Les comp­teurs Lin­ky in­quiètent dans l’ag­glo­mé­ra­tion de Brive

Un col­lec­tif de par­ti­cu­liers s’est créé au­tour de l’in­quié­tude sus­ci­tée par Lin­ky

La Montagne (Brive) - - La Une - Vir­gi­nie Fillâtre vir­gi­nie.fillatre@cen­tre­france.com

De nom­breuses in­quié­tudes au­tour du comp­teur Lin­ky. Voi­là ce qui a nour­ri la créa­tion du col­lec­tif de par­ti­cu­liers CBACC. Des pré­oc­cu­pa­tions aux­quelles Ene­sis a sou­hai­té ap­por­ter des ré­ponses.

«Nous ne sommes pas fon­da­men­ta­le­ment contre le comp­teur Lin­ky. Nous nous y op­po­sons au titre du prin­cipe de pré­cau­tion du fait de l’ab­sence d’in­for­ma­tion pré­cise et ri­gou­reuse sur les ef­fets de ce dis­po­si­tif. Nous sou­hai­tons que l’on nous ap­porte la preuve de son in­no­cui­té ».

Pour le Col­lec­tif Brive Ag­glo comp­teurs com­mu­ni­cants (CBACC), com­po­sé de par­ti­cu­liers et por­teur de 900 pé­ti­tion­naires, « la sus­pi­cion naît de cette dés­in­for­ma­tion et opa­ci­té au­tour de ce dis­po­si­tif », qui nour­rit leur in­quié­tude au­tour de quatre risques. Des pré­oc­cu­pa­tions aux­quelles Bru­no Sol, ad­joint au di­rec­teur d’ene­dis Li­mou­sin, a ac­cep­té de ré­pondre. 1

Risque sa­ni­taire. Le col­lec­tif : « En ma­tière, no­tam­ment, d’ondes élec­tro­ma­gné­tiques. La ra­dio fré­quence ac­tuelle, de 50 hertz, va os­cil­ler, avec le nou­veau comp­teur, entre 63.000 et 74.000 hertz, ce qui sou­lève des pro­blèmes d’iso­la­tion des cables élec­triques qui pé­nètrent dans les ha­bi­ta­tions, mais aus­si des rayon­ne­ments qui pas­se­raient de 20 cm à plus de deux mètres ».

Ber­nard Sol : « La dose d’ondes liée au cou­rant por­teur en ligne est in­fi­ni­té­si­male. Elle est des mil­lions de fois moins puis­sante que celle des ap­pa­reils élec­tro­mé­na­gers. Pour preuve, cette tech­no­lo­gie est uti­li­sée pour les ba­by­phone que l’on met dans les chambres des en­fants ! Se­lon le rap­port pu­blié en mai 2016 par l’agence na­tio­nale des fré­quences (ANFR), le champ élec­trique du Lin­ky s’élève à 1 volt/mètre, contre 56 pour une plaque à in­duc­tion ; quant au champ ma­gné­tique, il est de 0,0007 mi­cro­tes­la pour le Lin­ky contre 0,4 pour la plaque, soit 571 fois moins ». 2

Risque éco­no­mique. Le col­lec­tif : « Nos comp­teurs ac­tuels ont une du­rée de vie de 50 ans, les Lin­ky de 15 ans. Le coût glo­bal du rem­pla­ce­ment est chif­fré à 7 mil­liards d’eu­ros. La fin du dé­ploie­ment étant pré­vue pour 2021, à peine ter­mi­né, il fau­dra re­com­men­cer. Au nom de la Cop 21, on dé­pen­se­rait une telle somme pour faire ren­trer moins d’ar­gent dans les caisses du fait des éco­no­mies soit di­sant gé­né­rées pour les par­ti­cu­liers ? Quel al­truisme ! On a du mal à y croire ».

