Jean Mai­son, une vie d’en­ga­ge­ments et de té­moi­gnages

Ré­sis­tant, maire de Clergoux pen­dant un de­mi­siècle, pa­tron com­mu­niste, Jean Mai­son est mort

La Montagne (Brive) - - Brive Vivre Sa Ville - Alain Al­bi­net

An­cien maire de Clergoux, Ré­sis­tant et com­mu­niste, Jean Mai­son est dé­cé­dé, di­manche der­nier, dans sa 91e an­née.

Cet an­cien ré­sis­tant n’a ja­mais comp­té son temps au­près des jeunes gé­né­ra­tions. Sans haine, sans ran­coeur, il a té­moi­gné pour qu’on n’ou­blie pas le fa­na­tisme et ses er­re­ments.

Jean Mai­son in­car­nait presque un siècle d’his­toire de ce dé­par­te­ment, qu’il a contri­bué à for­ger avec ses en­ga­ge­ments d’élu, de chef d’en­tre­prise ou de simple ci­toyen, alors que rien ne l’y pré­des­ti­nait. Il a ra­con­té ce long che­min dans un ou­vrage au­to­bio­gra­phique, Jean­tou, un en­fant de chez nous, pu­blié en avril 2010.

Père sta­li­nien

L’au­teur y re­monte à son ar­rière­grand­père, Jean Mai­son comme lui, qui s’est ins­tal­lé comme meu­nier sur l’étang du châ­teau de Sédières. Pour ses vieux jours, la ba­ronne lui don­na un lo­pin de terre sur le­quel s’éta­bli­ra le grand­père, en­core un autre Jean, comme for­ge­ron. Le père, Mar­cel­lin Mai­son, pour­sui­vra l’ac­ti­vi­té en tant que charron. Nous sommes après la Pre­mière Guerre mon­diale et Jean Mai­son se­ra l’unique gar­çon de cette fa­mille de quatre en­fants.

« To­to » l’agent de liai­son

À l’âge de 14 ans, il re­vien­dra tra­vailler avec son père, et ap­pren­dra à fa­bri­quer des roues en bois et du ma­té­riel agri­cole. Nous sommes en 1939 et l’ap­pren­ti bé­né­fi­cie d’une for­ma­tion po­li­tique tout aus­si rouge vif de la part d’un père com­mu­niste pur et dur, qui vouait un vé­ri­table culte à Sta­line.

C’est tout na­tu­rel­le­ment que les Mai­son ont ac­cueilli chez eux des ré­fu­giés es­pa­gnols, puis une fa­mille pa­ri­sienne, au mo­ment de la dé­bâcle.

Alors que la Ré­sis­tance à l’oc­cu­pa­tion s’or­ga­nise dans les cam­pagnes cor­ré­ziennes, l’ap­pren­ti, qui a dé­sor­mais 17 ans, adhère aux Jeu­nesses com­mu­nistes et de­vient agent de liai­son, sous le pseu­do­nyme de « To­to ». Trop jeune pour par­ti­ci­per aux com­bats, il se fe­ra ti­rer des­sus à plu­sieurs re­prises, par les pa­trouilles al­le­mandes. Mais il par­vient tou­jours à pas­ser entre les mailles du fi­let.

Après la Li­bé­ra­tion, Jean Mai­son re­de­vien­dra charron jus­qu’en 1950. Mais le pneu­ma­tique ayant rem­pla­cé la roue en bois, il se fe­ra em­ployer comme ou­vrier dans une usine de contre­pla­qué, jus­qu’en 1956. Sa carte du Par­ti Com­mu­niste ne l’em­pêche pas de de­ve­nir en­suite son propre pa­tron. Il dé­ve­lop­pe­ra ses ate­liers de fa­bri­ca­tion de chaises en for­mi­ca jus­qu’à oc­cu­per 25 sa­la­riés.

Pas à un pa­ra­doxe près, le chef d’en­tre­prise PCF a es­suyé une grève, en mai 1968, mais a ma­ni­fes­té… avec ses ou­vriers, dans les rues de Tulle. Une si­tua­tion in­so­lite qui lui a va­lu un ar­ticle dans La Prav­da de Mos­cou !

« Cette si­tua­tion n’était pas fa­cile à gé­rer », a ad­mis Jean Mai­son, qui s’était fait éga­le­ment élire maire de Clergoux, en 1959, à la tête d’une liste « d’union ou­vrière et pay­sanne ». Il se­ra ré­élu à huit re­prises, jus­qu’en mars 2008, où il aban­don­ne­ra l’écharpe tri­co­lore, à l’âge de 83 ans. En­tre­temps, il avait aus­si exer­cé le man­dat de conseiller gé­né­ral du can­ton de La­Roche­ca­nillac, sous l’éti­quette com­mu­niste ». ■

Ob­sèques. Ses ob­sèques ci­viles au­ront lieu, demain à 14 heures, place de la Ré­sis­tance, à Clergoux.

MÉ­MOIRE VI­VANTE. En sep­tembre der­nier, au mé­mo­rial de Vi­trac, Jean Mai­son ex­pli­quait in­las­sa­ble­ment aux jeunes.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.