La CGT re­gagne en lé­gi­ti­mi­té

Né­go­cier la sor­tie de crise est pri­mor­dial pour l’image du syn­di­cat

La Montagne (Brive) - - France & Monde -

Ou­bliée la longue tra­ver­sée du dé­sert : la CGT a re­trou­vé sa ca­pa­ci­té à se faire en­tendre en s’op­po­sant à une loi Tra­vail im­po­pu­laire.

Alors que le gou­ver­ne­ment a échoué à éteindre la grogne so­ciale avant le dé­but de l’eu­ro mal­gré les conces­sions faites ( rou­tiers, che­mi­nots, contrô­leurs aé­riens), une renc o n t re e s t é v o q u é e c e week­end entre le nu­mé­ro un de la cen­trale, Phi­lippe Mar­ti­nez, et la mi­nistre du Tr a v a i l , My r i a m El Khom­ri.

Double peine

En­gluée dans des pro­blèmes in­ternes de­puis le dé­part de Ber­nard Thi­bault en 2013, qui avait mal pré­pa­ré sa suc­ces­sion, la plus vieille or­ga­ni­sa­tion syn­di­cale fran­çaise pei­nait à faire en­tendre sa voix.

Ses ap­pels à ma­ni­fes­ter contre la ré­forme des re­traites (2013) ou la loi Ma­cron (2015) avaient ain­si été peu sui­vis. Et le scan­dale sur le train de vie de l’ex­nu­mé­ro un Thier­ry Le­paon, fin 2014­dé­but 2015, trau­ma­ti­sante pour les mi­li­tants, avait eu un im­pact di­rect sur les élec­tions pro­fes­sion­nelles dans des bas­tions his­to­ri­ ques où elle a per­du des plumes ( fonc­tion pu­blique, SNCF, Ratp, Orange, Air France…).

La CGT s’est ins­tal­lée à la tête de la contes­ta­tion dès la pre­mière ver­sion du pro­jet de loi tra­vail en fé­vrier, deux mois avant un congrès cru­cial où al­lait être adou­bé Phi­lippe Mar­ti­nez sur une ligne très à gauche.

La mo­bi­li­sa­tion contre la loi tra­vail « est très bé­né­fiq u e p o u r n o u s . No u s consta­tons une pro­gres­sion nette de syn­di­ca­li­sa­tion », se ré­jouit Serge Plé­chot, nu­mé­ro un de la fé­dé­ra­tion BTP à la CGT, tout en sou­li­gnant que « le but pre­mier » reste le re­trait du texte.

Meh­di Ke­moune, nu­mé­ro deux de la CGT Air France, est convain­cu que sa confé­dé­ra­tion « va dans le bon sens » en étant « en adé­qua­tion » avec les pré­oc­cu­pa­tions des sa­la­riés alors que le gou­ver­ne­ment est « en dé­pha­sage par rap­port au peuple qu’il est cen­sé re­pré­sen­ter ».

Le der­nier son­dage, pu­blié hier par Ifop pour At­lan­ti­co, montre que la CGT a l’opi­nion pour elle puisque 59 % des Fran­çais trouvent « j us­ti­fié » l e MAR­TI­NEZ. mou­ve­ment contre la loi tra­vail. Mais le sou­tien s’érode (65 % de sou­tien le 20 mai).

« Le risque main­te­nant, c’est l’es­souf­fle­ment du mou­ve­ment » , concède Meh­di Ke­moune. Et aus­si la ma­nière dont la CGT va s o r t i r d u mo u v e m e n t , même si toute évo­ca­tion du su­jet est ba­layée par les cé­gé­tistes.

« Pour ti­rer un bi­lan, il faut at­tendre la fin du conflit », in­siste Serge Plé­chot. La ren­contre El Khom­ri­mar­ti­nez, pas confir­mée pour l’ins­tant, pour­rait faire bou­ger les lignes, de même que la ma­ni­fes­ta­tion na­tio­nale pa­ri­sienne du 14 juin.

Quelle que soit l’is­sue, la CGT ne sor­ti­ra pas iso­lée de ce conflit ni sur le plan syn­di­cal ni dans l’opi­nion. Mais elle joue gros.

Sor­tie de crise

Lors des grands conflits so­ciaux en 1995 ( Sé­cu), 2006 ( CPE) ou 2010 ( re­traites), le gou­ver­ne­ment au pou­voir était de droite, lais­sant une pers­pec­tive po­li­tique à la CGT : elle « pou­vait dire “on ar­rête dou­ce­ment le mou­ve­ment puis­qu’il y au­ra les pré­si­den­tielles”. Cette pers­pec­tive po­li­tique est nulle au­jourd’hui avec un gou­ver­ne­ment de gauche » , sou­ligne Sté­phane Si­rot, his­to­rien spé­cia­li­sé des syn­di­cats.

« Ce­la com­plique la sor­tie de crise pour la CGT ». « Se re­trou­ver en échec d a n s s a re v e n d i c a t i o n pour le re­trait de la loi Tra­vail, puis être confron­tée à un pré­sident de la Ré­pu­blique très li­bé­ral, ce se­ra la double peine pour elle », ajoute­t­il.

Mais il se peut aus­si que l’image de la CGT, l’or­ga­ni­sa­tion qui au­ra su dire non, soit re­haus­sée. ■

PHO­TO AFP

Il doit ren­con­trer la mi­nistre du Tra­vail.

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