yeux sont bra­qués sur la France tou­chée par des grèves d’éboueurs, de che­mi­nots et de pi­lotes, le Pre­mier mi­nistre et le pré­sident de la Ré­pu­blique avaient haus­sé le ton dès jeu­di soir.

En marge d’un dé­pla­ce­ment à Cler mont­fer­rand, Ma­nuel Valls, in­ter­ro­gé sur une pos­sible ré­qui­si­tion de conduc­teurs de la SNCF, n’avait ex­clu « au­cune hy­po­thèse » pour ache­mi­ner les spec­ta­teurs des matches de foot­ball. Quelques mi­nutes plus tard, Fran­çois Hol­lande avait pro­mis que « l’état pren­dra toutes les me­sures né­ces­saires » p o u r h i e r, j o u r d u p re m i e r match. « S’il doit y avoir des dé­ci­sions, elles se­ront prises » , avait­il pré­ve­nu.

Pas de chan­tage à l’eu­ro

Hier ma­tin, le se­cré­taire d’état aux Trans­ports, Alain Vi­da­lies, a lui aus­si joué la carte de la fermeté en af­fir­mant qu’« il n’y au­ra au­cune to­lé­rance par rap­port à des agis­se­ments qui re­met­traient en cause la grande fête dans la­quelle la France s’en­gage ».

Cô­té apai­se­ment, la mi­nistre du Tra­vail, My­riam El Khom­ri, s’est dite « prête à re­ce­voir Phi­lippe Mar­ti­nez dans la mi­nute si ce­la peut per­mettre de le­ver tous les blo­cages dans le pays ». Le nu­mé­ro 1 de la CGT a ré­agi en dé­cla­rant être « dis­po­sé » à ren­con­trer la mi­nistre « même ce week­end » . Il a tou­te­fois pré­ve­nu que la mo­bi­li­sa­tion conti­nue­rait. « Pas ques­tion de nous faire du chan­tage à l’eu­ro », a lan­cé Phi­lippe Mar­ti­nez qui re­con­naît ce­pen­dant que « blo­quer les sup­por­ters » ne don­ne­rait pas la « meilleure image » de la CGT.

Ap­pels au dia­logue

Hier, à quelques heures du coup d’en­voi du match Fran­ceRou­ma­nie, Phi­lippe Mar­ti­nez a d’ailleurs as­su­ré que les mi­li­tants de la CGT avaient « re­çu une consigne pour que tous les sup­por­ters puissent ac­cé­der au Stade de France ». Les ap­pels au « dia­logue » se sont mul­ti­pliés. « Il faut sor­tir de l’im­passe en re­pre­nant le dia­logue, il n’y a pas d’autre so­lu­tion », a af­fir­mé Alain Jup­pé.

« Je prône le dia­logue plu­tôt que les mé­thodes qui consistent à s’en­voyer des coups de men­ton à la fi­gure », lui a fait écho la maire de Pa­ris, Anne Hi­dal­go (PS), qui goûte peu l’ar­ticle 2 de la loi El Khom­ri, point central de la contes­ta­tion. « Si le gou­ver­ne­ment re­ti­rait un ou deux ar­ticles et les ren­voyait à la né­go­cia­tion, je pense qu’on pour­rait dé­blo­quer la si­tua­tion », a de son cô­té es­ti­mé l’ex­mi­nistre so­cia­liste de l’édu­ca­tion Be­noît Ha­mon, re­gret­tant la « pos­ture » in­tran­si­geante du Pre­mier mi­nistre.

« Mar­ti­nez veut at­ter­rir »

L’exé­cu­tif pour­rait­il faire un geste ? Il n’en laisse en tout cas rien pa­raître. « Le gou­ver­ne­ment n’a pas l’in­ten­tion de re­ti­rer ce texte ni même de le dé­tri­co­ter », a mar­te­lé hier My­riam El Khom­ri. « Le gou­ver­ne­ment ne bou­ge­ra pas sur l’ar­ticle 2 », confirme un proche de Ma­nuel Valls.

Alors que la contes­ta­tion dure de­puis plus de trois mois, l’exé­cu­tif semble pa­rier sur l’es­souf­fle­ment de la mo­bi­li­sa­tion et sur une mar­gi­na­li­sa­tion des op­po­sants. « Mar­ti­nez a eu ce qu’il vou­lait, de­ve­nir le chef in­con­tes­té de la CGT. Je pense qu’il veut at­ter­rir », ana­lyse un proche du Pre­mier mi­nistre. Pour lui, une is­sue à la crise est pos­sible « si on règle les conflits pa­ral­lèles, si on change trois vir­gules au texte de loi, si la France gagne l’eu­ro ! ». Con­for­mé­ment à cette stra­té­gie, l’exé­cu­tif a mul­ti­plié de­puis deux se­maines les conces­sions (SNCF, rou­tiers, in­ter­mit­tents, en­sei­gnants, avia­tion ci­vile, etc.).

« Hol­lande at­tend juillet. Il at­tend que les es­car­gots dé­gorgent. C’est comme la crue : len­te­ment, ça des­cend », ana­lyse un autre res­pon­sable du PS. ■

PHO­TO AFP

LEA­DER. Le conflit a per­mis à Phi­lippe Mar­ti­nez de s’im­po­ser comme le lea­der in­con­tes­té de la CGT, voire de l’op­po­si­tion de gauche. Une vic­toire suf­fi­sante pour cher­cher une is­sue à la crise ?

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