Un pre­mier pas contre une dé­rive?

Le vote des ac­tion­naires de­vra être pris en compte

La Montagne (Brive) - - France & Monde -

L’as­sem­blée na­tio­nale a po­sé un pre­mier ja­lon pour évi­ter les dé­rives en ma­tière de sa­laires des grands pa­trons, van­té comme « un pas consi­dé­rable » par le gou­ver­ne­ment. Mais il ne ré­pond pas aux at­tentes d’une part de la gauche d’un vé­ri­table en­ca­dre­ment.

A l’ap­proche de la présidentielle et face aux ré­centes po­lé­miques sur les ré­mu­né­ra­tions de Car­los Ghosn (Re­nault) et de Car­los Ta­vares (PSA), les dé­pu­tés ont ren­du contrai­gnante la prise en compte du vote des ac­tion­naires sur les ré­mu­né­ra­tions ver­sées aux dir igeants, en ache­vant l’exa­men, dans la nuit de jeu­di à ven­dre­di, du pro­jet de loi « Sa­pin II ».

« Nous fran­chis­sons un pas qui est consi­dé­rable », a es­ti­mé le mi­nistre des Fi­nances, Mi­chel Sa­pin, ap­pe­lant à ac­ter « le pro­grès » qui est fait avec l’adop­tion de cette dis­po­si­tion qui avait été in­tro­duite en com­mis­sion à l’ini­tia­tive du rap­por­teur Sé­bas­tien De­na­ja (PS).

Mais le « fron­deur » so­cia­liste Pas­cal Cher­ki a aus­si­tôt iro­ni­sé en di­sant lui aus­si ap­prou­ver « le pas de géant que nous ve­nons de faire » , qui est « d’ap­prou­ver fi­na­le­ment le com­mu­ni­qué de presse (des or­ga­ni­sa­tions pa­tro­nales) Afep et Me­def qui pro­po­sait tout sim­ple­ment qu’un vote né­ga­tif des ac­tion­naires contrain­drait le conseil d’ad­mi­nis­tra­tion » à sta­tuer sur la ré­mu­né­ra­tion ( sans al­ler jus­qu’à rendre leur dé­ci­sion contrai­gnante).

Il a es­ti­mé que ce vote contrai­gnant des ac­tion­naires n’au­rait « pas d’ef­fet » , sou­li­gnant qu’un vote né­ga­tif, comme ce­lui concer­nant la ré­mu­né­ra­tion de 7,251 mil­lions d’eu­ros de Car­los Ghosn pour 2015, sur le­quel le conseil d’ad­mi­nis­tra­tion était pas­sé outre, est très rare.

68 eu­ros en 4 ans pour le Smic

La ques­tion du sa­laire des pa­trons re­vient ré­gu­liè­re­ment sur le de­vant de la scène en France, mais Fran­çois Hol­lande, dont l’ « ad­ver­saire » dé­si­gné lors du dis­cours de cam­pagne du Bour­get en 2012 était « le monde de la fi­nance » , avait jus­qu’ici pri­vi­lé­gié l’au­to­ré­gu­la­tion.

Ré­cem­ment, des per­son­na­li­tés de gauche, dont le pre­mier se­cré­taire du PS, Jean­ch­ris­tophe Cam­ba­dé­lis, mais aus­si des in­tel­lec­tuels et des syn­di­ca­listes, avaient lan­cé un « ap­pel des 40 au CAC 40 », afin qu’« un pa­tron ne puisse pas être ré­mu­né­ré plus de 100 Smic » . Se­lon Pas­cal Cher­ki, en 2014, la ré­mu­né­ra­tion des PDG du CAC 40 a aug­men­té de 6 %, là où le Smic, qui a été re­vu à la hausse de 68 eu­ros en 4 ans, a aug­men­té de 1,1 %.

Des dé­pu­tés PS et du Front de gauche ont ten­té en vain dans l’hé­mi­cycle de faire vo­ter un en­ca­dre­ment des écarts de ré­mu­né­ra­tion au sein des en­tre­prises (al­lant de 1 à 20 à 1 à 100). L’élue du Front de gauche Hu­guette Bel­lo a no­tam­ment sou­li­gné que les Fran­çais ne com­pren­draient pas que ne soient adop­tés que « des chan­ge­ments cos­mé­tiques » . Leurs ten­ta­tives ont été re­pous­sées, le rap­por­teur Sé­bas­tien De­na­ja (PS) fai­sant état d’obs­tacles consti­tu­tion­nels. ■

AFP

CAR­LOS GHOSN. 7,251 mil­lions d’eu­ros de ré­mu­né­ra­tion en 2015 mal­gré le vote né­ga­tif des ac­tion­naires de Re­nault.

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