Ber­nard Sol : « Le chiffre of­fi­ciel du dé­ploie­ment est de 5 mil­liards d’eu­ros et les comp­teurs ac­tuels ont la même du­rée de vie que les an­ciens. En re­vanche, il est vrai que ce chan­ge­ment est lié à la Cop 21 et à la tran­si­tion éner­gé­tique qui im­plique, comme le sti­pule la di­rec­tive eu­ro­péenne de juillet 2009 (*), le dé­ve­lop­pe­ment des éner­gies re­nou­ve­lables et la ges­tion de son éner­gie. Or, l’élec­tri­ci­té, con­trai­re­ment au gaz ou à l’eau, ne se stocke pas. Il faut consom­mer au mo­ment où l’on pro­duit. Pour ce­la, il faut des ou­tils de su­per­vi­sion en ré­seau, comme le comp­teur Lin­ky ». 3

Risque sé­cu­ri­taire. Le col­lec­tif : « Le cou­rant por­teur en ligne ajou­té à la fré­quence des 50 hertz pour­rait en­gen­drer, comme c’est dé­jà le cas, cer­tains dys­fonc­tion­ne­ments, des pannes des ap­pa­reils élec­triques, voire des in­cen­dies. Or Ene­dis se dé­douane puisque les nou­veaux comp­teurs sont de­ve­nus la pro­prié­té des maires de­puis 2015. Cer­tains re­fusent d’ailleurs cette res­pon­sa­bi­li­té, de même que cer­taines as­su­rances. En outre, l’an­cien sys­tème bé­né­fi­cie d’une marge de ma­noeuvre sur la puis­sance dé­li­vrée. Ce qui n’est pas le cas du Lin­ky. Du coup le comp­teur dis­joncte et une aug­men­ta­tion de la puis­sance se tra­duit par un coût d’abon­ne­ment plus im­por­tant. Où est l’éco­no­mie ? ».

Ber­nard Sol : « Le comp­teur a la même sen­si­bi­li­té que le dis­jonc­teur, voire même un peu plus souple. Mais en ins­tal­lant les nou­veaux comp­teurs, nous avons consta­té que des par­ti­cu­liers payaient moins que la puis­sance ins­tal­lée. Nous avons donc re­mis les abon­ne­ments à ni­veau, mais sans de­man­der d’ar­rié­ré. Quant aux pro­blèmes liés au comp­teur, Ene­dis ex­ploite le ré­seau et en a l’en­tière res­pon­sa­bi­li­té. Les com­munes ont dé­lé­gué la pro­prié­té élec­trique à la Fé­dé­ra­tion dé­par­te­men­tale d’élec­tri­ci­té, qui elle­même a conclu un con­trat d’ex­ploi­ta­tion avec Ene­dis. C’est donc nous qui dé­pan­nons, in­ves­tis­sons et as­su­mons en cas de pro­blème ». 4

Risque so­cié­tal. Le col­lec­tif : « L’in­tru­sion d’ene­dis dans notre mode de vie n’est pas ac­cep­table. Les don­nées qui vont être col­lec­tées sur notre vie pri­vée par Ene­dis pour­ront être re­ven­dues si le consom­ma­teur ne coche pas une case sur son con­trat. Le grand pa­tron s’est d’ailleurs ré­cem­ment van­té d’être le plus grand Big da­ta de France. Bien qu’ene­dis af­firme que le tran­sport de ces don­nées est cryp­té, des pi­ra­tages sont tou­jours pos­sibles sur les ins­tal­la­tions pri­vées, du quar­tier, voire de la ville ».

Ber­nard Sol : « Cette ques­tion est lé­gi­time. Les in­for­ma­tions col­lec­tées ne se­ront mises à dis­po­si­tion du four­nis­seur que si le client le sou­haite. Pour ce­la, il de­vra co­cher une case et non l’in­verse. Quant aux in­for­ma­tions col­lec­tées, elles ne concernent que des in­dex de consom­ma­tion, àJ + 1, donc même pas en temps réel. Pour la vie pri­vée, il n’y a pas d’in­té­rêt ma­jeur et je ne vois pas ce que quel­qu’un pour­rait en faire ». ■

(*) La di­rec­tive eu­ro­péenne du 13 juillet 2009 re­com­mande que « les États membres veillent à la mise en place de sys­tèmes in­tel­li­gents de me­sure qui fa­vo­risent la par­ti­ci­pa­tion ac­tive des consom­ma­teurs au mar­ché de la four­ni­ture d’élec­tri­ci­té ».

PHO­TO GWEN TEYSSEDOU

IN­FOR­MER. Re­cueillir des in­for­ma­tions et les dif­fu­ser à la po­pu­la­tion, telle est la mis­sion que s’est fixée le col­lec­tif CBACC.

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